SECOND CHANT
De y Air et des Aliments.
Si tu veux choisir la demeure,
Où tu puisses vivre à toute heure En santé, joyeux ef content,
Prends un air pur, clair et constant.
Qui ne soit infecté d’ordure.
De puanteur, de pourriture,
Ny de quelque autre infection Qui tende à la corruption.
Voyons maintenant la pasture De ton corps et sa nourriture.
Quand, combien de fois et comment Tu dois prendre ton aliment.
Mais, par ma foy, je suis bien bête De me vouloir rompre la tête A prescrire la quantité,
Aussi bien que la qualité.
De tout ce qui non sans dépence Doit devaler dedans ta pance.
Ce n’est pas aussy mon dessein; Mais celuy qui veut vivre sain,
Doit bien connoître sa nature,
Ht ne point prendre de pâture Que ce ne soit conformément A son petit tempérament,
A son sang, son foye et sa rate.
Quelqu’un de rire ici s’éclate,
Ht dit : Morbieu du charlatan,
Je pensois voir en un instant.
Soit pour l’esté, soit pour l’autonne, La peinture de ma personne ;
Luy puisse venir le farcin !
N’injurie ton médecin.
Je vay maintenant te décrire Ce qu’à nature peut suffire.
Aussi bien que les gras bouillons.
Vin clairet et pain de Gonesse, Mènent l’homme jusqu’en vieillesse.
Que si tu veux devenir gras.
Les vers suivans pratiqueras,
Que pourras aisément entendre.
Tu mangeras de bon pain tendre,
Du lait, du fromage nouveau.
De la chair fraîche de pourceau ; Quelquefois aussi la cervelle
Des chevreaux, avec la moüelle; L’usage fréquent des chapons Fait devenir les hommes rons, Pourvu que bon vin soit sur table,
Et même tout mets agréable,
Quoy que moins bon peut engraisser Figues bien mures au dessert.
Avec raisins nouveaux, sans peine Te rendront aussi gras qu’un moine.
Que si malade tu deviens.
En danger de perdre tes biens.
Ou que tu sois atrabilaire (Ce mot ne te mette en colère,
Bien souvent les meilleurs esprits Sont les premiers de ce mal pris).
Tu ne mangeras point de pesche, Quoy que le contraire on te presche.
Pommes et poires laisseras Pour quand mieux tu te porteras; Pareillement à ton usage Ne sera ny lait ni fromage.
Si ce n’est d’asnesse le lait Qu’au matin boiras à souhait.
La chair du bœuf et de la chèvre Celle du cerf ou bien du lièvre N’entreront dans ton estomac.
Si tu ne veux passer le bac Du sieur Caron, sur l’onde noire.
Où la Parque nous mène boire.
Pour donc rattraper ta santé,
Ne romps les bornes qu’a planté Notre dame et mère Nature A la malade créature;
Ainsi faisant vivre pourras jusqu’à la mort, malgré les rats.
Les envieux et les critiques,
Les jaloux et les hérétiques;
Mais, toute raillerie à part,
Sois sobre et tu seras gaillart.