CONSTANCE , ARTHUR I , ALIK DE BRETAGNE
gleterre observèrent notre malheureuse proyincé eomme un tigre furieux épie une proie vivante encore ; les vieux Armoricains» qui voulaient à tout prix sauver l'indépendance de leur pays, tendaient vers le ciel des mains suppliantes. La naissance d'une £lle aurait été le signal de guerres sanglantes et acharnées.
Enfin le 30 avril, par une belle matinée de Pâques, Constance donna ù ses sujets dévoués un nouveau duc de Bretagne. Des cris de joie retentirent dans toute la contrée ; l'encens brûla devant les autels que les enfants paraient de fleurs, et les vieillards, de leurs dons; la prière de la reconnaissance s'éleva de tontes parts jusqu'aux pieds du Tout-Puissant, et chacun espéra un avenir meilleur.
Une prophétie du célèbre Merlin annonçait comme prochain le retour d'Arthur, le fameux chevalier de la Table ronde, le compagnon du roi Hoêl le Grand. On crut le retrouver dans l'enfant sauveur que le ciel accordait, et, d'une voix unanime, on donna à cet enfant de bénédiction le nom du héros breton. En vain Plantagenet voulut-il infliger celui de Henri, le peuple attachait au souvenir d'Arthur trop d'idées de gloire et de délivrance....
Que les desseins de Dieu sont impénétrables! Ce même prince, accueilli avec tant d'enthousiasme, ce même prince dont le berceau était orné de feuillages verts, symbole d'espérance, devait avoir sa couche funèbre toute rougie de son propre sang.... Mais n'anticipons pas sur les événements et revenons à la duchesse Constance, l'heureuse mère d'Arthur.
Les jours de fêtes et de bonheur s'évanouirent bientôt; l'Anglais parut.... Il venait réclamer la tutelle du fils de Geoffroy. Les états, assemblés à Nantes et intimidés par la contenance ferme et sévère de la duchesse, déclarèrent que Constance seule avait la garde de l'enfant. Frémissant de rage, le Plantagenet, décidé à tout tenter pour régner toujours sur cette Bretagne
9à LES DUCS DE BRETAGNE.
qui lui avait coûté tant de soins et de fatigues, força la jeune mère h donner sa main ù Raoul de Chester.... Mariage indigne! union coupable, puisqu'elle rivait à jamais les chaînes de la vieille Armorique! C'était par la menace de la séparer à jamais d'un enfant bien-aimé, de son Arthur, son orgueil et son bonheur, que l'Anglais avait triomphé de la répugnance et des scrupules de la duchesse.... Un instant l'amour maternel avait étouffé dans un cœur généreux l'amour de la patrie; mais par combien de douleurs et de sacrifices ce moment d'erreur ne futil pas racheté!
Alors Henri domina encore en souverain dans la Bretagne, qui , agenouillée autour du berceau d'Arthur, avait cru être à jamais affranchie de la domination étrangère! Raoul de Chester prit le titre de duc de Bretagne et de comte de Richemont, titre que ne ralifia jamais l'acclamation populaire, et partagea le gouvernement avec son épouse Constance. Les Bretons maudissaient l'usurpateur, la fière duchesse brette le méprisait ; mais tous souff'raient en silence, gémissant sous la main de fer du Plantagenet.
Le 17 juillet 1189 , Henri II (ut étranglé ù Chinon c avec un mauvais licol de mulet • par deux de ses serviteurs. Il expira en maudissant ses enfants et le jour où il était né. Digne fin d*un prince déloyal et cruel qui, deux jours avant sa mort, jurait à Dieu dans un terrible serment qu'il ne l'aimerait jamais ! Cependant il avait pris la croix.... c II ne l'avait pas dans le cœur,» s'empresse d'ajouter un historien. « Il est venu du diable, et au diable il retournera, > avait dit l'illustre saint Bernard. En effet, sa mort (ut ce qu'avait été sa vie. Aucun de ses enfants ne lui rendit les honneurs funèbres.
La Bretagne respira enfin quand le froid cadavre du tyran dormit à jamais sous les dalles humides du sanctuaire de Fontevrault. Constance convoqua ses barons, leur rappela les menaces de TAnglais pour la (orcer à partager la couronne ducale