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cette négation, qui constitue un mensonge au point de vue physiologique. On comprend que, surtout si l’accouchement a eu lieu clandestinement, la santé du nouveau-né est, dans ce cas, fortement compromise. La mère dispose, une fois de plus, d’un droit de vie et de mort qui a pour résultat la mortalité élevée des enfants illégitimes, comme le montrent les statistiques d’un paragraphe précédent. Cette situation tire sa principale origine des préjugés qui accablent l’enfant naturel. Nous verrons que jusqu'ici aucune loi ne s’est montrée assez forte pour les détruire.
L’abandon. — C’est la conséquence à peu près inéluctable du reniement. Son mode importe peu. Seuls ses résultats comptent. Qu’on ait affaire au système des tours ou de admission à bureau ouvert, l’abandon n’en a pas moins la fâcheuse influence de consacrer définitivement la séparation de la mêre et de l’enfant. Nous étudierons plus loin de quelle manière la loi permet et organise l’abandon. Pour le moment, nous désirons montrer ses causes et ses résultats. Les conditions dans lesquelles la femme est conduite à l'abandon se présentent de diverses façons. Nous ne ferons que mentionner le cas, rare d’ailleurs, de la femme mariée dont les ressoureces sont insuffisantes et pour laquelle la venue d’un nouvel enfant constitue une charge pécuniaire exagérée. Plus souvent, il s’agit d’une fille-mêre qui, aussitôt remise des fatigues de l’accouchement, essaye un moment de donner des soins à son enfant; désirant garder
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son indépendance, elle repousse les secours que lui offrent certaines œuvres; mais, au bout de peu de temps, son courage la trahit; ses économies diminuent. Elle croit qu’abandonner son enfant constitue le meilleur moyen de lui conserver Ia vie. Dans d’autres circonstances, dès l’accouchement, la femme a combiné son plan; l’enfant constitue un obstacle, ‘non seulement à son travail, mais à sa quiétude. Elle ne se sent aucune affection pour ce petit être dont le père se dérobe; comme nous lPavons vu récemment à la Maternité, elle imagine un roman destiné à donner l'illusion d’une vie régulière et de moyens suffisants pour assurer leur double existence. Elle écarte les conseils qui seraient propres à assurer plus facilement l'élevage du nourrisson. On a même l’impression que, parfois, la femme essaye de nuire volontairement à la vie de son petit.
Il arrive que l'abandon prenne une forme plus dissimulée encore. Après un accouchement clandestin, présenté sous le prétexte d’un voyage ou d’une opération quelconque, la jeune fille confie l’enfant à une parente ou à une nourrice, puis s’en désintéresse aussi bien matériellement que moralement. Le bébé passe de mains en mains, succombe ou est confié à l’Assistance publique.
Les cas d'abandon, après un viol, seraient peutêtre les plus Justifiés, mais sont aussi les plus rarement rencontrés.
De toute façon, l’abandonné ne bénéficie plus d’une surveillance maternelle, même lointaine. Aussi sa mortalité est-elle très élevée. Le nombre des aban-
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dons est d’ailleurs toujours très important; les difficultés économiques de la vie actuelle expliquent leur peu de tendance à la diminution: on en comptait 15.286 en 1912, 15.619 en 1920 et 12.582 en 1921. L’abandon a lieu, dans trois quarts des cas, après le dixième Jour, c’est-à-dire après la durée moyenne du séjour dans les Maternités.
La mortalité des enfants abandoanés atteint des proportions considérables. Après avoir oscillé, de 1900 à 1914, de 40 à 60%, elle a été, d’après Variot, de 82% en 1919; puis, par suite de modifications apportées dans les services, de 41,3% en 1920. Elle varie d’ailleurs avec les régions et le nombre de nourrices mises à la disposition des enfants. Wallich indique, dans son rapport de 1923 à l’Académie de Médecine, que, dans deux départements, la mortalité est de 75%; dans sept entre 60 et 70%; dans trentequatre, au-dessous de 40%; dans vingt-trois, audessous de 20 %. En faisant toutes les réserves nécessaires sur le mode d'établissement des statistiques, il admet, pour 1920, un pourcentage global de 38,66 % pour la France entière. Notre ami, le docteur Ducas, a fait une étude détaillée de la question et conclut qu’en dehors de l’allaitement artificiel, les tares et les dégénérescences fréquemment rencontrées chez les enfants assistés, entrent en Jeu pour expliquer une aussi forte mortalité.
Certes, la situation critique des abandonnés n’a pas été sans émouvoir les pouvoirs publics; mais, actuellement, ainsi que nous l’exposerons ultérieurement, la loi, loin de se montrer opposée à l’abandon,