CONSTANCE, ARTHUR I, ALIX DE BRETAGNE
résignation» loin de caloier les seigneurs, ne fit qu'envenimer leur haine pour leur tyran. Ils envoyèrent un héraut à Richard pour le sommer d'exécuter le traité signé et lui reprocher sa mauvaise foi et sa déloyauté.
Cœur de lion ne répondit que par le fer et le feu ; Robert de Tournehan, sénéchal d*Anjou, entra en Bretagne à la tête de forces imposantes, brûla, rasa toutes les places qui lui résistèrent et massacra sans pitié les partisans de Constance. Au milieu de cette désolation générale, les Bretons ne faisaientqu'un vœu aux pieds des saintes images, à peine respectées des hommes de guerre ; ils oubliaient la perte de leurs biens , de leurs parents , les maux qui les accablaient eux-mêmes, pour ne songer qu'au noble héritier de leurs anciens ducs. Les paroles de la captive trouvaient un écho fidèle dans le cœur do tous ces braves....
Tant de désastres n'apaisèrent pas encore la fureur de Cœur de lion; il vint lui-même pendant le carême, et, sans respect pour ce saint temps, il se porta à des excès que nous ne saurions dire. Les jours consacrés au souvenir de la passion du Sauveur, ces jours si religieusement gardés dans notre Bretagne, ne virent pas suspendre cette guerre impie de pillage et de meurtres, ni s*éteindre l'incendie que l'Anglais allumait de toutes parts.
A la lueur affreuse de ces iucendies, Robert de Vitré traversa heureusement la contrée désolée avec l'enfant-duc et cacha cet enfant miraculeusement sauvé dans la ville de Brest , son dernier asile.
Les Bretons ne laissaient pas ravager leur pays sans opposer à leurs oppresseurs une vigoureuse résistance. Marchant sous les bannières des seigneurs de Dinan, de Rohan, de Léon, de Fougères, de Montfort, du Faou, de Dol, de Vitré, de Mulestroit, etc., ils faisaient des prodiges de valeur. Mais, hélas! bien inférieurs en nombre aux bandes de Normands , de Bra-
IM LES DUCS DE BltETAGME*
baBçoDS et de Coltere&ux méeréants qae l'Aii^ais avait déehatuées eonlre eux , ils B'éproavaient qne des revers. Ces revers pourtaot Q'affaublissaieQt pas leur coorage : leur eause était si sainte, qu'ils espéraient que Dieu la ferait triompher un jour.
Alain de Dinan prit la ville de Montfort, la brûla, parée qu'elle s'était donnée au tyran , et alla rejoindre les nobtes barons qui avaient réuni leurs troupes près de Carhaix. Là, les fidèles de Constance remportèrent une victoire éclatante; nétmf* moins , n'osant se fier à ce succès passager, redoutant toujours les desseins secrets de Richard , dont la mauvaise foi était la même, ils résolurent de confier au roi de France l'enfant de leurs espérances.
. Guifaenoé, évéque de Vannes et gouverneur d'Arthur, partit donc et remit , au nom de la Bretagne , son noble pupille entre les bras de Philippe-Auguste. Celui-ci en éprouva une grande joie, promit de veiller sur Fenfant comme sur son propre fils » déclara dç suite la guerre à Richard , et , pour fiilre sortir du duché le tyran exécré, alla mettre le siège devant la ville d'Aumale en Normandie. Anglais et Français, Normands et Bretons combattirent avec acharnement. Pendant l'action , Richard, qui se battait comme un simple soldat , aperçut Théroique Alain de Dinan qui réparait son casque endommagé à quelques pas du champ de bataille. Le roi d'Angleterre, plein d'audace et de rage, se précipita sur le noble Breton et brisa son bouclier. Alain reconnut Richard ; sentant renaître ses forces et sa haine, il lui porta un coup si violent, qu'il envoya le cheval et le cavalier mesurer le sol. C'en était fait du monarque anglais, si les Normands ne fussent accourus et ne l'eussent délivré.
Mais la bataille était perdue. Cœur de lion, couvert de honte et do confusion, fut obligé de se retirer. Une seconde défaite vint peu après mettre le comble à son humiliaUon.
