CHAPITRE IX
royale de France remontent à Tannée 1 55g. Dans la dédicace de son livre d architecture contenant les plans de cinquante bâtiments tous différents, il parle des autres vacations auxquelles il avait été contraint et qui l'avaient empêché jusque-là de dédier au roi ce travail. C’est également à quelque temps auparavant que remonte l’origine de l’un de ses ouvrages les plus célèbres, les Plus excellents bâtiments de France, commandé par Henri II et que nous verrons désormais être 1 une des préoccupations de sa vie. (Voyez le dernier appendice.)
FIG. I o3 . — ESTAMPE DE DU CERCEAU.
Tirée du Ier livre des Instruments mathématiques et mécaniques de Jacques Besson (1569).
En rapprochant ensuite différents passages tirés des écrits de Du Cerceau, nous avons pu montrer que c’est lui qui, au château de Montargis, avait fait des travaux de réparation et d'installation assez importants pour Renée de France, immédiatement après i56o, alors qu’elle vint y fixer sa résidence. En 1 56s, au moment où Du Cerceau avait entrepris les voyages nécessaires pour relever et dessiner les châteaux qui devaient figurer parmi ses Plus excellents bâtiments de France, survint la première guerre de religion qui le ruina, lui et sa famille.
Il fut de nouveau recueilli par la duchesse de Ferrare, comme il nous l'apprend lui-même en lui dédiant, en 1 566, son livre de Grotesques, gravés en partie d’après ceux des châteaux de Monceaux et de Fontainebleau et augmentés de quelques-uns de sa propre invention.
En 1 56g nous le voyons qualifié par Jacques Besson d’architecte du Roy et de Mme la duchesse de Ferrare, sans que nous soyons à même d’indiquer précisément à quelles circonstances il fut redevable de ce premier titre ; en aucun cas il ne le devait aux travaux pour le château grandiose dont Charles IX fit entreprendre la construction à Charleval, car celle-ci commença en 1572 seulement. C’est donc à d’autres travaux qu’a trait l’affirmation de Besson quand il ajoute que Du Cerceau travailla pour lui ores qu’il fut infiniment occupé d'ailleurs.
Dans l’année fatale de i5/2 il dédie à Charles IX son troisième Livre d’architecture, parle de son âge et de son indisposition, rappelle au roi un entretien qu’il avait eu avec lui à Montargis, et attend de sa munificence les moyens pour visiter le reste des plus excellents bâtiments.
En 1 D76, il dédie coup sur coup à Catherine de Médicis son Traité de perspective, et enfin le premier volume de ses Plus excellents bâtiments ; en 157g, le second, et il exprime à cette occasion le désir de pouvoir continuer ce le reste de sa vie ses labeurs à ce qui sera agréable à la reine pour les lui dédier. »
Nous ignorons les causes qui l’empêchèrent de réaliser ce vœu, car c’est au duc de Nemours, prince de la maison de Savoie, gendre de Renée de France, qu'il dédie, en i58q, son livre des Edifices antiques romains, — le dernier ouvrage connu de lui. C’est vers cette époque que nous perdons toute trace de Jacques Androuet Du Cerceau l’Ancien. La manière mystérieuse dont il est dérobé jusqu’ici à nos yeux n’est pas faite pour diminuer l’attrait qu’exerce sur nous sa figure intéressante, et nous n'avons rien à modifier à l’opinion émise par MM. Berty et Destailleur que c’est vers 1 585 qu’il a, selon toute probabilité, terminé sa longue et active carrière terrestre. Un seul point paraît désormais établi, c’est que ce n'est pas à Genève qu'il faudrait chercher les traces de sa fin, ainsi que M. Berty en admettait
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FIG. IO4. — CHEMINÉE DU CHATEAU DE MADRID, A BOUI.OGNE. Tirée des Plus excellents bâtiments de France.
la possibilité. M. Dufour-Vernes, archiviste d'Etat à Genève, que des recherches spéciales sur les Français réfugiés dans cette ville rendaient très compétent en pareille matière, a bien voulu nous assurer qu'il n’a rencontré aucune mention du nom de Du Cerceau.
En parlant de la ruine de toute sa famille, survenue dans la guerre de i563, il semble indiquer par là qu’il avait au moins deux enfants. Nous savons par le duc de Nevers 1 que notre Du Cerceau, bourgeois de Montargis, avait un fils nommé Baptiste, entré au service du roi en ; comme d’autre part, une série de documents confirment que ce dernier, en 1578, était l’architecte d’une entreprise aussi considérable que la construction du Pont-Neuf, et que, dans la même année, il reçut la place non moins honorable de successeur de Pierre Lescot, il résulte de cet ensemble de documents que Baptiste 11e pouvait avoir moins de trente ans en 1578. Ceci porterait le mariage de son père au plus tard à 1547; le fait suivant pourrait le reporter même jusqu’en i5q3 : nous voulons parler de l’intervention de la main d’un aide2, dans la ligure 56, qu'il est naturel de prendre pour un de ses fils, puisqu’il en eut deux qui furent architectes.
Ce dessin, publié déjà en 1 56 1 , avait pu être fait un, deux ou trois ans auparavant, et le fils qui l'aidait devait avoir douze à quinze ans au moins : on est donc forcé de placer sa naissance entre 1544 et 1547. Nous arrivons ainsi à peu près au même résultat que par notre première hypothèse, et l’une confirmant l’autre, il faut même ajouter une année à l’âge de Baptiste, l’aîné, de qui il s’agit ici; ainsi ce dernier avait au moins trente et un à trente-quatre ans lorsqu’il commença le Pont-Neuf. Si, au contraire, c’était son frère cadet, Jacques II, qui avait aidé son père dans le dessin de la figure 56, il faudrait, dans ce cas, ajouter un an ou deux à l'âge de Baptiste.
Comme conséquence de ces calculs, il résulte encore que Jacques II Du Cerceau, mort en 1614, ne pouvait avoir plus de soixante-cinq ou soixante-huit ans.
1. Voyez page 58, et au chapitre : les Descendants, Baptiste, le passage en question.