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CHAPITRE PREMIER

Jacques Androuet Du Cerceau. — Origines parisiennes de la famille. Voyage de l’artiste en Italie.

l ne sera pas inutile de constater, au début même de ce volume, l’opportunité du présent travail, le but que nous nous proposons et les conditions dans lesquelles nous avons été obligé de nous renfermer pour pouvoir l’atteindre.

Le nom de Jacques Androuet Du Cerceau, par sa célébrité, ne le cède à celui d’aucun autre artiste de la Renaissance française. Parmi les statues qui décorent le nouveau Louvre, c’est la sienne et celle de Jean Goujon qui ont reçu la place d’honneur.

Ne semble-t-il pas qu’une réputation pareille doive reposer sur des services précis qui la motivent pleinement? C’est précisément le contraire qui a lieu; en veut-on les preuves :

Voici comment, il y a vingt-cinq ans, l’un des savants qui ont le plus contribué à éclaircir ce sujet intéressant commençait la notice biographique, consacrée aux Du Cerceau : « S’ils comptent parmi les architectes de la Renaissance dont on a le plus fréquemment parlé, les Androuet Du Cerceau ont, en revanche, plus que tous les autres peutêtre, donné lieu à des récits faux et absurdes. Ils sont encore tellement mal connus que, pour presque tout le monde, le nom de Du Cerceau n'éveille que l'idée d'un seul homme, de l’auteur du livre des Plus

excellents bâtiments de France. C’est lui qui, d'après une foule d’écrivains, né vers 1 5 1 5 , aurait bâti le Pont-Neuf, l’hôtel de Bellegarde et même celui de Bretonvilliers ; d’où il faut conclure, ce dont on ne s’est jamais avisé, qu’il aurait vécu près d’un siècle et demi1. »

Après avoir signalé avec tant de justesse ces anomalies, Berty est tombé dans l’excès opposé ; d’abord il est allé jusqu’à douter que Du Cerceau ait été architecte, ensuite il modifie son opinion et admet qu’il a pu construire. « Toutefois on ne connaît que l’église de Montargis, un triste édifice, il faut l'avouer, dont il ait authentiquement donné les plans. «

Trois ans plus tard, un architecte et un collectionneur éminent, M. Destailleur, dans une biographie où il a cherché avant tout à ne citer que des faits bien établis, a écrit ce qui suit : « Ses ouvrages (ses publications) surtout lui avaient probablement fait obtenir le titre d’architecte du roi, titre plus honorifique que réel, et qui se bornait à lui faire toucher une pension ; j’ai en vain cherché la preuve d’une construction importante élevée par Androuet. »

Fallait-il accepter désormais de tels jugements comme définitifs? Nous avouerons qu'il n’y a pas un an encore nous étions parfois assez enclin à le faire. En parcourant avec M. Destailleur des recueils de dessins originaux de Jacques Androuet, il nous était arrivé, en présence de telle ou telle composition bizarre, de nous demander d'un commun accord si Du Cerceau avait vraiment pu être architecte. Le témoignage d'un duc de Nevers, contemporain de Jacques Androuet et de son fils Baptiste, est cependant bien formel : « Le dict Du Cerceau, qui estoit un jeune garçon, fils de Du Cerceau, bourgeois de Montargis, lequel a esté des plus grands architectes de nostre France. »

Si, au point de vue de l’œuvre architecturale, la question se posait ainsi, celle qui touchait à l’existence même de tel des Du Cerceau n était pas entièrement élucidée. Si Callet avait remis en lumière l’existence de Baptiste Du Cerceau, et MM. C. Read et Berty successivement celle des Jacques, des Jean Du Cerceau et d’autres membres de la famille, auxquels Jal a son tour ajoutait quelques nouveaux

Berty, les Grands Architectes français de la

Renaissance ; Paris, 1860, page 91.

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