CHAPITRE PREMIER
La Physiologie du nouveau-né et ses droits
Nous avons l'intention d'indiquer, dans ce chapitre, les caractères principaux de la physiologie du nouveauné et de montrer surtout combien celle-ci appelle la nécessité de soins vigilants de la part de son entourage. Quelques exemples, tirés de la zoologie, nous prouveront que, dans de nombreux cas, le sentiment maternel est souvent plus développé chez les animaux que dans l’espèce humaine.
Le point capital de la physiologie du nouveau-né réside dans le fait que le fœtus se trouve contraint brutalement à modifier son genre de vie et, par conséquent, à adapter ses différents organes en vue d’une existence qui ne rappelle en rien son séjour dans la cavité utérine. Certains philosophes, comme Pérez, ont estimé que ce changement n’avait que les apparences de la brusquerie et que « l’enfant, avant de naître, a fait connaissance avec le bien-être et la douleur et a éprouvé un grand nombre de sensations modérées, en quelque sorte indifférentes, mais qui ont eu écho dans sa conscience déjà formée ». Nous ne pouvons nous rallier à cette idée d’une évolution lente et nous pensons, avec Fonssagrives, « que le fœtus, en devenant nouveau-né, passe une crise redoutable ». Par suite de cette véritable révolution anato-
LA UE mique et physiologique, le nouveau-né devra modifier son mode de nutrition, de respiration, d'élimination, d’équilibration thermique; en un mot, toutes ses fonctions vitales.
Pendant la gestation, l’enfant n’a eu aucun effort pour assimiler les éléments nutritifs venant de la mère par l'intermédiaire du placenta. Les organes digestifs, qui vivaient à l’état de repos, vont se trouver contraints à des besoins nouveaux. L’estomac et l'intestin devront procéder à la désintégration d’un aliment qui, aussi pur soit-il, ne présente pas moins une composition chimique complexe. Que de précautions seront nécessaires pour éviter la réplétion trop grande ou trop rapide de cet estomac, dont la capacité est de 30 grammes à la naissance et n’excède pas /0 grammes au bout de quatre semaines (Morgan Rotch). En outre, le pouvoir protéolytique et coagulant du suc gastrique est très réduit. Aussi, la nature de l’alimentation ne devra-t-elle pas dépasser les limites de ce pouvoir.
Quel que soit le mode d’allaitement, dans l’intestin du nouveau-né pullule une flore microbienne à éléments nombreux et variés, pouvant demeurer longtemps à l’état saprophytique, mais capable de devenir virulent à la suite de l’ingestion d’une alimentation défectueuse en quantité ou en qualité. La minceur de la muqueuse intestine et le défaut de mucus à sa surface démontrent également la facilité avec laquelle elle s’infecte.
De plus, le nourrisson ne peut résister au besoin d’évacuer, et même bien portant, 1l aura chaque jour
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trois ou quatre selles, semi-liquides, dont l'acidité “est nuisible à la peau de la région fessière. Celle-ci est d’ailleurs également irritée par l'émission des urines, dont le volume de 30 à 35 grammes le premier jour qui suit la naissance, se maintient au taux de 100 à 500 grammes pendant la première année, répartis entre des mictions fréquentes.
En ce qui concerne la respiration du nouveau-né, remarquons le changement qui va s’opérer dans l'organisme du nouveau-né: on peut dire que, pendant neuf mois, la mère a respiré pour son enfant, procédant dans ses poumons aux échanges chimiques nécessaires à sa. vitalité. Après la naissance, l’enfant devra absorber lui-même l'oxygène et éliminer lui-même l’acide carbonique. En outre, l’arbre respiratoire est mal protégé par le fait du manque d’épuration de l’air qui entre exclusivement par la bouche et de l’absence de la toux permettant lexpulsion de bactéries au dehors. On s'explique ainsi la fréquence des affections broncho-pulmonaires de la première enfance, pour lesquelles les variations thermiques prennent une part prépondérante dans leur étiologie. L’enfant est, en effet, très sensible aux modifications de température: dans l’utérus, sa peau, baïgnée par un liquide tiède, était à l’abri du froid. L’enduit sébacé qui le recouvrait contribuait aussi à sa protection. Aussitôt né, il va se trouver en contact avec un air vif et irritant; d’après les remarques de Richet, par suite de sa surface relativement considérable, il perd beaucoup de chaleur par rayonnement et, pour le maintien de sa tempé-
rature, il est nécessaire que ses combustions soient augmentées. On en déduit facilement combien l’habillement doit lui apporter une chaleur suffisante et combien il faut veiller au maintien d’une température ambiante aussi uniforme que possible. Ces précautions, indispensables pour le nouveau-né normal, acquièrent une importance plus grande, lorsqu'il s’agit de prématurés ou d’hypothrepsiques.
