PREMIER CHANT
Avis gmèranx pour la conservation de la santé,
La douce liqueur de vendange,
Ne se doit boire sans mélange;
J’entends que pour, vivre bien sain,
Faut mettre de l’eau dans son vin.
Icy, me dira quelque yvrogne,
Je voudrois un peu voir ta trogne :
N’as-tu point le triste museau De quelque pâle buveur d’eau ?
Car beuvant d’oisons le breuvage.
Tu dois en avoir le visage.
A cela, je ne réponds rien.
Et ce faisant, croy faire bien;
Car un yvrogne (ou qu’on me tonde)
Ne mérite qu’on luy réponde.
Passant donc à d’autres discours.
Poursuivons toujours notre cours.
Et disons que tout honnête homme,
Aussi bien à Paris qu’à Rome,
S’il veut conserver sa santé.
Doit dire Bénédicité,
Quand il soupe, fort près de grâce, (Surtout si la personne est grasse)
Puis prendre quelque passe-temps,
Si de ce faire il a le temps ;
Il est aussi vray qu’un adage Que pour vivre long et bel âge.
Il faut souper légèrement :
Je le prouve, et voicy comment.
Notre cerveau, si bien j’y songe.
Ressemble à peu près une éponge,
Qui tire à soy l’humidité.
Dont la trop grande quantité Retombant dessus les parties,
Cause beaucoup de maladies.
De catharres, de fluxions.
Et d’autres telles passions,
Qui mènent en grande misère Un pauvre mortel dans la bière;
Le sommeil, d’un autre côté, Augmente cette humidité;
La nuit nous fermant la prunelle, N’humecte pas moins la cervelle.
ErgOj pour éviter les maux Qui de mort aiguisent la faux.
Dînons bien, mais ne soupons guères.
Et nous vivrons plus que nos pères.
Un autre avis très important.
C’est qu’après avoir bu d’autant Et bien mangé (car l’un sans l’autre.
C’est lyi moine sans patenôtre).
Il fait fort bon se promener.
Sauter, danser, se démener;
En un mot, de faire exercice.
C’est chose à la santé propice.
Surtout évite le sommeil Pendant la chaleur du soleil ;
Notre bonne mère Nature Nous a donné la tablature.
Pour pouvoir vivre sainement.
Si nous la suivons reglément.
Elle nous donne la lumière.
Qui le long du jour nous éclaire :
Enfans, dit-elle, travaillez.
Sautez, dansez, jouez, veillez;
Mais quand le soir vient, sans mot dire. Lors la lumière elle retire :
Enfans, c’est assez travaillé.
Sauté, dansé, joué, veillé.
Il est désormais temps de prendre Repos, et au sommeil se rendre.
Ce sont là les belles leçons De notre grand’mère. Passons.
Ne retiens ny vent ny matière.
Ny par devant, ny par derrière.
cillasse loin de toy les soucis Qui nous rendent jeunes chanis,
Les soins qui, comme noires ombres.
Nous rendent pâles, tristes, sombres, Et pense, si tu veux m’ou}T,
A, bien vivre et te réjouyr.
Apprends aussi que la colère Est une chose fort contraire Au repos de l’individu;
Or, écoute le résidu.
Je n’ay plus qu’un mot à te dire Touchant ce maudit péché d’ire.
Ce qui te fasche, c’est un mal,
Or, dis-moy, mon cher animal,
Où tu peux y mettre remède.
Et lors, si tu veux que Dieu t’ayde, Commence toy-même à t’ayder.
Sans perdre le temps à gronder;
Ou ledit mal est sans ressource :
Par exemple, on a pris ta bourse.
En suivant les mœurs d’aujourd’huy.
On ne te la rendra mes-huy (i);
Et pour cela te faut-il pendre?
Faut-il Dieu de tous cotez prendre?
Tes maux ne sont-ils pas assez grands Sans celuy que de gré tu prends?
Va, crois-moy, tu n’es qu’une bête,
Si tu ne t’ôtes de la tête,
Aujourd huy plutôt que demain.
Ce qu’il faut oublier enfin.
Si tu gardes bien ces préceptes.
Tu pourras sans autres receptes.
Sans aller en Hiérusalem,
Vivre autant que Matliusalem,
Si d’hasard- étant en Champagne,
En Anjou, Touraine ou Bretagne,
Tu ne peux avoir médecins,
Qui rendent les malades sains.
(i) On ne te la rendra plus jamais.
Sans te servir d’un empyrique,
Je t’enseignerai la pratique Pour ] entrer sans difficulté Et dans peu de temps, en santé,
Trois médecins, non d’Arabie,
Ny de Grèce, ny d’Italie,
Te pourront a)ffier au besoin,
Sans les aller chercher fort loin.
Ils sont meilleurs que l’on ne pense.
Et ne font aucune dépense.
Le premier, c’est la gayeté.
C’est la fine fleur de santé.
C’est de notre vie la sansse
Sans quoi vaut mieux être eu La fosse.
Le second, repos modéré,
De corps et d’esprit asseuré.
Ferme, tranquille, invariable.
Le troisième, c’est courte table, Autrement la sobriété;
C’est la grand’mère de santé;
Si notre grand-père Hippocrate D’un faux oracle ne nous flate.
Voilà préambulai 'ement Ce qui fait vivre sainement.
Si tu veux maintenant apprendre En détail et tout bien comprendre.
Poursuis de lire l’autre chant.
Et tu verras bien tôt comment.