LA FONTAINE DE FORGES A LA SEINE
Vraiment, je vous trouve bien vaine De me dérober mes beautés,
Sous prétexte de leurs santés,
Petite, nymphe de fontaine!
Savez-vous que je suis la Seine Qjii porte des bâtons flottes.
Dont ceux qui me font de la peine Pourraient etre très bien frottés?
Je sais bien que vous vous vantez.
Que vous êtes eau minérale, tt que vos rares qualités Vous peuvent rendre mon égale; Mais, petite nymphe de balle,
Vous feriez bien mieux, entre nous, Sans me vouloir traiter d’égale,
De vous taire et de filer doux.
Car si quelque jour contre vous Ma colère était débordée,
Les premiers Ilots de mon courroux.
Vous auraient bientôt inondée.
Contentez-vous d’être grondée.
Et faites-en votre profit,
Sans que je sois enfin forcée.
Pour vous perdre, à quitter mon lit.
Certes, j’en aurais du dépit;
Car enfin il faut que l’on die.
Que, qui boit de votre eau guérit.
Quand il n’est pas en maladie.
O la cure heureuse et hardie!
'De remettre un homme en santé Quand pendant le temps de sa vie.
Il ne s’est jamais mal porté I Ceux qui conseillent qu’en été De vos eaux on fasse carousse.
Fussent-ils de la Faculté,
Sont de vrais médecins d’eau douce.
Si jamais leur destin les pousse A se baigner vers Cliarenton,
Ils n’en reviendront 'point en housse Je les enverrai chez Pluton.
Hélas! Seine, me dira-t-on.
Pourquoi faire tant de menaces.
Et lever si haut le menton,
Vous de qui les eaux sont si basses?
A quoi bon toutes ces grimaces?
Demandez ce qu’il vous plaira.
Et pour avoir vos bonnes grâces,
La Fontaine y satisfera.
^ Elle y satisfera? fera!
C’est faire en sage politique,
Neptume l’en estimera Comme une source pacifique.
Nymphe! je veux donc, sans réplique.
Que l’on me rende promptement
Un aimable mélancolique
Qui de mes bords est l’ornement.