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INTRODUCTION
lutions des consaulx et les comptes de la municipalité forment, à mon point de vue, le fond intéressant des Archives de Tournay. J'ai employé deux journées à l'examen de ces documents. On appelle registre de cuir noir un journal, dans lequel on a enregistré pendant trois siècles tous les événements notables, et, ce qui m'importait davantage, une description détaillée de toutes les grandes entrées royales ou princières qui se sont traduites, pour la municipalité de Tournay, en honneurs, mais aussi en dépenses. J en ai extrait et je publierai tous les détails qui peuvent servir à la peinture des mœurs , ils sont moins nombreux qu'on ne le croirait ; il faut dire aussi que la ville ne se mettant guère en frais d'imagination 1 ,
nirent à différentes époques des copies de titres et de chartes dans des registres de cuir noir, blanc, jaune, rouge, vert et blanc. Dans les archives de la mairie de Londres un liber albus de 141 9 est devenu, parle changement de reliure, le liber nigerf ainsi que nous l'apprennent quelques vers du seizième siècle :
Qui liber albus erat, nunc est contrarius albo : Factus et est unctis pollicibusque niger.
Ces désignations ont été forcément remplacées plus tard par des lettres, chiffres et sous-chiffres.
1 Lorsqu'on a lu un grand nombre de ces descriptions, on s'étonne du peu d'imagination de nos ancêtres et de leur complaisance à s'émerveiller devant ces redites et ces reproductions; on devient aussi plus sobre de citations. Parmi les entrées les plus récemment publiées, partant les moins connues, je signalerai celle de Henri VI à Paris, le 2 décembre 1431, décrite longuement, moitié en prose, moitié en vers (Archives de la mairie de Londres, reg. K, folio 101). La ville de Paris était, dans cette occasion comme en toute autre, la vraie grant'villc. Je recommande le passage où il est question du haulx escarf aulx près du Chastelet de Paris, sur lequel étaient représentés, par figures, le roi d'Angleterre , MS le duc de Bourgogne et une vingtaine de nobles personnages. Cette description a été publiée par M. Jules Delpit, dans son tome 1er de la Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre; publication sérieuse et importante, mais dans la-
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le rédacteur officiel se résignait à répéter presque mot pour mot les descriptions de ses devanciers.
Les registres aux résolutions des consaulx 1 , ou procès- verbaux des délibérations de l'administration municipale, remontent jusqu'à l'année 1385, et se suivent sans interruption depuis cette époque jusqu'à la fin du seizième siècle. Ils m'ont paru être d'un intérêt purement local, et j'en dirai autant des comptes de la municipalité. Sans doute, si l'on avait le temps de procéder à un dépouillement régulier de ces divers documents, il résulterait de ce travail un tableau intéressant, parce qu'il serait complet , de l'activité dans les arts de la ville de Tournay pendant une longue série d'années; et pour nous il aurait un attrait particulier, car Tournay n'a cessé d'être une ville française qu'en 1520. M. d'Hennebert a déjà publié quelques essais 2 ; mais ces travaux n'ont
quelle nous ne voyons pas que la moindre attention ou du moins la plus petite place ait été donnée aux arts.
1 Quelques notes, prises en courant, indiqueront la forme et le style de ces résolutions :
1468. — Mardi xxvi jour d'apuril l'an mil cccc et lxviii après Pasques : De le requeste des princes et compaignie de la court d'amours auoir aidé pour aler à la feste du prince de Plaisance de Valenchiennes qui sera dimence prochain. — Les chiefs en sont rechargiez, lesquels leur ont ordonné avoir vi livres.
1472. — Mardy xv jour de décembre mil cccc lxxti : De le requeste de pluiseurs compaignons qui se nomment les coers joyeulx qui requièrent autre grâce de pooir jouer en samble l'abrégée de l'istoire de destruction de troyes ès Testes du Noël prochain. — La cognoissance en est délaissée aux jurez.
1475. — Mardi derrain jour d'octobre l'an mil cccc et lxxv. Du rapport de maistre Salmon Testelin, retourné de devers le roy nostre seigneur, devers lequel il avoit esté enuoyé par les chefs pour entendre et obvier à ce que aucun préjudice ne fust fait à la ville, èstraittiez, pourparlers entre le roy nostre seigneur et monseigneur de Bourgogne. — On se montre très-satisfait de la manière dont il a rempli sa mission , et les consaulx décident : — Attendu les paroles dites et promises au susdit seigneur d'Argenton, — ont ordonné luy faire présent d'une tapisserie de la valeur de XL livres de gros de par la ville.
