‹ Les Du CerceauChapitre 85 sur 230 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Recueil N ou du Château idéal. — 24 dessins sur vélin. 455 X 65 5 millim. Cabinet des Estampes, à Paris; relié en tête du recueil M. Figures 23, 24, 3 1 , 32, 46, 1 i5, 1 17.

Ce recueil a appartenu à M. Callet père, architecte, auteur de travaux sur Du Cerceau, dans lesquels il prétend que la date du recueil en question serait i56o. Le titre avec cette date nous paraît l’œuvre de M. Callet lui-même. Ce recueil est doré sur tranches et, outre qu’il est le dernier en date, il forme l’une des collections les plus curieuses parmi les dessins de ce maître. Il nous montre Androuet sous un jour tout particulier, car ce sont ses propres compositions en présence desquelles nous nous trouvons. En plusieurs endroits nous aurons à signaler la main d’un aide. S’il fallait donner à cette collection un nom en rapport avec son caractère, on pourrait l’appeler le volume du Château idéal , car il semble que dans les feuilles 2 à i3 (les feuilles 7 et 10 sont des restitutions de M. Callet père) Du Cerceau ait voulu faire pour le château français quelque chose d’analogue aux projets de certains élèves de Bramante et de Raphaël en Italie, ou aux rêves de Bartolomeo Ammanati et du chevalier Giorgio Vasari le jeune1, quand ils composaient des recueils avec une città ideale. Une partie de ces rêves aboutit, sur une échelle bien réduite, au château de Caprarola, et, plus tard, à Millefiori, dans le Piémont. En France, l’amorce du nouveau château de Saint-Germain, gravée dans Les Plus excellents bâtiments de France, semble trahir dans la cour des préoccupations analogues.

Voici l’énumération du contenu de ce volume :

1. Projet de porte triomphale pour l’entrée principale de la cour du Louvre, avec un étage et un toit avec grandes lucarnes. (Fig. 46.) — 2. Château fort circulaire à double enceinte, avec cour centrale; l’enceinte intérieure flanquée de 8 tours contenant des chambres ; l’enceinte extérieure avec 4 entrées dans des bastions circulaires. — 3. Perspective de l’ensemble. — 4. Même donnée que le type 2-3 ; seulement au lieu d’être circulaire le plan est composé d’un carré continué par 4 demi-cercles. — 5 . Élévation pour n° 4. (Fig. 3 1 .) — 6. Autre variante. Les places demi-circulaires qui continuent la cour carrée, au lieu d’avoir pour diamètre le côté du carré, 11’en occupent que la moitié environ. — 7. Élévation composée par M. Gallet père pour le plan. (Folio 6.) — 8. Au milieu d’un lac, trois corps de bâtiments, formant de véritables châteaux, sont disposés sur un même axe et réunis par un portique. ' Fig. 1 1 5.) En dessous, le plan. — 9. Château sur plan carré, à double enceinte munie d avantcorps au milieu des côtés et de pavillons aux angles. Au milieu de la cour centrale, un autre pavillon. — 10. Élévation pour le plan précédent, par M. Callet père, dans le style de l’Empire. — 1 1. Château sur le plan d’une croix grecque. La cour carrée entourée de portiques qui la séparent des cours rectangulaires formées par les bras courts de la croix. Les habitations situées sur les faces extérieures de la croix et dans les angles rentrants. — 12. Grande fantaisie. Une colline est transformée en pyra-

1. Ces recueils manuscrits sont conservés aux Uffizi. Vasari, le neveu de l’immortel biographe des artistes, composa son œuvre en i53o.

mide rectangulaire avec quatre terrasses successivement en retraite, occupées chacune par un palais rectangulaire dominant l'autre, avec pavillons aux angles. La terrasse supérieure est occupée par un dernier château composé de quatre pavillons et d'une tour centrale. La courtine ou face de l’avant-dernier palais, avec ses trois frontons, est empruntée à un projet de façade pour Saint-Pierre de Rome, dont nous avons publié plusieurs types L Au rez-de-chaussée, ordre rustique et bossages à la Charleval. — i3. Deux portiques circulaires concentriques entourés de fossés, avec quatre pavillons à l’entrée des ponts, entourent un temple circulaire à plusieurs étages en retraite. (Fig. 32.) — 14. Façade d’entrée d’un château, probablement un projet pour Verneuil. (Voyez au chapitre projets : Verneuil.) — i5. Cour carrée d’un château, entourée d’un rez-de-chaussée en terrasse portant un double berceau. Pavillons aux angles. Probablement un projet pour Verneuil. — 16. Bâtiment à deux étages, formant une sorte de double loggia pour un jardin. Les sculptures des moulures, les guirlandes et chapiteaux sont de la main d’un élève. Les rinceaux des frises sont de Jacques Du Cerceau l’Ancien, de même que les charmantes figures de couronnement légèrement indiquées à la plume et au bistre. Le perron séparé en trois travées par des lions couchés. — 17. Ile circulaire entourée de maisons sur des arches, située au milieu d’un pont et placée tangentiellement entre deux autres ponts parallèles au premier qui, tous trois, portent des maisons. (Fig. 1 1 7.) Voyez ce qui sera dit sur le Pont-Neuf; deux encres, l’une plus noire que l’autre. — 18. Deux pavillons d'entrée d’un château, de style rustique. — 19. Décoration de théâtre ? dans le style des villas italiennes ; dans le corps de bâtiment central, deux grandes arcades avec les armes de France entre deux; bossages dans les claveaux. — 20. Portique formé de trois arcades portant une terrasse ; de grands bossages forment les pieds-droits et coupent les archivoltes ; de petits bossages, en partie à pointe de diamant, ornent les nus au-dessus jusqu’à la frise. — 21. Portique dans le style d’un arc triomphal corinthien à 5 passages avec bossages, portant une galerie (Louvre ?) avec trois fenêtres à frontons. — 22. Autre composition d’ordre ionique avec petits bossages pour le sujet précédent, avec trois passages. (Voyez projets : Louvre.) — 23. Décoration de théâtre ? Pont à cinq arches portées par des éléphants. La balustrade audessus de ces derniers est coupée par des obélisques, par des cavaliers galopant audessus des clefs des arcs. — 24. Décorations de théâtre. Trois pyramides participant de la tour et de l’obélisque. Le sujet excuse la fantaisie que l'on serait autrement tenté d'appeler excessive ; celle de droite reproduite dans notre figure 24.