Le système nerveux et les organes des sens du jeune enfant doivent également être ménagés. On sait combien son système nerveux est rudimentaire à la naissance. L’insuffisance pyramidale physiologique en fait un « être spinal» comparable, au point de vue fonctionnel, à un anencéphale (Virchov). Parmi les organes des sens, l’audition et la vue sont déjà assez développées pour s’efforcer de les mettre à l’abri de toute excitation anormale, car on conçoit facilement le brusque changement qui se produit dans ces appareils habitués au silence et à l’obscurité de la cavité utérine (Combe).
Cet exposé succinct de l’organisation physiologique du nouveau-né démontre sa faiblesse; mais celle-ci est encore accrue en raison de l’insuffisance des moyens de défense dont dispose le jeune enfant, plus particulièrement dans la lutte contre l'infection. La réceptivité du nouveau-né a été étudiée dans de nombreux travaux (Pasteur, Metchnikoff, Lesage). Ces auteurs ont montré que les jeunes animaux étaient d’autant plus sensibles aux infections qu'ils étaient plus jeunes et qu'ils disposaient de moyens de défense très réduits, du moins au début de la vie. Nous
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citerons, en exemple, la faiblesse du revêtement cutanéo-muqueux, qui se laisse si facilement lésé sous l’action du moindre agent traumatique ou pathogène. On sait combien l'infection eutanée brûle les étapes chez le nouveau-né. C’est le cas de la syphilis, qui, chez l’adulte, ne déterminera qu’une macule et qui provoquera des bulles de pemphigus chez le jeune enfant. Les érosions prennent souvent un Caractère de gravité considérable, en servant de porte d’entrée à un agent microbien qui se dissémine rapidement. L’infection streptococcique en fournit la preuve: ne pouvant se localiser au derme, elle atteint l’ombilic, franchit les relais ganglionnaires et gagne la circulation générale, créant de ce fait une septicémie ordinairement mortelle.
Le foie et le rein ont un développement trop incomplet pour leur permettre le rôle d’épuration et de désintoxication qui leur sera dévolu chez l’adulte.
Nous voyons donc que le nouveau-né est exposé, de par sa fragilité, à un danger permanent de maladie ou de mort. Sa constitution physique, pas plus que ses facultés intellectuelles, ne peuvent lui assurer sa propre défense. À côté des maladies et des dégénérescences qui accablent l’adulte, il a moins de force pour les supporter. Il faut donc venir à son aide, en le mettant dans les conditions les plus favorables au développement harmonieux de son. frêle organisme.
Il résulte de ce qui précède que la physiologie du nouveau-né exige pour celui-ci des droits parmi lesquels l’allaitement maternel et les soins que toute mère doit à son enfant figurent au premier plan.
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Ces droits, qu'aucun code n’a défini nettement, tant il semble que la nature eût pris soin d’en assurer l'exercice, ne se confondent-ils pas avec un droit aujourd’hui universellement reconnu dans les pays civilisés : le droit à la vie.
L’allaitement maternel. — Nous avons vu précédemment la faiblesse des organes digestifs du nou- . veau-né. Il faut donc lui assurer une alimentation qui, en apportant les éléments indispensables à l’accroissement de sa taille et de son poids, sera bien toléré par l’estomac et l’intestin. Avant que les analyses chimiques et biologiques pratiquées dans ces dernières années l’aient démontré, l’expérience et le bon sens ont toujours compris la supériorité de l’allaitement maternel. « Le lait de la mère, écrit Marfan, constitue pour son enfant un aliment spécifique; c’est le seul qui soit bien adapté au pouvoir de digestion et d’assimilation du nouveau-né.» On connaît la composition de ce lait, moins facilement coagulable que le lait animal, formant un aliment complet à cause de la présence d’albuminoïdes, d’hydrates de carbone et de graisse. Le lait de femme contient également des enzymes et des enzymoïdes qui auraient une. action stimulante et régulatrice sur la nutrition du jeune enfant et augmenteraient sa résistance contre les maladies. Ces corps proviennent du sérum de la mère ou sont élaborés par l’épithélium de la mamelle; ils sont inséparables de la matière protéique du lait. Les qualités du lait de femme sont d’ailleurs, bien plus que par l’analvse, mises en évidence par l’examen du nourrisson.