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CONAN III, EUDES DE PORHOET, CONAN IV, GEOFFROY II

signes certains, puisque les événements ne l'ont que trop prouvé, signes certains des guerres qui ne s'étaient un moment apaisées que pour se rallumer plus furieuses que jamais! Une main vigoureuse eût pu enchaîner les passions, retenir les rebellés sôus l'obéissance ; une politique sage eût pu inspirer peut-être quelque respect à l'étranger ; mais Gonan était trop faible pour porter le sceptre, et, loin d'intimider l'Anglais par une contenance assurée, il réclamait constamment son appui.

Les seigneurs, partout révoltés, se livrèrent entre eux de funestes combats, et cherchèrent, à la faveur des guerres intestines , à reculer quelque peu les bornes de leurs possessions respectives. Les démêlés des vicomtes de Léon et du Faoïi furent les plus sanglants. Le vicomte du Faou ayant attiré dans une embuscade Hervé de Léon, un des plus grands capitaines de son temps, l'enferma à Châteaulin dans une étroite prison. Hamon, évéque de Léon, voulut venger son père; suivi de toute Ja noblesse du pays et du duc Conan lui-même, il marcha sur Châteaulin, l'emporta d'assaut et conQna du Faou et ses partisans dans la tour de Daoulas. Mais l'emprisonnement de ses ennemis ne pouvait le satisfaire; il lui fallait du sang!... Pourtant le maître qu'il suivait , le divin Sauveur des hommes , défendait qu'on se servit de l'épée. Le malheureux crut (aire taire les remords de sa conscience et calmer ses propres passions en condamnant les vaincus à mourir de (aim ! Oh! qui ne frémit d'horreur quand on apprit que les infortunés prisonniers s'étaient mutuellement dévorés !

Gonan avait prêté ses armes pour une guerre Indigne , il ne recueillit pas les fruits que cette guerre semblait lui promettre. La reconnaissance ne lui attacha pas le seigneur de Léon, qu'il avait délivré et que des intérêts particuliers entraînèrent dans 4les rangs ennemis. Les barons, de plus en plus irrités de l'ascendant qu'avait en Bretagne le roi d'Angleterre» se rangèrent

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tous ioui la bannière d'Eudes » qui, depuis la mort de la duchesse Berthe, dont on ne saurait préciser l'époque, avait prist le litre de comte de Vannes et de Comouailles et arait épousé la petite-fille de Hervé de Léon*

La Bretagne était sur le penchant de sa ruine. Le véritable, le seul moyen de la sauver de la domination étrangère , de ramener dans ses villes la paix et le bonheur, c'était de rallier les mécontents contre Tennemi commun, le fier Anglais, qui, non content de la pourpre royale , jetait encore sur le manteav d'hermine un regard de convoitise ! Le faible Gonan ne le comprit pas : effrayé des terribles menaces qui fatiguaient les échos de ses tristes domaines, tremblant de terreur sur son tr6ne dé Rennes, il ne sut que c regagner en fuyant l'Angleterre », précipitant ainsi l'inévitable catastrophe !

Le farouche Henri II combattait alors dans le pays de Galles, où, en proie au délire et à la rage, il faisait arracher les yeux aux enfants mâles et couper aux jeunes filles le nez et les oreilles.... Tel était le monstre que l'indigne Conan suppliait d'entrer dans notre Bretagne ! L'infâme Anglais se promit le ravage de la Diimnomée après celui de la contrée qu'il désolait, et, en attendant qu'il pût marcher lui-même au secours de son allié , nous pouvons plutôt dire avant qu'il pût voler sur le continent pour veiller à ses propres intérêts et conquérir une province depuis si longtemps désirée, il envoya son sénéchal de Normandie, Richard de Homet, sur les pas du duc breton. Richard obéit ; il se porta sur Dol et Gombourg , que Raoul de Fougères avait fortifiés, et arbora sur leurs hautes tours les couleurs de l'Angleterre.

Vaincu, mais non soumis, Raoul recruta quelques partisans et leva une seconde (ois l'étendard de la révolte.

Saisi d'une terreur nouvelle, Conan implora son protecteur ordinaire. Henri accourut lui-même ù la tête de ses barons et mit le siège devant Fougères, qui succomba après une héroïque

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résistance et vit ses fortifications s'écrouler sous le fer destmcteur des insulaires.