Dans ce recueil, le feuillage d’acanthe présente toujours le caractère arrondi de la troisième manière. Quand on étudie à plusieurs reprises avec attention ces dessins dans tous leurs détails, on arrive à reconnaître deux mains distinctes, l’une, celle de Jacques Androuet Du Cerceau l’Ancien (sans parler des deux feuilles dues uniquement à M. Gallet) , dont la manière se relie par des traits sans nombre avec les autres recueils, et une seconde main à laquelle il a abandonné l’exécution de certaines parties secondaires de plusieurs de ces dessins qui n’étaient que la répétition d’un 1. Les Projets primitifs, etc., pl. XX, fig. 1 et 2.

FIG. 56. — DESSIN d’un PUITS par Du Cerceau, aide d'un de ses élèves. — Gravé dans le Second Livre d’architecture.

(Collection de M. Lcsoufaché.)

même motif. Ainsi, dans le dessin feuille i, où d’abord plusieurs parties semblent d’une seconde main, un examen plus attentif finit par donner à celle-ci uniquement les rais de cœur, et peut-être la frise de feuilles d’acanthe qui font suite aux chapiteaux du premier étage. Feuille 14. Peut-être les bossages des colonnes, les chapiteaux et les balustres. Feuille i5. L’ornementation en grande partie. Feuille 16. Les sculptures des moulures, les guirlandes, les chapiteaux de la main d’un élève. Feuille 22. Les accessoires, tels que 1’ « opus reticulatum », les oves qui montrent, non le chic d’un homme qui sait, mais la dureté d’un commençant qui cherche à faire régulier.

Dans plusieurs de ces feuilles, les figures allongées établissent la liaison parfaite avec celles du frontispice isolé, actuellement relié en tête de ce recueil (fig. 23) ; par exemple, feuilles 1 et 24. (Fig. 24.) Pendant quelque temps, nous avions cru qu’un certain nombre de ces figures, qui sont certainement de la main qui a tracé celles dans le dessin du puits (fig. 56), n’émanaient pas de Jacques Androuet l’Ancien; car l’ensemble de ce dessin est de la main d’un commençant, ainsi que l’on peut s’en convaincre en regardant le feuillage de l’archivolte et les fautes de perspective dans les chapiteaux et leurs entablements, — fautes entièrement corrigées, d’ailleurs, dans la gravure que renferme le Second Livre d’architecture, imprimé déjà en 1 5 6 1 , c’est-à-dire à une époque où Jacques Du Cerceau le père avait encore toute sa sûreté de main. Un examen attentif montre toutefois que les figures, ainsi que les lions, sont de la main de ce dernier, qui se réservait d’exécuter lui-même celles des parties des dessins qui étaient les plus délicates. Dans ces figures, les tètes sont parfois assez négligées, et les yeux, le nez et la bouche indiqués simplement par trois points assez arbitrairement placés. Telles sont les figures feuille 1 9, qui tiennent la couronne au-dessus des armes de France, où les têtes et les mains semblent révéler une certaine inexpérience, pouvant provenir ici de l’âge avancé de Jacques. Les figures, dans la feuille 21, relient sa deuxième et sa troisième manière. Là où la main de Jacques se révèle tout entière, c’est dans la fougue des chevaux galopant avec leurs cavaliers; ce sont, d’une part, les mêmes caractères que dans les croquis du volume J, et les mêmes souvenirs puisés dans le traité de Bramante sur le cheval, par exemple, feuilles 2 3 et 24 (fig. 24), dans les champs de l’obélisque, etc.

Ces dessins ont été décrits dans le catalogue de la vente Callet, mais nous n’y avons trouvé aucun renseignement utile.

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