2 11 n'a paru que trois ou quatre cahiers de cette revue de Tournay.
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d'intérêt que dans leur ensemble , et nous espérons que le spirituel auteur d'aperçus littéraires ingénieux, qui a déjà tant fait pour le classement des archives placées sous sa direction , aura la persévérance qui soutient dans ces arides entreprises 1 .
1 Voici quelques extraits des comptes pour cinq années; mais, je le répète, ces dépouillements n'ont d'intérêt que dans leur ensemble :
1395. — A le sœur Jehan Crestien , sergent, pour m capiaux de roses, par elle livrés , le jour de l'Assencion XV s.
A maistre Mahieu de Ghand, orlogeur, pour se pension par lui desservie, à avoir visité, atempiré à heure et gouuerné l'orloge du belfroit d'icelle ville , au terme de demye année vi 1.
1396. — A Jehan Normant, pour sa peine d'avoir tué en le dite ville \Q xxx kiens, depuis le derrain jour du mois de march lxxii s. xi d.
A Jehan de Vrenay, pointre , pour sen sallaire d'avoir point , doré et fait les diz escuchons et livré les couleurs xn s. vi d.
1397. — A Ghiselin Carpentier, orfèvre, pour avoir fait par l'ordonnance des dis consaulx une escalle d'argent, armoyée des armes de la dite vi'le, qui fu donnée et présentée de par le dite ville et les consaulx d'icelle , le xi jour de juing, à Catherine de Chimay, fille de feu maistre Jacques de Chimay c vu s.
1398. — A Jehan de Vrenay, pointre , pour son salaire d'avoir repoint une chibolle, où l'image de Nostre Dame siet, à la porte Saint Martin, et point six hoeses avec les fleurons , pumiaux et banières armoiées des armes du roy nostre sire et de Tournai, dont les trois sont à le porte de Marvis et les autres deux à la dite porte Saint Martin IHÏ 1.
1399. — A Nevers, hirault de la ville de Bruges, lequel vint crier et nonchier à Tournay une fieste de jouste , qui , ou mois de may, se devoit faire en la dite ville de Bruges, se li fit donné par courtoisie, à celly cause, I florin d'or à l'escut à le couronne , lequel valy xxil s. vi d.
A maistre Jehan Locquet, clerc, pour le salaire de se paine et travail d'avoir relo:é et réparé plusieurs livres et registres IX 1.
A Jehan de Brye, orfèvre, pour i gobelet d'argent — et pour le salaire de Ghiselin Carpentier, orfèvre , de i email armoyé des arme* de la ville, qui fu mis au couviècle du dit gobelet par dessus xn 1.
Puisque j'ai cité quelques-uns des artistes flamands employés au quinzième siècle par nos rois et nos princes, autant vaut-il prendre, dans mes extraits, cet article du compte de Arnoul Boucher, argentier du roy pour demy an — du 1er février 1388 au 31 juillet 1389 (Grandes Arch. Nat.):
A Copin Musequin, marchant demourantà Tournay, pour la fourre ure d'une robe d'escarlate vermeille de mi garnemens pour le roy MdS pour le jour de Pasques fleuries, l'an mil ccc mi« et vm. — Pour ce pour tout n 1,1 de ventres de menu vair, au pris de xxxv liv. un s. p. le millier, valent lxx liv. vin s. p.
Et cet autre article que je trouve dans les comptes du cardinal Georges d'Amboise (Archives du département de la Seine-Inférieure) :
Le 14 mars 1495, payé à Anthoinc Grenier, marchand de Tournay, pour reste et parpaye de la tapisserie de la salle de MS et de la chambre d'emprès, la somme de , c xxxtii liv. v s.
