CONAN III, EUDES DE PORHOET, CONAN IV, GEOPPROT II
èDtra eo armes dans la Bretagne , ravagea le pays de Por-* hoét, renversa )e châtean de Josselin, s'empara de Vannes, d'Auray, deBétherel, parcourut la province désolée en semant sous ses pas le ravage et la mort, et se rendit à la Ferlé-Bernard, où il devait avoir une entrevue avec le roi de France pour une trêve d'un an signée Tannée précédente et expirant le jour de la Saint-Jean-Baptiste. Mais là , il fut accablé de reproches pour son infâme conduite, le nom d'Alix fut répété dans toutes les conférences, chacun s'éloigna du meurtrier avec horreur, et les deux rois se séparèrent sans avoir rien conclu.
Six mois après, tout était oublié!... Le roi d'Angleterre et ses trois fils , Henri Court-Mantel , Richard et Geoffroy, se présentèrent à Montmirail devant Louis le Jeune, c Monseigneur et mon roi» dit Beauclerc, en ce jour où trois rois de la terre Tinrent offrir leurs hommages au roi des rois , je mets à votre disposition moi, mes enfants, mes terres, mes armées, mes trésors, pour en user et abuser à votre volonté , les retirer ou les donner à qui et comme il vous plaira. > Louis répondit : • Puisque ce roi qui reçut les hommages des trois mages vous a inspiré ainsi, que vos fils se présentent et qu'ils tiennent dé* sormais de ma bénignité toutes les terres qu'ils possèdent. » Henri Court-Mantel s'avança et fit hommage au roi pour l'Anjou , le Maine et la Bretagne , l'ayant déjà fait pour la Norman* die. Geoffroy fit ensuite hommage à son frère pour la Bretagne, qui lui était remise à titre d'arrière-fief. Cependant dans cette entrevue, le monarque français se fit donner quelques bonnes paroles pour les Bretons. L'Anglais promit tout ce qu'il voulut, résolu à n'observer dans la suite que ce qui conviendrait à ses intérêts.
Henri II conduisit son fils à Rennes. Geoffroy, qui comptait à peine dix ans, frappa à la porte Mordelaise, comme l'avaient fait avant lui les valeureux Bretons qui avaient porté la couronne ducale , et il jura en mettant le pied dans la capitale
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brette de conserver la foi catholique et de gouveroer aveq équité. Il fut ensuite couronné par Tévéque Etienne et r^ciit l'hommage des barons.
Quelque temps après , accompagné de son père t il vîf^a toute la Bretagne. Henri força les seigneurs qui n'avaient p^s assisté à la cérémonie du couronnement à prêter à son fils serment de féauté. Ceux qui s'humilièrent furent traités avee, bonté 9 ceux qui refusèrent obéissance à l'usurpateur Tirent leurs châteaux réduits en cendre et furent obligés d'aller ca<^ cher au fond des plus sombres forêts leur amour pour la vieîlU indépendance bretonne. Eudon fut dépouillé de tous ses blsDS. Quelques nobles, qui avaient trouvé un asile aqprès de Louis le Jeune et qui devaient rentrer en grâee » d'après les ier^ nières promesses » furent en proie à la barbare vengeancf^ d^ ce tigre en courroux. C'est ainsi que Beauclerc garda sa par rôle!... Louis VII se contenta de gémir sur le sort de tant d» victimes et d'admirer» dit un historien, les lumières de l'af)» chevéque de Cantorbéry, Thomas Becket, qui lui avait dit à Hontmirail qu'il fallait faire peu de fond sur ce que promettait Henri. Ce qu'il fit de plus, ce fat de recevoir Eudon i sa cour.
Le roi de France ne comprit pas, dans tous ces démêlés dt notre malheureuse Bretagne avec l'Angleterre , la mission que Dieu lui confiait. Il eût pu, ainsi que l'en sollicitaient les Bretons, les Gascons et les Poitevins, marcher contre leur c exécré suzerain anglais > et chasser l'étranger du sol de uotre belle France ; mais il resta tranquille spectateur de l'usurpation violente d'une riche province et jeta à peine un demi-regard sur ces Armoricains qui lui tendaient les bras et le sollicitaient en vain contre un tyran.
Conan le Petit mourut en 4171. Sa mort fut à peine remarquée, ou plutôt le mépris le plus complet accompagna dans la tombe celui qui avait été duc de Bretagne et qui, de Son propre
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consentemeni, expirait comte de Richemont et de Guingamp. Le counige ne lui aurait pas manqué dans les combats, quelques actions éclatantes de sa jeunesse le prouvent assez; mais il faillit dans les conseils et oublia trop qu'une seule parole suffit pour faire de tous les Bretons autant de héros.
