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CHAPITRE IIl

Les droits physiologiques du nouveau-né et l'initiative privée

Œuvres qui consacrent la séparation de la mère et de l’enfant: centres d’élevages, pouponnières.

Œuvres qui combattent la séparation : crèches, chambres d'allaitement, asiles maternels, secours à la mère, surveillance des soins maternels.

C’est l’initiative privée qui, la première, a compris la nécessité de la protection infantile. Pendant longtemps, celle-ci fut confiée aux autorités religieuses, qui s’occupèrent surtout des enfants abandonnés. Au début du xix® siècle, en raison du développement de l’industrie, des œuvres furent créées en faveur de l’enfant de l’ouvrière, dont Michelet et Lamartine ont eu le mérite de montrer le malheureux sort. Puis, la charité privée vint en aide à l’enfance en constituant des sociétés de mutualité, dont quelquesunes subsistent encore aujourd’hui. On peut dire que c’est Winitiative privée qui suscita l’attention des législateurs, puisque la première loi, la loi Roussel, intéressant l'enfance, ne date que de 1873. Il faut reconnaître qu’à l’heure actuelle, elle est encore un utile auxiliaire de la loi et que parfois même, elle respecte plus scrupuleusement les droits physiolo-

giques du nouveau-né que les textes législatifs euxmêmes. Son activité se traduit sous des formes diverses, suivant que la mère allaite ou non. Certaines œuvres réalisent pourtant les conditions optima pour la santé de l’enfant, en permettant à la mère de demeurer avec lui et de donner le sein. On peut donc distinguer les œuvres qui consacrent la séparation et celles qui la combattent.

ŒUVRES CONSACRANT LA SÉPARATION. — C’est le cas des centres d’élevage et des pouponnières.

19 Les centres d'élevage. — C’est, d’après Guinon, un centre de placement familial et rural pour l'élevage au biberon, sous la surveillance d’un médecin ou d’une infirmière-visiteuse. Malgré les perfectionnements qu’on y a apportés, cette œuvre est la négation des droits physiologiques du nouveau-né: ni la mère, ni son lait. Voyons sommairement comment on a essayé de remédier aux risques que comporte l’absence de ces deux conditions primordiales pour la vie de l’enfant. Le centre d’élevage est placé dans une région rurale, à peu de distance de la ville originaire du nourrisson. Le médecin et l’infirmière-visiteuse choisissent les familles qui présentent les meilleures garanties physiques et morales. Peu de statistiques n’ont jusqu'ici démontré l'efficacité de ces centres, dont les avantages semblent surtout manifestes pour les enfants de tuberculeux, dont la mortalité à Mainville a été, en 1920, de 8 sur 95 hospitalisés. D’après Mlle Labeaume, le gros écueil des centres

d'élevage réside dans la difficulté de recrutement du personnel qui, jusqu'ici, n’a été composé que de ses. fondateurs. -

20 Les pouponnières sont des internats de nourrissons. Si certaines, comme celle de Porchefontaine, offrent l’avantage de l’allaitement au sein, les risques mortels sont pourtant plus grands que pour les centres d’élevage, à cause du danger de contagion qui menace tout groupement d’enfants. D’ailleurs la plupart, parmi elles les pouponnières de lEntr’aide en particulier, pratiquent l’allaitement artificiel. Les défenseurs des pouponnières, avec d’Heucqueville, admettent que cet élevage est préférable à l’envoi en nourrice au loin, «c’est-à-dire à la mort ». Variot soutient que, du moment que l’existence de l'enfant dépend de son entourage, en lui donnant les soins indispensables la pouponnière peut permettre la vie à l’enfant. Mais on conçoit, ainsi que nous l’avons démontré plus haut, combien cet élevage artificiel, loin de la mère, va nécessiter une surveillance telle que sa rigueur ne puisse permettre l’extension de la méthode. Bruyère prononçait déjà, en 1897, ces paroles rapportées récemment par Pinard: « Aux portes des asiles, les causes de mort sont toujours là, agissantes, toujours prêtes à pénétrer par la moindre fissure. Un instant de négligence et elles foncent sur leur proie ». L'exemple de l’abrihôpital de Strasbourg, considéré comme un modèle du genre, en fournit une preuve excellente: en 1919, une mortalité de 17,2%; en 1920, de 14,3%; en 1921, de 12,2% et en 1922, de 9,2%.

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