CONSTANCE» AHTHUR I, ALIX DB BRETAGNE
pour remettre sous l'obéissance du lâche Jean sans Terre les provinces qui s'étaient données à Arthur. Philippe-Auguste , qui avait promis du secours à son protégé» aidait Guiilaume Desroches à s'emparer de quelques chdteaux que le capitaine breton faisait aussitôt démolir» tandis que l'Anglais br&lait les villes d'Angei*s et du Mans. Bientôt le roi de France» qui n'avait cherché que son propre intérêt dans la protection qu'il avait accordée au fils de Constance, conclut avec l'usurpateur le traité de Boutavant» où il sacrifia entièrement les droits du jeune prince mis sous sa garde» puisqu'il y stipula que Jean sans Terre garderait tous les États de Richard. Arthur fut donc ' complètement déshérité ; il dut faire hommage à son oncle et se reconnaître son vassal» son homme» son justiciable. Mais une année ne s'était pas écoulée, que la paix signée entre les deux rois était déjà rompue et que Philippe-Auguste allait asseoir son camp devant Gournay.
Dans le même temps» la duchesse Constance descendit au tombeau» laissant trois filles de son troisième époux » Alix» Catherine et Marguerite.
A la nouvelle de la mort de sa mère, Arthur accourut à Rennes» frappa h la porte Mordelaise, reçut la couronne ducale des mains de Pierre de Dinan, chancelier de la duchesse, et, à la tète de ses barons, se h&ta de rejoindre Philippe. Fléchissant le genou devant lui» il le conjura de lui conférer l'ordre de la chevalerie. Le monarque lui ceignit sa propre épée , le fiança à sa fille Marie et lui confia deux cents lances pour conquérir l'héritage de sa mère que lui disputait Jean sans Terre. La Bretagne lui fournit 500 chevaliers et près de 4»000 hommes de pied. Avec ces faibles troupes, le bel Arthur» qui n'avait que seize ans et qui brûlait du désir de se distinguer, s'élança devant Mirebeau, résidence de son aïeule» Éléonore d'Aquitaine» et son implacable ennemie. Le jeune duc espérait obtenir des conditions plus avantageuses quand il serait maître de cette princesse.
L*impétueux enfant entoura la ville » Tattaipia avec enthousiasme, monta le premier sur la brèche, Tépée à la main» La . mère de Richard et de Geoffroy s'était enfermée dans nne toor; son dernier asile. Le Breton l'y assiégea. Mars il se vît assailfi à son tour par Jean sans Terre, accouru pendant lesténèbrespour délivrer Eléonore, qui avait en le temps de l'informer dn péril qui la menaçait.
Nos braves et fiers Bretons auraient résisté aui troupes an* glaises jusqu'au dernier soupir, si la trahison ne les eût mis an pouvoir de leur lâche vainqueur. Parmi les seignenrs qui se pressaient autour du tyran, on remarquait Émery, vicomte de Thouars, fràredu troisième époux de Constance, et Guillaume Desroches, ce itséme serviteur si longtemps fidèle qui avait coih dnit au Mans le duc adolescent et qui avait combattu contre le !^ Anglais avec tant de valeur, c N'est-ce pas calamité que gens faits pour se choyer comme bons parents et familiers se jettent en tel destourbier, par foute de soy entendre et convenir? dit Jean sans Terre à Guillaume , qu'il avait fait venir dans sa tente pour le gagner par ses belles paroles. Voici Aliénor, ma trèsredottbtée mère, mal courtoisement enserrée en une tour qao peuvent rompre engins de guerre, ou elle n'a déduits que de cris et pleurs des meshaignés (Messes); et AKlmr, mon bean neveu, qui un jour à venir sera hoonear de chevalerie, s*en va droit en avant cuidant que rien lui puisse nuire, faisant de batailles fêtes et jeux. Moy-méme, Jeam, son seigneur et roy« qui pourrois bien d'un coup lui tollir ce qui lui reste dévie à vivre , pour longue que elle soict, je suis astenre à temporiser et à essayer tous ménagements convenables, attendant possible que ses gens d'armes , qu'il a mandés au loin, vietgnent et me relancent comme un regnard aux toiles. Nb seaurois-tu expédient pour amener les choses à bien? N'as-tu soubv«irir de quelque ami favorable du parti de mon beau nevea qni te puisse atd^ à paix reeonvrer et gnerdon de moy obtenir? >