Quelques seigneurs essayaient encore de se débattre contre l'autorité étrangère qui s'étendait de toutes parts sur notre malheureuse Bretagne. C'étaient les efforts expirants des tristes débris d'un peuple héroïque sur le tombeau de son indépendance. Mais, hélas! les plaintes des derniers défenseurs delà patrie n'étaient plus entendues par des frères autrefois si dévoués, leur appel aux armes n'était qu'un vain son qui s'évanouissait dans les airs, leurs combats partiels n'étaient qu'une lutte désespérée d'un géant h demi vaincu.... Les Bretons du siècle devenus Anglais de cœur et d'opinion, combattaient eux aussi contre les vieux Bretons de la vieille Armorique, et Vusnrpateur triomphait de toutes parts.
Il avait éfé stipulé dans le contrat de mariage de Geoffroy avec Constance, héritière de Bretagne, que Conan exercerait le pouvoir sa vie durant et que cette autorité reviendrait ensuite à rinfortuné Eudon. On a vu que le fils d'Alain le Noir passa sa vie dans la Bretagne sans s'inquiéter des affaires du duché et semblant même ignorer les malédictions qu'un peuple devenu esclave appelait sur sa tête coupable. En vain, après que l'indigne souverain eut quitté la terre, Eudon voulut-il se saisir du pouvoir, objet de tous ses vœux; il était dans la destinée de ce prince infortuné de gravir bien des fois les degrés du trAne sans pouvoir s'asseoir sur c<^ trône tant désiré !... Habile et vertueux, il demeura pauvre et ignoré. C'est ainsi que les droits et les talents sont souvent méconnus ou méprisés, quand ils restent ensevelis dans le malheur. Un instant , le parti de Té^ poux de Berthe sembla devoir triompher; mais Henri parut, et Eudon fut obligé de fuir pour la seconde fois à la cottr de
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France. Ce fut alors que tout le duché fut adjugé h Geoffroy, bien qu'il n*eAt pas encore épousé la duchesse Constance.
Un nouvel hommage exigé par le rot d'Angleterre fut le signal d'une nouvelle révolte. Raoul de Fougères se fortifia dans son château et s'allia une fois encore avec ce mémo Eudes que la fortune accablait en vain de ses coups. Henri irrité déchatna dans notre Bretagne une troupe d'aventuriers nommés Brabançons ou Routiers, c C'étaient des misérables enrôlés du Brabant qui se donnaient à qui payait le mieux et qui pillaient , brû* latent, massacraient sans pitié comme chose usitée et inhérente à nature de guerriers, i Qui redira tes maux de notre désolée Armorique? Elle se crut au temps où les barbares du Nord apportaient dans son sein l'incendie et la mort. En vain rappelaitelle le souvenir de ses vieilles traditions; le terrible Rollon le Marcheur n'avait pas fait plus de ravages....
Raoul de Fougères, l'intrépide défenseur de la liberté, combattit ce héros ; mais Henri triompha sur tous les points , et le fier Breton lui-même fut obligé de donner deux de ses fils en otage. Ne pouvant se résoudre à enchaîner une vie qu'il avait vouée à son pays , il se retira dans les plus sombres forêts el y resta pendant quelque temps en sortant souvent pour dévaster les terres du tyran.
Quand le jeune duc de Bretagne fut en âge de gouverner pur lui-même, sa politique l'engagea h être plutôt Breton qu'Anglais; aussi gagna*t-il le cœur de ses sujets, qui oublièrent un instant que leur nouveau souverain avait puisé la vie sur le trône d'Angleterre. Bien des fois Geoffroy leva l'étendard de la révolte contre son père et combattit ses frères, t C'est la loi de notre race, disait-il, que pères et enfants s'exècrent entre eux. 1 Ces guerres sacrilèges durèrent six ans : six ans d'horreurs, d'infamie, qui imprimèrent un sceau de honte et de malheur sur le front de Henri et souillèrent plus encore celui de ses fils coupables. Brouillés entre e!ix, les enfants du Planta-
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genêt ne s'unissaient que pour médiler un parricide. Deux fois les archers bretons visèrent au cœur du père de Geoffroy par l'ordre du jeune duc, et deux fois ils percèrent sa cotte de mailles ! Ou voyait la vindicative Éléonore d'Aquitaine , cette épouse répudiée de Louis le Jeune, déguisée en homme, errer d'un camp à l'autre dans les ombres de la nuit et rester prisonnière tantôt de son mari, tantôt des ingrats à qui elle avait donné le jour. Vous croyez sans doute, jeunes lecteurs, que celle qui s'était assise un instant sur le trône des lis, portait au père les paroles de repentir et de soumission de ses fils égarés , et aux enfants la tendresse et le pardon d'un père généreux? Non! Éléonore , cette femme que la France a couverte d'un éternel mépris, cette femme, oubliant sa qualité et sa mission divine d'épouse et de mère, rauimait le flambeau de la discorde , quand elle le voyait près de s'éteindre, jetait dans tous les cœurs la vengeance et la haine !
