Livre son œil, puis dit sa patenôtre
Point, cependant, le valet ne s’en va.
— Hé! dit le maître, ami, qu’attends-tu làr
— J’attends, monsieur, que vous me donniez l’autr^».
Un boa drôle, qui pouvait passer pour un des enfants de Noé, Japhet, car il avait déjà mangé son fait de bonne heure au jeu et à toutes sortes de débauches, se trouvant mal, envoya quérir le médecin, qui lui ordonna une saignée. Après avoir été saigné, le médecin le vint voir, qui lui demanda comme il se portait; il dit que la saignée l’avait beaucoup allégé. Il le pria d’examiner son sang, pour voir s’il était fort mauvais. Le médecin, le regardant, lui dit : Voilà du sang qui est bien vert. — Il peut bien être vert, répondit le malade, car j’ai mangé tout mon blé en herbe.
{Contes à rire.)
N’associez jamais aux plaisirs d’un banquet Ces êtres délicats et valétudinaires,
Qui, du dieu d’Epidaure' esclaves volontaires,
Sont toujours à la diète et toujours trop prudens. N’osent pas se livrer à des goûts innocens.
Le bien de leur santé les occupe sans cesse;
Ils calculent l’effet des mets qu’on leur adresse.
Ce gibier est trop lourd, et cet autre malsain ;
Telle chose convient ou nuit au corps humain.
— IIÏ —
Ils savent, sur ce point, s’appuyer de sophismes.
Et du docteur de Cos citer les aphorismes.
En se privant de tout, ils pensent se guérir,
Et se donnent la mort par la peur de mourir.
Berchoux (La Gastronomie,)
On traitait de vapeurs les souffrances dont se plaignait habituellement la duchesse de Bavière, dauphine sous le règne de Louis XIV.
— Je vois bien, disait-elle, qu’il faudra que je meure pour me justifier.
Galiot de Narni, bossu par le devant.
Et d’une bizarre figure.
Dans la ville de Sienne entrait sur sa monture.
Un citadin mauvais plaisant Lui dit pour le railler : les autres d’ordinaire Portent leur paquet par derrière :
Pourquoi portez-vous donc le vôtre par devant?
C’est, répondit Galiot, qu’en pays de filous On agit de cette manière.
L’abbé de la Victoire tenait fort à son argent. Voici la preuve ingénieuse de sou avarice : les dames de Saint-Germain, chargées d’une quête, montaient son escalier, quand il se mit à crier : « Qu’on ne laisse entrer personne, à cause de la petite vérole! »
Tallemant des Réaüx.
Quand de votre beauté je parle Chez le droguiste Maître Charle,
Il me répond d’une fierté Dont mon âme est toute effraïée;
Ce sera, dit-il, sa beauté,
Lorsqu’elle me l’aura païée.
Brebeuf.
Un Crésus se mourait d'ennui ; tous les remèdes n’y pouvaient rien. A la fin, un médecin philosophe lui dit : « Je ne vois qu’un moyen de vous guérir. — Lequel? — C’est d’endosser pour un jour la chemise d’un homme complètement heureu::. »
Là-dessus notre Crésus se mit en campagne. Vingt fois il crut tenir soncfïaire, mais toujours le bonheur apparent voilait quelque peine secrète. Enfin, à force de voyager, le chercheur trouva ce qu’il lui fallait.
L’homme complètement heureux, c’était un vagabond, sans sou ni maille.
«Je suis guéri ! s’écrie le riche ; vite ta chemise, et demande-moi ce que tu voudras. — Ma chemise? je n’en ai pas 1 »
Guérard (Dîct, d’anecdotes,')
Au mois de mai, comme on saignoit la belle,
Je vins ainsi son médecin reprendre :
Lui tires-tu sa chaleur naturelle ?
Trop froide elle est, bien me l’a fait apprendre :
Tais-toi, dit-il', content je vais te rendre.
J’ôte le sang qui la fait rigoureuse,
Pour prendre humeur en amour vigoureuse,
' Selon ce mois qui chasse tout esmoi.
Ce qui fut fait, et devint amoureuse ;
Mais le diable est que ce n’est pas de moi.
Clément Marot.
Dans un village célèbre par ses sources minérales :
. Le médecin de l’établissement thermal reçoit — dès leur arrivée 7— les baigneurs qui débarquent en foule dans son cabinet. Il écoute leurs doléances sans quitter des yeux des romans qu’il lit avec intérêt et oppose au récit de ses clients cette réponse invariable : « Prenez nos bains — et vous serez guéri ! »
— Docteur, lui dit un des consultants, on m’envoie ici, et pourtant je dors bien, je mange beaucoup, je bois sec et je ne souffre nulle part.
Le médecin, sans interrompre sa lecture :
. — Buvez notre eau et tout ça se passera.
La fille qui cause nos pleurs Est morte des pâles couleurs Au plus bel âge de sa vie.
Pauvre fille, que je te plains De mourir d’une maladie Dont il est tant de médecins.
François Maucroix,
Van Overbeck, peintre flamand, qui aimait son art et le plaisir avec passion, flnit, à force d'excès, par tomber dangereusement malade. Les médecins, après avoir visité le malade, fondaient des espérances sur son âge. Il leur dit, en riant aux éclats :
« Ah! messieurs, ne comptez pas sur mes quarante-six ans. Il faut doubler : j’ai vécu jour et nuit. »
Descamps (Vies des peintres.)
L'abbé de Bois-Robert, l’un des fondateurs de l’Académie française, amusait le cardinal de Richelieu par ses plaisanteries fines et agréables. Aussi le médecin du ministre avait-il coutume de dire à son illustre client : « Monseigneur, toutes vos drogues sont inutiles si vous n’y mêlez une once de Bois-Robert. »
Noirot (U art d^être malade.)