‹ Les ducs de BourgogneChapitre 20 sur 164 · XCVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XCVIII INTRODUCTION

davantage la nature pour prouver que l'art lui fut fidèle, il suffira d'étudier avec attention le type national, en observant les usages du pays dans les habitudes journalières ou dans les fêtes si fréquentes : de celte manière, on apprécie l'art flamand, on comprend sa valeur, on parvient à expliquer, tâche difficile, le singulier phénomène de son apparition à la fin du quatorzième siècle, au milieu du nivellement à peu près général de toutes les écoles.

Pourquoi les Pays-Bas eurent-ils à cette époque le privilège d'un art original? C'est le climat, dira tel écrivain. Mais il est brumeux, et il ne diffère ni de celui de l'Angleterre, ni de celui du nord de la France. C'est le caractère national, dira tel autre. Mais l'Allemagne est aussi minutieuse, aussi patiente, aussi contemplative, et la Chine l'est davantage; qu'ont produit ces deux pays de comparable au point de vue de l'art? Sera-ce la constitution politique ou l'activité industrielle? Mais les villes anséatiques ne différaient pas essentiellement des Pays-Bas, leur industrie était autant développée au dedans, aussi étendue au dehors. Est-ce enfin la race, la langue, faudrait-il absolument flaminger pour être artiste? A toutes ces questions , à ces hésitations , nous répondrons par le tableau de la cour des comtes de Flandre et des ducs de Bourgogne. Ce grand luxe, cette protection généreuse et souvent intelligente, cet élan donné dès le quatorzième siècle et continué pendant

INTRODUCTION. XCIX

tout le cours du quinzième, n'était-il pas bien fait pour développer la semence que Dieu jette un peu partout, que les circonstances seules font germer? L'art se développa alors dans la seule direction qui pouvait produire une renaissance. Après l'imitation servile et fatigante des Byzantins, et en l'absence de tout monument de l'antiquité capable de maintenir ou de relever le sentiment du beau pris dans une puissante interprétation de la nature plutôt que dans sa patiente copie, les van Eyck inscrivirent sur leur drapeau : Imitation de la nature, et, une fois qu'ils eurent acquis droit de conquête par leurs chefsd'œuvre, ils l'implantèrent dans le pays et il n'a pas cessé d'être son guide. Pourquoi s'en étonner! Le principe était fécond parce qu'il était vrai ; il s'appuyait sur une longue pratique de la miniature, genre de peinture favorable à l'imitation minutieuse; il répondait d'ailleurs mieux que tout autre programme au caractère national ; et il est de ceux que les individus peuvent contester, mais qu'un peuple transmet imperturbablement à travers les générations. Aussi la renaissance du seizième siècle eut beau faire, elle put tout au plus compromettre quelques grands talents ; la renaissance du quinzième siècle lui résista le front levé, et, après une bourrasque d'habiles pastiches italiens, les artistes des Pays-Bas rentrèrent, au dix-septième siècle, dans la voie ouverte par les van Eyck.

De nos jours, les tendances ont été de diverse

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nature, les résultats seront les mêmes; un moment David, à la fin du dix-huitième siècle, et Paul Delaroche, au moment où j'écris, ont exercé une certaine influence sur des talents distingués ; mais on se tromperait si Ton croyait que cette influence a pénétré profondément , le goût national n'en a pas été atteint , les Pays-Bas sont restés fidèles à leurs dieux , qu'on a osé appeler des magots; seulement, par une aberration qu'explique l'impuissance de notre époque, le programme n'est plus l'imitation de la nature, mais l'imitation de l'imitation. Il n'y a plus de Hollandaises, plus de Flamands et de Flamandes pour servir de modèles, plus d'intérieurs dans les maisons, plus d'horizons dans le paysage, plus de moutons , de fleurs et de légumes dans les champs ; on néglige la nature, on la méconnaît pour copier les van Eyck , les Ostade , les De Hooghe et les van Huysum .

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