CHAPITRE IT
Les droits physiologiques du nouveau-né et les faits sociaux
Le nouveau-né à travers l’histoire. — Le nouveau-né dans la société moderne. — Préjugés et erreurs en matière d'allaitement. — La méconnaissance des soins maternels. — La séparation de la mère et de l’enfant. — Le reniement. — L’abandon.
On a toujours fait preuve de beaucoup de sentimentalité à propos de l’enfance; les poêtes et les philosophes de tous les temps se sont plu à opposer la situation du nouveau-né à la grandeur des destinées humaines. Cependant, celui-ci a été protégé d’une facon très inégale et souvent insuffisante, suivant les différentes civilisations qui se sont succédées dans le cours des siècles. «
Le nouveau-né à travers l’histoire. — Chez les Hébreux, l’enfant a toujours été l’objet d’une vive sollicitude de la part des parents comme de la part de la nation. L’allaitement maternel était de règle dans toutes Les familles. Le Code rabbinique (chap. 82, art. 1, 2, 5) le précise dans les termes suivants:
« Art. 17, — La femme ne peut pas se refuser à allaiter son enfant. La durée de l’allaitement est de
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vingt-quatre mois (certains rabbins du Talmud donnent à l’allaitement une durée possible de quatre et même cinq ans).
€ Art. 2. — Le mari ne peut s’y opposer, quelle que soit sa, fortune.
€ Art. 5. — En cas de divorce, la femme qui a
commencé à allaiter son enfant doit continuer l’allaitement Jusqu'au terme de vingt-quatre mois.
€ Art. & — Si.la mère ne veut pas garder ses enfants après les vingt-quatre mois d’allaitement, elle a le droit de les remettre au père s’il est vivant et, s’il est mort, de les laisser à la charge de la Communauté. »
D’autre part, la législation (chap. IT, art. 26) se montrait très large à l’égard des enfants naturels qui peuvent être reconnus en droit rabbinique et qui alors possèdent les mêmes droits que les enfants légitimes. C’est le cas des fils de Jacob. Les mêmes avantages étaient accordés aux «€ mammzer », qui étaient les enfants dont le père ne pouvait pas épouser la mère: les enfants incestueux, adultérins ou nés d’une femme appartenant à une nation avec laquelle le mariage était interdit aux Israélites. Le père doit, dans tous les cas, nourrir son enfant (chap. 71, art. 1). On l'y contraint, si on lui connaît des moyens. Quand il est pauvre, la caisse des pauvres prend l’enfant à sa charge. La même loi régit la situation des enfants naturels reconnus (art. 4).
Si l’enfant est déposé sur la voie publique, il pourra être réclamé par ses père et mère tant qu'il n’aura pas été recueilli. Mais, à partir du moment où
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l’enfant aura été recueilli, ses père et mère ne pourront le réclamer qu’en justifiant qu’ils l’ont abandonné pour assurer son existence.
Des lois identiques sont consignées dans le Coran, qui prescrit un allaitement de deux ans et ne permet à l’épouse de sevrer son enfant que sur le consentement du pêre.
En Egypte, l'allaitement était de rigueur. ainsi que le montrent les monuments et les bas-reliefs. L’exposition des enfants était défendue, mais ceux qui les tuaient n’étaient pas punis de mort, car il ne semblait pas Juste d’ôter la vie à ceux qui l’avaient donnée à leurs descendants (Diodore, 1, 77).
En Grèce, l’allaitement était assez en honneur. Galien énonce ce principe: Puellus, quoad primores dentes emiserit, solo lacte alendus. Mais l’exposition était une pratique courante, non seulement tolérée par les mœurs et la législation, mais louée et encouragée par les écrivains et les philosophes. Platon demandait même le sacrifice des enfants difformes (La République, Liv. ID). Aussi, la mortalité infantile atteignait-elle des proportions considérables. Aristote disait même que « les enfants meurent pour la plupart avant la fin de la semaine révolue ». Ce n’est qu’à. ce moment qu’on leur donnait un nom, parce qu’on avait plus d'espoir de le sauver. Toutes les causes de mortalité de l’enfant étaient d’ailleurs rapportées à une seule origine: les convulsions.
A Sparte, la mère allaitait son enfant. On y considérait la profession de nourrice avec mépris. Euripide, dans sa tragédie des Troyennes, nous en donne un