Quelque temps après , l'infatigable Raoul , le défenseur de 1? Bretagne, reprit sa bonne ville, enrelevples remparts, fitcre^ser dans la forêt voisine des souterrains profonds, les Cellier^ de Laadéan , pour y cacher les trésors de ses bourgeois, et tenta line fois encore le sort des combats; mais il paya par des flots de sang son héroïque folie !

Hélas! c'en était fait de la liberté de notre vieille Armorique* Son duc lui-même Teuchalna aux pieds de l'orgueilleuse Angleterre en consentant au mariage de sa fille Constance , à peine «ortie du berceau, avec le troisième fils de Henri, Geoffroy » qui ne comptait que huit ans. A cause de la grapde jeunesse da prince et de la princesse, il fat convenu qu'ils ne jouiraient que des revenus du comté de Nantes jusqu'après la mort de Ponan et d'Eudes, qui devaient successivement gouverner la Bretagne. Mais de telles conventions ne pouvaient longtemps (latisfaire l'insulaire ambitieux; bien convaincu de la faiblesse ^u duc breton , certain d'ailleurs de l'effrayer par quelques me-^ paces, s'il n'accédait pas aussitôt à ses désirs, il demanda \^ tutelle de son fils. Conan, né pour commander, pe savait qu'or t>éir. Il sollicita comme une graqde faveur la cession 4il comté de Guiugamp et abandonna à l'Anglais notre hérpiiqua Bretagne ! Alors les fiers Bretons sentirent leurs fronts rougir de la honte qu'y imprimaient leurs indignes barons, qui, presque jlous, se pressaient servilement ^ux piei|s du roi d'Angleterre pour lui rendre hommage. Les prêtres eux* mépaes t saluaient comme un envoyé de Dieu le très-pieux roi Henri et bénissaient ie jour où le Seigneur, d^ns sa miséricorde, avait yisité la Bretagne!... > Accoutumé au triomphe, l'usurpateur parcourut J|i province en maître, leva sqr le pauvre peuple des deniers axt M^^aordinaires pour la cropsade ^u'il méditait, et repassa dai# ;ses £tats.

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A peine l'Armorique eut-elle été délivrée de son tyran » que quelques barons, et parmi eux Eudes et Raoul de Fougères^ reprirent les armes pour reconquérir Tindépendance de leur pays. Ils portèrent le ravage sur les terres que s'était réservées le coupable Conan. Celui-ci , incapable de se défendre, dépé» cha un courrier à Beauclerc , qui, fatigué de ces révoltes incessantes, mit le duché à leu et à sang. Tout trembla sous la main de fer du vainqueur. LeOerEudon lui-même se soumit et donnft pour gage de sa foi la belle Alix , sa fille , qu'il avait eue de la duchesse Berthe.

Le départ de Henri, rappelé en Normandie par la mort de sa mère Matbilde, fut le signal d'une nouvelle révolte.... Vous dire le courroux qui remplit le cœur de l'Anglais quand il apprit que les barons bretons violaient encore l'hommage juré, ce serait impossible. Quel moyen de les réduire enfin , puisqu'il avait démantelé leurs villes, rasé leurs châteaux, ravagé leurs campagnes, levé des impôts? Sa fureur, sa rage, son infamie lui inspirèrent une vengeance certaine.... N'avait-il pas en son pouvoir la fille de ce même Eudes, son mortel ennemi? Il jeta un instant des yeux coupables sur sa captive, c Rien n'égalait, disent les chroniqueurs, la beauté, la candeur, la grâce de cette fleur de Bretagne, i Les liens de parenté qui l'unissaient & Alix n'arrêtèrent pas Henri : il lui causa la mort par un horrible attentat !

Alors un cri immense, poussé par Eudon et répété par mille voix, retentit dans l'Armorique et fit gémir les échos du palais de Louis le Jeune. Le malheureux père parcourut les provinces, recueillît les pleurs des jeunes filles pleurant sur le triste sort de la belle Alix , redit la cruauté de l'Anglais et appela tous les Bretons â la vengeance ; il porta ses plaintes jusqu'aux pieds du trône de France. Le fils de Louis le Gros fit les plus belles pro* messes: les paroles ne lui coulaient rien.... D'ailleurs, Henri ne lui laissa pas même le temps de se préparer à la guerre; il

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