LE MÉDECIN DE QUARTIER
Air : Le Grenier (de Béranger).
Jeunes héros sur les pas d’Hippocrate Dans votre ardeur qui voulez vous hâter,
Je vais chanter une carrière ingrate Et les écueils qu’il vous faut affronter.
Dût la leçon vous paraître sévère,
De votre ancien écoutez les avis.
Je voudrais bien qu’il fût vrai pour vous plaire, \ Qu’on est heureux d’exercer à Paris. j
Air : La rôle et les lottes.
A vingt-huit ans j’abandonnai l’École Et les plaisirs du vieux quartier latin,
Me figurant que les flots du Pactole Allaient chez moi se répandre soudain.
Loyer fort cher et mobilier splendide De mes clients vont éblouir les yeux.
Le ciel est pur et la mer est sans ride, |
Pour s’embarquer, quel temps délicieux 1 1 ^ *
Air : Les anguilles^ les jeunes jîlles.
Le premier mois, ma solitude Par personne ne se vit troubler :
De l’avenir triste prélude...
C’était fait pour me désoler.
Une nuit enfin quelqu’un sonne.
C’est un malade que je tien.
« Docteur, la charité l’ordonne.
Venez vite au s’cours d’un chrétien. »
Air : La Lorette (de Nadaud).
Avec vitesse,
Car je me presse,
En un clin d’œil je vole à son secours;
Il pleut, il grêle, '•
Je suis tout zèle;
11 y a péril, je réponds de ses jours.
Air : Ronde des Comédiens.
Je trouve un homme installé fort tranquille,
Au coin du feu qui m’accueille en grognant :
« Ma foi, docteur, vous n’vous fait’s guèr’ de bile Et je serais mort en vous attendant. »
Air : Drinn, Drinn.
Alors, monsieur, ce mal étrange, unique.
Vous laisse donc plus calme dans ce temps?
« C’était, docteur, une infernal’ colique Q.ue j’ai guérie en rendant quatre vents. »
Drinn, Drinn, Drinn, etc.
Air : T^en souviens-tu?
Le lendemain le calme recommence.
Rien en décembre et personne en avril;
Une araignée, hélas, quelle insolence!
Sur ma sonnette osa poser son fil.
Un jour pourtant je vois tourner la chance D’un bon client sous l’aspect révéré;
Les incurabl’s m’accord’nt leur confiance Chez les portiers je d’ viens considéré. j
Air : La Lorette.
De mes malades,
Gais ou maussades.
Désirez-vous que j’esquisse un tableau : Désagréables,
Insupportables,
Pour bien les peindre il faut un bon pinceau.
Air : Su-^on sortant de son village.
Quel malheur que pour les chroniques Je n’éprouv’ pas d’affection.
Car je ne vois qu’épileptiques Et cancéreux à profusion.
L’iiypochondrie Et l’hystérie .
Vient m’agacer d’ses ennuyeux tourments.
Femmes nerveuses Et vaporeuses
Que je vous dois d’agréables moments!
Dans ma salle si l’on pénètre.
On ne voit que paralysés,
Les IncurabVs sont dépassés ;
C’est un petit Bicêtre (bis).
Air : La Ronde des comédiens.
Le long du jour, que de pas, que de courses! Monter, descendr’ de la cave au grenier,
Plaire aux enfants, déployer les ressources D’son éloquenc’ pour les endoctriner;
D’un purgatif avec un mot aimable Fort à propos savoir gagner l’procès,
Quant un client vous invite à sa table.
D’un air content savourer tous ses mets.
Air : Le Grenier (de Béranger).
A chaque instant entendre cette phrase :
« Sans être médc’in j’ai vu les choses de près;
La chirurgie est dans un’ bonne phase,
Mais la méd’cine a fait peu de progrès î L’art d’Hippocrate est pure conjecture,
Le couteau seul est sûr de son chemin;
Le médecin marchant à l’aventure
Ne peut rien voir au fond du corps humain. » (bis.)
Air : Femmes, voulez-vous éprouver?
Il n’suffit pas d’être savant.
Docteur, faut avoir la pratique;
Il y a chez nous un charlatan
Qui d’tout savoir à bon droit s’pique.
Il est d’I’école du bon sens,
Chacun d’vous l’accus’ d’ignorance ;
Il méprise les médisants
Et sans diplôme honor’ la France, (his.)
Air : La Lorette.
Oui, chacun pense En conscience,
Qu’Il peut fort bien en r’montrer au méd’cin Car la jactance.
L’outrecuidance
Du bon public feraient damner un saint.
Air : De Turenne.
Pour un enfant faisant une ordonnance, Comm’ purgatif j’écris du calomel.
La mère lit, tout d’un coup elle s’offense.
Me reprochant un outrage mortel.
En m’accusant d’un affront éternel.
« Jamais, monsieur, dans la mienne famille La syphilis ne se put soupçonner.
Je m’y connais, on ne peut me berner;
Non, le mercur’ n’est pas fait pour ma fille. ;
Air : Le sous -lieutenant.
Je vois, madam’, que vous êtes instruite. Mais quittez donc ce visage irrité;
N’ voyez-vous pas sur la dose prescrite Que l’calomel en vapeur est noté?
Drinn, Drinn, Drinn.
Or, du moment que l’mercur’ s’vaporise.
N’y a plus d’péril pour votre cher enfant. La mère alors tout’ confuse et surprise Me reconduit à la port’ triomphant.
Drinn, Drinn, Drinn.
Air : La Ronde des comédiens.
Le lendemain la mém’ scèn’ recommence; D’Alcibiad’ j’emprunt’ l’habileté.
Voici venir un Monsieur plein d’science Qui d’un ami surveille la santé.
« Mon cher docteur, donnez-moi des nouvelles Du pèr’ Mathieu qui loge en ma maison ;
Car sur son compte on m’en apprend de belles, Qu’on r purge encore et qu’on le saign’ sans raison. » Un autre après vient me chercher querelle Pour un cousin qui dur’ trop en mes mains.
C’est un amant qui me r’proche à sa belle De fair’ subir des trait’ments inhumains :
« La p’tit’ Marie est une sage personne,
Elle n’eut jamais un bouton sur le corps ;
Pourtant, monsieur, la pommad’ qu’on lui donne C’est du mercure, et même des plus forts. »
Air ; La Dame blanche.
Ah! quel plaisir d’être méd’cini On sert par sa science Son ami (his)y son voisin.
Et gaîment/èw^ on s’avance.
Bénissant (bis) son destin.
Ah! quel plaisir, etc.
Air : Eh! gai, mon officier.
Ehl gai, gai, gai, charmant métier.
Vive la médecine.
Eh! gai, gai, gai, rien ne chagrine Dans ce charmant métier.
Art des plus salutaires...
Qu’on devrait adorer.
Et que sans honoraires On prétend honorer.
Eh! gai, gai, etc.
Dr E. Tillot.
h. L’HOPITAL
Le Dr P... fait sa visite, et passe sans s’arrêter devant un lit. Le malade couché dans ce lit, d’une voix amygdalienne : « Monsieur, qu’est-ce qu’il faut faire? Je souffre beaucoup, je ne peux pas avaler ma salive». — Le Dr P..., d’un ton rogue : « Eh bien ! Ne l’avalez pas, mon garçon, je je iTavale jamais ma salive, moi, je la crache. » Se tournant vers l’externe qui tient le cahier : cc Donnez-lui son exéat pour lui apprendre la propreté. »