‹ Les ducs de BretagneChapitre 17 sur 42 · CONSTANCB ». ARTHUR 1 , ALIX DB BRETAGNE · texte numérisé non relu

CONSTANCB ». ARTHUR 1 , ALIX DB BRETAGNE

avec le comte de Chester, et les supplia de la délivrer d'un maître qu'elle détestait. Les prélats déclarèrent que les deux époux étaient parents à un degré prohibé par l'Église; le mariage fut déclaré nul, et Raoul de Chester honteusement chassé de la Bretagne. Constance gouverna sept ans c en son propre nom. >

Richard Cœur de lion, successeur de Henri II, ne s'oppoEa pas au divorce de la duchesse. 11 avait des projets sur la Bretagne, et l'opposition du comte de Chester était un obstacle de moins qu'il aurait à vaincre. L'année suivante , il partit pour la terre sainte. En passant par Messine , il fit un traité avec Tancrède , roi de Sicile , traité par lequel il docna Arthur, qu'il

nommait c son cher neveu de Bretagne et légitime hérilier >, à la fille de ce même Tancrède. Il toucha 20,000 onces d'or pour la dot de la petite princesse et s'en alla guerroyer en Palestine.

Les Bretons se flattèrent de voir Arthur remonter un jour sur le trône de ses ancêtres; bien vaine espérance!... Le régent d'Angleterre Williams, évêque d'Ély, chevalier et grand justicier, rendit la justice au nom du jeune prince. Mais Jean sans Terre déclara la guerre au régent.

A la nouvelle de ces funestes divisions , Cœur de lion se hdta de quitter la Palestine. Jeté par la tempête sur les côtes de l'Adriatique, obligé de traverser l'Allemagne sous un déguisement pour échapper à son mortel ennemi , Henri VI, que les historiens qualitient de prince t gueux Féroce et avare >, il fut reconnu c tournant la broche > dans une pauvre auberge et livré par le duc d'Autriche au cruel empereur, qui l'enferma dans une étroite prison.

Pendant cette captivité qui dura un an, Jean sans Terre, soutenu par Philippe-Auguste qui redoutait aussi la puissince « du lion >, envahit la Tourainc, le Vexin et la Normandie, et se fit de nombreux partisans en Angleterre.

. Délivré en signant un traité honteux qui, entre autres clauses.

fOO LES DUCS OB BBETAGMB.

Stipulait le. mariage d'Éléooore de Bretagne avec le fils du due . d'Autriche, mariage qui, du reste, ne s'accomplit pas à cause de la mort prématurée de Léopold, Richard accourut du fond d0 l'Allemagne, pacifia l'Angleterre par la prise de Nottingham , seule ville qui , à son approche, avait continué ù soutenir les droits de Jean sans Terre , et passa en France pour s'opposer auK progrès que Philippe-Auguste faisait en Normandie. Éléonore devint encore le prix de la paix entre les deux princes. Ce projet d'alliance de la fille de Constance avec le fils de Francene fut pas mis non plus ù exécution ; et la jeune princesse, œn» finée dans le couvent de Bristol , fut gardée par Richard , qui pensait la faire servir peut-être encore à sa politique.

Tandis que les rois de France et d'Angleterre guerroyaient en Orient et terminaient par les armes leurs différends en Eu* rope, la duchesse Constance, délivrée enfin de leur gênante tutoie, ressaisissait quelque autorité. Ayant assemblé les états à Rennes, elle fit reconnaître Arthur, qui alors comptait à peine neuf ans, comme duc de Bretagne, et partagea avec lui un trône dont an ambitieux allait encore saper les fondements. Au milieu de ses aventures chevaleresques. Cœur de lion n'avait pas oublié la Bretagne , l'objet éternel de la convoitise des Anglais. Irrité de l'acte d'indépendance que venait de consommer la duchesse aux états de Rennes, il ne respira que la vengeance. Mais en jetant les yeux sur la péninsule armoricaine, il n'y vit que des sujets dévoués à la fille de Conan, se pressant avec un enthousiasme toujours renaissant aux pieds de l'enfant des espérances ai des promesses.

Cœur de lion se sentit tressaillir. Sachant pourtant dissimuler et méditant un affreux dessein, il pria Constance, par un mot de sa main, et de la manière la plus gracieuse du monde, de vouloir bien venir à Bayeux pour y régler avec lui d'importantes aff'aîres « au milieu ae i'épanchement de l'amitié fraternelle. » La pauvre iemme donna sa confiance au plus artificieux des hommes.

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