SERVICE D’AMBULANCES
Ne suis pas médecin, c’possible, mais mémorez-vous bien de la chose que je n’coupe pas dans la tisane.
On a f... des docteurs dans les régiments qui n’connaissent rien d’Ia chose de carotte. J’ai
assisté l’autre jour à la visite; m’a fait suer, parole d’honneur.
L’docteur f... à ces gaillards-là deux jours d’hôpital, trois jours, quatre jours d’iiôpital; pour un peu, leur aurait lait un bail!
Une visite, voilà comment ça s’passe quand on a du poil sous l’nez, n... de D...i
— Comment vous app’lez-vous?
— Léon-Hilaire Triquet.
— Q uelle compagnie?
— Quatrième du trois.
— S’vous d’mandez?
— Docteur, j’ai des douleurs de tête qui...
— Douleurs! douleurs! f... moi quinze gifîîes à c’t’homme-là pour lui faire^changer ça de place.
— Un autre 1
— S’vous à’mandez?
— Docteur, je ne vois plus clair et...
— Plus! plus clair! f... moi c’gaillard-là à l’ombre, puisque l’grand jour lui fait du mal; viendrez m’trouver quand ça s’ra passé, et tâchez moyen qu’ça passe vite, ou sans ça, je vous f... au cachot.
A un autre.
— S’qui vous faut, mon garçon?
— Docteur, je suis tombé dans l’escalier et j’ai l’épaule qui me fait bien souffrir.
— Souffrez épaule, pas vrai; bon, démise pour Icors, hein? Eh bien! allez m’scier une voie d’bois pour la cantine. A force d’Ia faire aller, se ^.mettra.
A un autre...
Et voilà la chose. Mais ce n’est pas en f... des machines sucrées aux hommes qu’on les dégoûtera d’i’hôpital, c’a’évident.
Ceux qui sont malades, qu’on leur f... tout le temps de l’huile de ricin, rien que de l’huile de ricin, vous m’en direz des nouvelles.
Ceux qui claqueront d’obstination et autre, bon débarras pour les régiments, éviteront ainsi des’faire fusiller. Les autres, les f... dedans pour l’éloignement de récidive. Autrement n’aurons jamais que des poules mouillées.
Ch. Leroy. {Le colonel RamoUoL)
LA MÉDECINE
Odette un jour était malade.
Il fallait pour guérir, disait le médecin.
Prendre une ou deux cuillers de l’huile de ricin, Odette ne voulait que de la limonade.
Sa mère (elle adorait sa mère cependant)
Avait beau la prier, tout était inutile :
« Voyons, ma chère enfant, ne sois pas indocile.
Je vais te la donner moi-même en y goûtant.
— Je ne veux pas !
— Après on mange une pastille.
■ — Tu m’en donneras deux?
— Eh bien ! oui, bois !
— Ouais 1
Je ne veux pas, c’est trop mauvais!
— Je t’en supplie, allons, du courage, ma fille 1
Bois! et je m’en irai t’acheter de ce pas... |
— Quoi donc?
— Une poupée !
— Oui, mais je la veux belle, Avec un trousseau fait pour elle!
— Eh bien, tu l’auras, bois !
— Ouais, je ne veux pas!
-—Ah! malheureuse enfant, c’est vouloir que je meure. Puisque tu ne veux pas guérir!
A quel moyen donc recourir? »
Et, se tordant les mains, la pauvre mère pleure. Odette se décide, elle prend le ricin.
Et sur la place
L’avale d’un seul trait, sans faire une grimace.
Sa mère tendrement la presse sur son sein : [chère,
« C’est très bien ! Je t’aimais : tu m’es deux fois plus Tu le vois, mon amour, ce n’est pas si mauvais! —Oh! si, c’est bien mauvais, maman, mais tu pleurais l»
Une larme qu’on voit dans les yeux de sa mère. Toute amertume est moins amère!