ALAIN-FERGENT
apôtres du W siècle, le saint ermite Vital, de Mortain, s'arracha à sa solitude de la forêt de Fougères et vint essayer de calmer par des paroles de paix ces dissensions funestes; ce fut en vain. On combattit avec un acharnement que je ne saurais dire. Dans cette lutte, comme dans tant d'autres non moins glorieuses, ce furent nos braves Bretons qui , faisant des prodiges de valeur, décidèrent de la victoire. Cette fois ils assurèrent le trône d'Angleterre et le duché de Normandie à Henri Beauclerc (4106). Robert fut fait prisonnier et expia son ambition par une captivité qui ne se termina que par sa mort.
Alain-Fergent maria Conan, sou fils aîné, avec Mathilde, fille du roi d'Angleterre, et, en 1113, dégoûté du trône, de la guerre et du monde, pris d'un mal dangereux regardé comme incurable, il abdiqua en faveur de ce même fils et se relira dans l'abbaye de Redon. Il s'y donna à Dieu c pour la vie et pour la mort >, c'est-à-dire qu'il prit l'habit religieux et fit vœu au Seigneur que, s'il lui rendait la santé, il se consacrerait entièrement à lui. Fergent semblait n'avoir pris le froc que pour mourir comme les grands seigneurs bretons de cette époque, qui se faisaient transporter au monastère au moment de rendre leur âme à Dieu et revêlaient la tunique monacale pour y être ensevelis, afin d'être c mieux accueillis ù la porte du ciel, i Mais le Tout- Puissant en avait ordonné autrement : notre Alain se rétablit complètement. Fidèle à son serment, animé d'une vraie dévotion, il ne quitta plus Redon, où il mourut en 1119 avec la réputation d'un prince pieux, courageux et sage.
Qu'on nous permette de citer un exemple de la piété de ce bon prince et de la duchesse Ermengarde. Conan, leur fils aîné, ayant été attaqué d'une maladie fort dangereuse à l'Age de dix ans, ils le consacrèrent à saint Nicolas, faisant vœu de doter richement une abbaye d'Angers dont ce grand saint était le patron. Dieu jeta un regard de bonté sur ces offrandes faites avec un cœur si pur et uue foi si ardente, il prêta l'oreille aux gémis-
7S LES DUCS m BRETAGNE.
sements et aux prières de parents désolés et rendit la santé à leur enfant. La chronique rapporte que le jeune Conan, conduit par sa mère, alla déposer une partie de ses cheveux sur Tan tel de Saint-Nicolas d'Angers et que Fergent abandonna à l'abbaye la plus grande partie de ses domaines particuliers.
La célèbre abbaye de Redon avait été fondée au ix« siècle par le moine saint Gouwoîon, noble breton, né 5 Comblessac. Après avoir été archidiacre à Rennes, Gouwoîon était allé se consacrer au Seigneur dans le désert de Redon. Persécuté par les nobles voisins dans les terres que lui avait données Ratuili , seigneur du lieu, il vint, suivi de ses douze disciples, Implorer la protection de Noménoé, qui, pour le venger des grands, de Tévéque de Vannes et de Louis le Débonnaire Inl-méme , qui s'étaient déclarés contre le pauvre moine, lui concéda l'abbaye de Saint- Sauveur de Redon, qui devint l'une des plus puissantes de l'Europe et que Dieu sauva d'une manière miraculeuse sous le règne d'Ërisopoé. Les terribles hommes du Nord , ayant descendu la Loire sur leurs longues barques de cuir, entrèrent dans la Vilaine et jetèrent l'ancre à deux pas du couvent. Les moines , remplis d'épouvante , se prosternèrent un instant au pied des autels, supplièrent le Seigneur de garder lui-même son sanctuaire et s'enfuirent, 5 l'exception d'un vieillard vénérable qui, agenouillé dans l'église, se contenta de répéter avec une ferveur tout angélique : c Sauveur du monde, montrez-nous votre puissance, et nous serons sauvés. » Au même instant, une effroyable tempête se déchaîna sur tout le pays, le tonnerre gronda avec un fracas épouvantable, les éclairs se succédèrent sans interruption, les vents menacèrent de tout engloutir.... Debout sur la poupe d'un navire, un prêtre d'Odîn appela en vain ses terribles divinités, accomplit ses plus sacrés mystères* Voyant la mort l'environner de toutes parts, il s'écria enfin : c Dieu de nos ennemis, toi qui combats pour eux, détourne ta Vengeance, et nous déposerons de l'or et des présents au pied