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A la recherche des documents inédits, nous joindrons Tétude des monuments conservés dans cette ville. La cathédrale de Tournay est tout un enseignement. Les admirateurs de l'architecture du moyen âge peuvent apprendre sous ces belles nefs romanes, terminées par un chœur de style gothique qui forme comme une lointaine et aérienne perspective, ce que ce grand style est devenu dans la main trop habile, mesquine et abondante tout à la fois, des architectes du quinzième siècle. Quant à la statuaire, nous trouvons là un véritable musée. Les monuments funéraires de Tournay, ses bas-reliefs, ex-voto encastrés dans les murs, portent des dates certaines, et pour quelques-uns nous avons les noms des artistes au talent desquels on les doit. Tournay, ville française, fut de bonne heure en communication facile et fréquente avec nos sculpteurs; elle devint, à la fin du quatorzième siècle, le foyer et comme le point de départ de l'influence flamande sur la statuaire française: foyer plus actif, influence plus puissante qu'on ne Ta cru. Son principe dominant , sa règle fut Timitation de la nature et l'abandon du style, aussi bien dans ce qu'il présentait de faux et de conventionnel que dans ce qu'il avait de noble et de pur : notre école de sculpture, si grande dès le douzième siècle, si célèbre au treizième, était trop fière pour se défendre ou pour composer; elle fut assez forte pour succomber tout entière.
Il faut sortir de la cathédrale et gagner le plein
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air pour entrer dans le mystère de l'art flamand , et apprécier la valeur propre et la portée de l'influence de son école de peinture. L'art flamand, en effet, n'est qu'un portrait; jugez-le de deux manières, et en lui-même et dans ses rapports avec son modèle. En lui-même, il est merveilleux d'habileté; et il est plus surprenant encore, lorsqu'on l'étudié devant son modèle, au milieu de cette nature des Pays-Bas qui l'inspira et qu'il rendit avec un sentiment exquis. Les van Eyck ne reproduisirent que le type flamand; Hemling n'a bien rendu que les horizons de sa terre natale; les van der Velde ne savaient pas peindre les mers, mais la mer du Nord ; ils n'ont pas représenté les bords du Rhin dans cette infinie variété qui se déroule depuis Schaffausen, mais ils ont pris ce grand fleuve à sa sortie des montagnes de Bonn, et, le voyant couler paisiblement comme le Nil entre ses berges, ils l'ont peint calme, lent et monotone. Les maisons de briques des van der Heyden ne sont pas construites avec les briques de tous les pays , mais avec les briques cuites en Flandre , retenues par ce mortier blanc qui s'échappe des assises. Faut-il passer en revue toute cette grande armée militante de partisans de la nature, le temps nous manque, allons en plein air. Quand vous sortez de votre auberge à Tournay, àGand, à Haarlem, dans toutes ces vieilles villes flamandes et hollandaises , mais par-dessus tout à Bruges , il vous prend une sorte de vertige , vous êtes en face de la nature et vous croyez voir un tableau
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des van Eyck, une miniature de Hans Hemling, chaque pas que Ton fait semble un feuillet du manuscrit que Ton tourne; car, à chaque nouveau point de vue, c'est le souvenir vivant de quelque chefd'œuvre de la grande école du quinzième siècle, et cette ressemblance est si frappante que , confondant Fart et la nature, vous ne savez bientôt plus auquel des deux vous en devez la reconnaissance.
N'est-ce pas bien là le sujet mille fois répété dans les miniatures des manuscrits : une rue solitaire animée seulement par un cavalier qui s'éloigne au pas ou par deux ménagères qui jasent sur le seuil de leur porte ? Cette échappée de paysage , précise dans ses contours, brillante et harmonieuse dans ses couleurs, et qui semble vue à travers le prisme d'une chambre obscure, ne se retrouve- 1- elle pas dans les miniatures par centaines ? N'est-ce pas là ce marché si bien rendu par les enlumineurs, avec son peuple de Flamands tranquillement affairés, froidement animés? L'examen du modèle peut seul faire juger de la fidélité du portrait , et elle est merveilleuse. Comme dans les miniatures, ces perspectives paraissent courtes dans la nature ; les maisons aux façades uniformes, et que distinguent seulement les couleurs variées dont elles sont bariolées , semblent des joujoux, tant elles sont petites ; les habitants isolés dans les rues larges , bordées par des constructions basses, ne détachent sous ce ciel gris aucune ombre, et ils y occupent une énorme place. Faut-il détailler
IIe PAllT. — TOM. I. g