Alain de Dinan » âme du parti patriotique, mourut nu milieu
CONSTANCE, ARTHUK I, ALtX BE BRETAGNE. 105
de C€8 triomphes. Richard, délÎTré de celui qu'il regardait comme le premier capitaine breton , songea à se venger de ses repvers. H envoya en Bretagne de nonveaox c routiers > qui, aotts la conduite du farouche Marcadet , mirent tout à feu et à
Sttllg*
Cependant de telles horreurs ne pouvaient durer toujours, La Bretagne était épuisée. Les Bretons , soupçonnant avec inquîétnle l'ambitlcn de Philippe-Auguste, résolurent de conclure la paix, lis traitèrent secrètement avec les Anglais : Richard rendit les terres dopt il s'était emparé et remit la duchesse en liberté; Arthur fut enlevé à Philippe- Auguste, et Ton vit ce jeune priace accueilli avec enthousiasme dons ce même camp de son oncle où, quelque temps auparavant. Il aurait été certainement massacré.
Changeant tout à coup de politique. Cœur de lion combla les Bretons de faveurs et de bontés, et les amena enfin à se liguer avec lui contre le roi de France, qu'ils vainquirent à Yernon et h Cisors. Philippe se vengea par la prise d^Évreux et par le ravage des terres normandes. Sollicité également par les deux partis, le pape Innocent III les engagea à signer une trêve de cinq ans.
Richard, toajours remuant , alla presque aussitôt mettre le siège devant le chlteau de Chalus, dans llntentlou de s'emparer d'un trésor qu*Aymard , vicomte de Limoges, y avait, disait-on, découvert. 1! y fut mortellement blessé par un archer, nommé Bertrand de Gourdon. L'Anglais, transporté de fureur, fit attacher Gourdon an pied de son lit et le fit écorcher tout nf en sa présence. En même temps il faisait pendre tons les soldats de la garnison. Le féroce et malheureux prince mourut pendant ces horribles exécutions.
Sa mort fut le signal d'une nouvelle révolution dans notre Bretagne. Richard ne laissait pas d'enfant. A qui allait rerenir si rfeBe succession? Qui allait poser sur «on liront cette lourde
et brillaDte couronne d'Angleterre? Le droit de naissance appelait Arthur sur ce trAoe où s'étaient assis les ancêtres de Geoffroy, le traité de Messine lui donnait de nouveaux droits ; mais Jean sans Terre était là » prétendant qu'au lit de mort son frère l'avait nommé son successeur et présentant un testament qui portait, vraie ou supposée, la signature du dernier roi. En effet, Éléonore d'Aquitaine, l'ombre de cette jeune et belle princesse qui avait partagé le manteau des lis avec Louis le Jeune et qui avait perdu l'estime et l'amour de son époux dans les champs de la Palestine, Éléonore avait erré, pâle de haine et de terreur, auprès de Richard expirant, et, détestant Arthur» parce qu'il était le protégé du roi de France, avait arraché à son fils cette fatale promesse qui allait ensanglanter la vieille Armorique, armer le bras d'un assassin et changer les destinées de la Bretagne.
La vieille Ile d'Albion reconnut aussitôt Jean sans Terre; la Normandie suivit son exemple. Mais le Blaine , la Touraine et l'Anjou se déclarèrent pour le fils de Geoffroy et le saluèrent roi d'Angleterre.
Conduit au Mans par la duchesse sa mère et par Guillaume Desroches , le bel Arthur, qui comptait à peine douze ans , fut remis entre les mains de Philippe-Auguste par Constance ellemême. Le roi de France donna à l'orphelin la protection et l'amitié qu'il avait vouées au père. Il l'emmena à Paris, où il le traita d'une manière convenable à sa naissance et où il le fit instruire au métier des armes. Pendant ce temps , la frivole Constance, oubliant tout à coup les intérêts de ce fils si cher pour qui elle eût volontiers donné sa vie quelque temps auparavant, et étant parvenue à faire déclarer, dans les formes exigées, la nullité de son mariage avec Raoul de Chester, donna un nouveau maître au duché en épousant Gui de Thouars. La Bretagne eut alors réellement deux ducs et une duchesse régnante.
Les troupes anglaises s'avançaient en Normandie et en Poitou