CONAN III, EUDES DE PORHOET, CONAN IV, GEOFFROY II. SS
des flots de sang qui inondaieDl sa patrie, et trop ci*aintif pourtant pour essayer de les arrêter, appela à grands cris celui qui l'avait établi dans l'héritage maternel. L'Anglais parut; mais il venait moins en allié qu'en conquérant, il battit les barons révoltés contre leur maître et menaça ensuite de renouveler la campagne contre le maître lui-même, si Conan ne lui livrait pas le comté de Nantes, dont il s'était emparé après la mort du jeune Angevin Geoffroy. C'était d'Avranches , où il s'était retiré avec ses troupes, que l'orgueilleux Henri 11 faisait connaître ses volontés à son vassal. Celui-ci se soumit et alla trouver son suse* rain, à qui il donna Nantes, à l'applaudissement des Nantais, Non content de cette cession volontaire, le roi d' Angleterre » pour punir Conan d'avoir osé recueillir la succession de Geoffroy, confisqua le comté de Richemont, apanage important que les princes bretons avaient possédé dans l'île depuis la bataille d'Haslings.
Voilà donc les États du duc de Bretagne réduits au seul comté de Rennes : pauvre propriété disputée encore par Eudes dePorhoêt, que soutenait le roi de France et qui, fier de œ puissant appui, soulevait le pays de Vannes et de Cor- Aouailles.
Pendant les courts instants de paix que laissaient au duché jces guerres sans cesse renaissantes, Berthe songea à établir ses enfants : elle maria Conan à Marguerite d'Ecosse et voulut unir sa fille Constance à Malcolm, frère de la nouvelle duchesse. Mais une passion romanesque s'était emparée du cœur de la jeune Bretonne. Fortement éprise de Louis le Jeune, qu'elle n'avait jamais vu et que venait de laisser libre la mort de Constance 4e Castille, sa seconde femme, notre Constance de Bretagne n'aspirait à rien moins qu'à devenir reine de France. On peut jager par la lettre qu'elle adressa à Louis VU» vers la fin de l'ao- Aée 1160, que l'ambition entrait néanmoins pour peu de chose dans les vues de la digne fille de Berthe*
c A Louis 9 excellent et respectable roi de France , Con^ stance » fille d'Alain , comte des Bretons , salut et perdurable amitié.
c J'ai désir que votre dignité ait à connoitre quejà longtemps ai souvenance de vous, et pour ce que divers présents à cause d'amour me ont par plusieurs été offerts, jamais n'en ai accepté aucun. Ainçois, se il plaisoit à votre libéralité despecher à moy, logier soubvenir soict anneau, soict autre gentille chose, Tes* timerois plus que le grand univers. Merci à vous d'avoir avec tant d'honneur reçu mien envoyé , et veuille le Dieu conservateur que en mes teires existe quelque chose que plaise à voiife posséder, soict épervier, soict chien, soict cheval, et vous prie de ne pas différer me le faire savoir , vous servant du porteur de la présente/Or, ayez en persuasion que si fortune n'avoit à desdain m'octroyer un de ses soubz-rires, aimeroîft mielx offrir ma main à quelques-uns des tiens , tant humble soict-il de biens et grandeurs que royne d'Ecosse devenir, et le prouveroi par l'événement. Or doncques lors reviendra le comte Couan, mon frère, des contrées d'Angleterre, me rcndroi à Sainct-Denysà l'intention d'y faire mes dévotions et aussi de jouir de vostre présence. Soyez le bien portant, si vous voulez que ma sancté soict bonne. >
Peu de temps après, les espérances de notre Bretonne furent cruellement déçues par la nouvelle du mariage de Louis le Jepne avec Alix» cin«i|uième fille du comte de Champagne. Constance épousa le vicomte de Rohan.
Dans les années qui suivirent le mariage de Conan et de Mar^ guérite, une (lamine horrible désola la Bretagne. Les Bretons furent contraints , dit un historien digne de foi , à manger U terre et leurs propres enfants! Des phénomènes terribles annoncèrent aussi la colère du Seigneur : une pluie de sang tombai dans le diocèse de Dol « des ruisseaux de sang jaillirent d'une fontaine, et du p;rn] coupé sortit encore du sang en abondance;