CHAPITRE VI
d’architecture..., qui fit commencer un édifice sur l'une des susdites montagnes devers le parc, qui est le costé même, où est bâti l’ancien logis ». (La cour, de dix-huit toises en carré, était commencée et avancée surtout du côté de la galerie, corps de logis opposé à l’entrée dans la planche IV.) Puis Du Cerceau continue : « Quant à cognoistre aussi de quelle ordonnance devait estre conduit le bastiment, non seulement pour le regard de la maçonnerie, mais pour les commoditez et plaisirs, qu’il avait accomodez au val, ensemble la richesse des faces, et autres particularités du lieu, suyvant sa délibération, cela se pourra sçavoir par les plans et montées generalles, et desseins que vous ay figurez. » Voilà pour le premier projet, celui pour M. de Boulainvillier. Passons maintenant au projet modifié pour le nouveau propriétaire, et laissons encore la parole à Du Cerceau :
« Depuis advenit ceste maison a monseigneur de Nemours, qui depuis longtemps desirait avoir quelque belle place en France, et n’en trouvant de plus propre à son gre : l'ayant dy-ie à soy, y a fait faire, au lieu de deux petits pavillons entarmes à chacune encoigneure du bastimët par le dehors, un grâd pavillon qui sont quatre pour tout l’édifice. Mais pour plus esclarter l’œuvre, son intention est de dresser sur le devant, vers le val, une salle de trente toises de long sur cinq de large, et une chambre à chaque costé, revenâtes à la largeur de la salle, le tout couvert en terrace, et ayant un mesme regard », etc.
Il ressort de là : i° que le dessin ainsi que la gravure reproduits par nous (pl. IV et fig. 41) montrent le château tel qu’il devait être d’après le plan modifié par le duc de Nemours, et 20 qu au moment où Du Cerceau publiait Verneuil dans son premier volume des Plus excellents bâtiments de France, les travaux étaient loin d être achevés, car il nous parle des intentions du duc. Une grande partie des ouvrages représentés dans les deux documents que nous examinons n existaient pas encore, et parmi ceux-ci surtout le pavillon d entree circulaire. Ces deux vues n’ont donc pu être dessinées et composées que d après les projets fournis à Du Cerceau par l’architecte même du château.
Du Cerceau, qui se montre, plus que n’importe dans quel autre cas, au courant des intentions du premier, puis du deuxième proprié-
taire, pouvait, avant de se mettre à graver les planches de Verneuil et avant de dessiner la perspective de la planche IV, avoir reçu communication des modifications introduites par l'architecte du duc de Nemours dans son projet.
Ce serait là une interprétation qui n’aurait rien d’invraisemblable et qui serait suffisante, convenons-en, pour expliquer les différences qui nous ont arrêté jusqu’ici. Mais il y a encore une autre explication dont l’examen, mis en regard de l'ensemble des faits, non seulement devient légitime,, mais s’impose à nous. Elle consiste à voir en Du Cerceau lui-même l’auteur des deux projets pour Verneuil, en un mot l’architecte de M. de Boulainvillier, puis du duc de Nemours.
Résumons les faits :
i° Du Cerceau qui n'accorde au Palais des Tuileries, avec le superbe projet d'ensemble, que quatre pièces sur trois planches, en consacre dix, sur dix planches, à Verneuil, pour représenter quoi? les projets abandonnés de M. de Boulainvillier, puis les projets modifiés pour le duc de Nemours et dont l’exécution était assez peu avances pour que le château de Verneuil ait passé pour avoir été construit sous Henri IV1.
2° Nous trouvons parmi les compositions dessinées par Du Cerceau deux dessins (fig. 44 et 45), dont le second se rapporte certainement à Verneuil, et le premier très probablement aussi (fig. 44) ; ces compositions, différant sensiblement des projets gravés, ne peuvent donc être elles-mêmes que des projets.
3° 11 existe des rapprochements de style très caractéristiques entre l’architecture dans les planches de Verneuil et les compositions de Du Cerceau en général.
40 Nous voyons ensuite Du Cerceau lorsqu’il grave la perspective du projet pour Verneuil (fig. 41) introduire des modifications très importantes dans l’ordonnance du pavillon et de la galerie d’entrée, ainsi que dans les ajustements des détails par rapport au beau dessin préparé par lui. (PI. IV.)
i. Dans le Dictionnaire universel de la France, on lit que Henri IV fit bâtir ce beau ohâteau et l’e'rigea en marquisat en faveur de Mmo d’Entraigues et plus tard en duché en faveur de Henri de Bourbon, fils de Henri IV et de M"10 d’Entraigues.