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Desroches réfléchit quelques instants et répondit : c Le sieul guerdon désirable c'est l'honneur que j'ay de servir mon sei-* gneur; maisje le supplie de m'octroyer un don. — Je te l'accorde, dit Jean sans Terre, et sur Tàme de mon père. — A donc, répliqua Desroches, demain le jeune et gentil duc et tous ces beaux seigneurs qui le gardent de vous, seront vostres et à yostre commandement. Mais je réclame le don que vous m'avez octroyé: c'est que aucun des assiégés ne sera ne emprisonné, ne ù mort envoyé; que monseigneur Arthur sera de vous traité et choyé comme bon et honorable neveu , et que vous relaisseriez de ses biens ce que les seigneurs de la cour jugeront luy appartenir légitimement. — Oui déa, reprit Jean , tu ne me demandes que cela? Or, je te l'ai déjà accordé, et n'en sera mie retranché. »
Jean sans Terre s'engagea par toutes sortes de serments k tenir ses promesses.... Dès la même nuit, Guillaume s'introduisit dans le camp des Bretons. Arthur et ses barons furent surpris pendant leur sommeil. Le jeune duc fut jeté dans la tour de Falaise et ses chevaliers dans la prison de Corfe , où vingtdeux moururent de faim.
Guillaume , désespéré d'avoir causé tant de malheurs fiar sa crédulité , renonça au monde et se fil ermite. Émery de Thouars alla offrir son épée à Philippe-Auguste.
Le roi de France assiégeait Arques, lorsqu'il apprit ce qui s'était passé à Mirebeau. Il se porta aussitôt sur Tours, qu'il brûla, essaya de rallier les derniers partisans de l'infortuné fils de Constance.
Arthur, ce rejeton des nobles dncs, demandé au ciel avec tant de larmes; Arthur, dont toute la Bretagne avait béni le berceau^ que nos valeureux Bretons saluaient déjà dans l'adolescence comme l'héritier des gloires du compagnon de Hoêl le Grand ; Arthur languissait maintenant au château de Falaise, chargé de fers et gardé à vue I...
Bientôt Jean sans Terre , qui s'était flatté de conquérir Théritage de son neveu et qui était découragé déjà de la résistance qu'il éprouvait de toutes parts» reprit ses armes favorites, la mauvaise foi et la trahison , et se présenta devant son jeune prisonnier, c Abandonne de fausses prétentions à des couronnes que oncques ne porteras, lui dit-il. Suis-je pas ton oncle? Je te ferai part d'hérUage comme ton seigneur et te donnerai mon amitié. — Mieux me vaudrait la haine du roi de France, répondit l'adolescent ; il n'a point faussé sa foi , et avec noble chevalier toujours y a remède de générosité. — C'est folie de s'y fier,, reprit le roi d'Angleterre ; les rois de France naissent ennemis des Plantagenets ! — Philippe a placé la couronne sur mon front, il fut mon parrain de chevalerie, il m'a baillé sa fille en foi de mariage , fit le Breton. — Et tu ne l'épouseras meshuy ! s'écria Jean avec colore. Beau neveu, mes tours sont fortes, et n'y a ici nul qui résiste à ma volonté. — Jamais tours ni épées ne me rendront assez lAche que de redire au droit que je tiens de mon père après Dieu, dit encore le jeune duc. Ce fut Geoffroy, votre frère aîné , aujourd'hui devant le Sauveur des hommes. Angleterre, Touraine, Anjou, Guyenne sont miens de son chef, et Bretagne de l'estoc de ma mère; jamais n'y renoncerai que par la mort. — Ainsi sera donc , beau neveu, > murmura Jean qïï laissant tomber sur le prince captif un regard plein de joie et de cruauté. < Dès lors , dit un historien , l'usurpateur abandonna le courageux enfanta toute l'horreur de ses réflexions. > Et pourtant celui qui dans son cœur jurait dé'}\ de tremper ses mains dans le sang du fils de son frère, affecta un ton si gai , si amical, donna si à propos des paroles de demi-compassion et m^me d'admiration, qu'aucun des seigneurs qui rciitouraient ne pensa un seul instant que Jean sans Terre se souillerait d'un assassinat.