Henri disputa ù son fils ce même duché de Bretagne qu'il n'avait assuré à cet ingrat qu'à force de peines. Par ses ordres les Brabançons assiégèrent et enlevèrent Rennes. Geofl'roy reprit la ville, qu'il retrouva à demi dévorée par les flammes, et la guerre continua mêlée pour notre jeune duc de revers et de triomphes.
Ces disputes impies de fils dénaturés contre un père faible et plein d'affection pour les monstres à qui il avait donné la vie , Jurent souvent interrompues par des trêves et des traités. Ce fut dans ces courts instants de paix que Geoffroy épousa Constance, à qui il était fiancé dès le berceau, qu'il fut créé chevalier par son père lui-même et qu'il tint à Rennes la célèbre assemblée connue sous le uom d'Assise dû comte Geoffroy. La plupart des évêques et des seigneurs de Bretagne y assistèrent. Il y fut réglé que les héritages ne seraient plus partagés entre les enfants, mais appartiendraient entièrement à rainé» qui devrait établir convenablement ses juveigneurs (cadets). Cette loi d'alpesse sauvait la noblesse bretonne du démembrement des (or-
lanes et semblait assurer la paissance et la propriété de la pro- Yînce. Elle fut loin de satisfaire tous les seigneurs ; plusieurs trouvèrent injuste d'exclure leurs puînés de Théritage paternel. Ils excitèrent quelques troubles, que le duc ne tarda pas à apaiser.
La voix de Guillaume , archevêque de Tyr, retentissait alors dans tout TOccident. Elle venait redire la funeste bataille de Tibériade, la captivité du dernier roi de Jérusalem, Gui de Lu* signan, dans les fers de Saladin, et la désolation de la ville sainte. Cette voix ranima encore dans le cœur de nos braves Bretons une piété toujours sincère et un désir de gloire toujours irrésistible. Un grand nombre prirent la croix. Geoffroy lui-même sourit à la pensée d'aller. guerroyer en Palestine pour la défense du suint sépulcre ; mais l'ambition était là plus forte que tout sentiment de dévotion et de renommée : il convoitait l'Anjou, que son père s'obstinait à lui refuser. Fils peu respectueux, il quitta la Bretagne, vola à la cour de France, où depuis six ans déjà Philippe-Auguste avait remplacé sur le trône le premier époux d'Éléonore, et confia ses intérêts au roi français, certain qu'il soutiendrait volontiers une révolte contre un vassal trop puissant.
Le duc de Bretagne (ut reçu avec joie par Philippe, qui l'aimait c singulièrement i et qui fit de son palais c un lieu de délices, afin de récréer un si noble étranger, i Ces fêtes brillantes furent funestes à Geoffroy. Blessé dans un tournoi , il roula dans la poussière et fut foulé aux pieds des chevaux. On l'emporta expirant de l'arène. Philippe, effrayé d'un si horrible accident, manda les plus habiles médecins de la capitale. Leurs soins furent inutiles , le malheureux prince mourut le 49 aoAt de l'année li86, à l'âge de vingt-huit ans. Le roi de France lui fit des obsèques magnifiques et le fit inhumer dacs le sanctuaire même de la cathédrale.
La Bretagne vei*sa des larmes de regret sur le cercueil de
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son jeune duc. Quelques années d'une bonne administration lui avaient fuit oublier qu'il n'était qu'un étranger ; elle avait placé toutes SCS espérances dans le fils du tyran qui l'avait tant fait souffrir, et attendait de lui la paix et la prospérité. Nous-méme nous nous inclinerions avec respect devant les dépouilles mortelles d'un prince qui aimait la Bretagne, si nous pouvions oublier son odieuse conduite envers celui qui lui avait donné l'existence. C'est en vain , Bretons , que vous lui souhaitiez de longs jours, c'est en vain que son nom se mêlait si souvent à vos naïves prières. Dieu semblait vous dire lui-même: « Celui qui n'honore pas son père ne vivra pas longuement, i
OoMSTAiroi (I1S6-1196 ). — Amrmuml^r ( 1196-1203 ). — Aus
de Brelagns*
L'infortuné Geoffroy n'avait tenu son aatorité que de la duchesse sa femme : Constance rentra donc dans tous ses droits après la mort de son époux. Néanmoins, les rois d'ÂcgIeterre et de France voulant dominer en maîtres la Bretagne, chacun revendiqua la tutelle de la jeune princesse Eléonore , seule enfant de Geoffroy et par conséqueut héritière présomptive du duché. Mais Constance déclara qu'elle espérait encore être bientôt mère.... Vous dire l'anxiété qui s'empara alors du cœur de nos Bretons, ce serait impossible. Que de prières à Marie, que de vœux naïfs à la vierge du bosquet et de la fontaine, que de cierges consumés dans les églises pour obtenir un duc, Breton an moins par sa mère !
Les trois partis qui se divisaient la Bretagne étalent plongés dans une muette inquiétude. Philippe de France et Henri d'An-