A PROPOS DE MA GAITÉ
Air : Petite table réveille.
Je le sais, plus d’un confrère A dit de moi quelque part.
Que, par mon gai caractère.
Je compromettais notre art :
Ma gaîté,
Qualité
Que je tiens de la nature,
A leurs yeux est une injure Qui blesse leur gravité.
Sans tant de charlatanisme,
Eh quoi! ne peut-on avoir, Avec moins de pédantisme, Tout autant qu’eux de savoir ; Dignité,
Gravité
Sont souvent, en conscience,
Le secret de leur science.
Pour masquer leur nullité.
Je déteste la manie Du docteur prétentieux Qui croit montrer du génie En prenant l’air sérieux.
Moi j’en ris.
Et me dis,
En voyant son air maussade :
Vient-il donc, sur son malade.
Chanter un De profundis?
L’œil enfoncé dans l’orbite Que couvre un large chapeau, Sous lequel, hélas I n’habite Souvent qu’un maigre cerveau.
Il me fait Tout l’effet
D’un tyran de mélodrame Qui, la rage au fond de l’âme.
Dissimule un noir forfait.
Du nqoindre mot s’il accouche, C’est d’un ton sacramentel;
Il tousse, crache et se mouche D’un air vraiment solennel :
Se servant Bien souvent,
Pour les choses les moins rares.
Des termes les plus barbares Pour paraître plus savant.
Il cite des aphorismes Avec un aplomb hautain ;
Sans horreur des barbarismes.
Il parle aux femmes latin.
Puis heureux,
Et joyeux
De son brillant bavardage, il croit, par son sot langage, Jeter de la poudre aux yeux.
Que pour un accident grave Nos docteurs soient soucieux, Moi je ne suis pas plus brave, La peur me rend sérieux.
Mais pris De mépris
Quand, pour une égratîgnure.
Un cor aux pieds ou gerçure.
Ils sont graves et contrits.
En voyant cet air sinistre.
Un malade croit d’abord Voir de Pluton un ministre.
Un messager de la mort.
L’air rêveur Du docteur
Fait que, si la maladie Par hasard le laissé en vie,
11 peut mourir de frayeur.
Telle n’est point ma méthode :
Quand mon malade va mieux, Des calembours à la mode Je cite les mots heureux.
Mon esprit Lui sourit.
Ma gaîté qui le rassure Est pour lui de bon augure.
Et doucement il guérit.
Dr René Morel.