Si l'Anglais différait sa vengeance, c'était pour la mieux assurer et la rendre plus horrible. Se défaire du bel Arthur, tel
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était son seul désir, soa vœu le plus cher ! Partout il cherchait des meurtriers et il n'en trouvait pas. Si quelques-uns se laissaient tenter par Tappût des richesses et des honneurs promis, la pensée de frapper un enfant, espoir de tout un peuple, la crainte de se mesurer peut-être avec William Bruce , le courageux gardien du noble descendant des ducs bretons , arrêtaient leurs bras. Enfin quelques écuyers s'engagèrent par serment à crever les yeux au fils de GeofTâ^oy. Ils coururent à Falaise , pénétrèrent auprès du jeune homme sous prétexte de lui porter des consolations et s'apprêtèrent à accomplir leur odieux dessein. Arthur comprit leur véritable mission ; prosterné à leurs pieds, embrassant leurs genoux, il les supplia de lui laisser la vie.... Les bourreaux, attendris, hésitèrent un moment. Mais le désir des biens et des honneurs l'emporta sur la compassion, et ils allaient frapper l'innocente victime, quand celleci, sentant grandir avec l'amour de la vie ses forces naissantes, brisa un banc et s'en fit une arme terrible. Les imprécations des assassins, les cris du malheureiu prince retentirent dans le donjon de Falaise et frappèrent les oreilles de Bruca. Il vola à la prison , chassa à coups d'épée les envoyés de Jean sans Terre et sauva pour cette fois le noble héritier de la Bretagne.
Jean comprit alors qu'il ne pouvait confier à d'autres le soin de sa vengeance, et il résolut de l'accomplir lui-même.... Arthur fut arraché des bras de William Bruce et transféré à Rouen, c Je ne sais pas. Monseigneur, ce que doit devenir votre neveu que voWSk , fit le courageux gardien avec inquiétude en remettant le jeune prince à l'Anglais, mais tous ces seigneurs me sont témoins que je vous le rends sain de corps; et je souhaite qu'il n'ait pas plus de sujet de se plaindre de ceux à qui vous allez en confier la garde qu'il en a de se plaindre de moi.... >
Le soir du 3 avril 1203, Jean se présente à la tour de Rouen»
Ivre de Yln et de sang et suivi seulement par Pierre de Mau1iic»> son écuyer. c Venez çà » beau neveu , ditp-il en tendant la main à son prisonnier, venez voir le jour que tant vous aimez; je vous rends libre comme l'air et veux moi-même vous octroyer an royaume à gouverner. » Ces paroles , le ton de légère et ironique cruauté avec lequel elles étaient prononcées glacèrent le jeune duc de crainte et d'effroi.... L'usurpateur lui parlait de jour, et les ténèbres enveloppaient la terre...; de royaume , et il se présentait à lui dans un mystérieux appareil !...
Quelles que soient ses craintes , Arthur ne peut résister à cet ordre impérieux» il faut obéir! Affaibli par une longue captivité, il se traîne sur les pas du roi d'Angleterre et descend de la tour. La barque royale était amarrée au pied du donjon que baignait la Seine : l'enfant y monte , aidé par Maulac et l'infâme tyran....
Pénétré d'effroi , absorbé par la seule pensée de mourir à dix-sept an% et de mourir assassiné après avoir tonché deux trônes, après avoir connu le dévouement de tout un peuple , après avoir rêvé les combats et la gloire, l'infortuné , cédant i cet amour impérieux de la vie que le Créateur lui-même a mis en nous , se glisse aux pieds du farouche Jean , embrasse ses genoux et le coqjure avec larmes de ne pas trancher le Gl de ses jours.... Ému un instant, l'Anglais détourne la tête en ordonnant durement à son neveu de taire ses cris et de quitter son humiliante posture. Mais l'enfant ne peut obéir, car la crainte de la mort est là mille fois plus puissante que la voix de son meurtrier.
A force de rames, la barque avait gagné le large, le moment suprême était arrivé! Jean fait signe à Maulac a'accomplir l'acte infâme auquel il s'était engagé; Maulac s'approche de l'innocente victime et reste immobile» touché de ses larmes et de ses prières. Transporté de fureur et de rage, Jean se précipite alors