PIERRE DE DREUX
matrimoniales furent secrètement arrêtées, le contrat signé, et le jour de la cérémonie, qui devait s'accomplir dans un monastère près de ChAteau-Thierry, irrévocablement fixé. Ea arrivant au lieu du rendez-vous avec la jeune princesse et une suite brillante, le duc de Bretagne fut surpris de n'y pas trouver le comte. I! le fit sommer de tenir sa parole, mais il n'était plus temps. Au moment de se mettre en route, Thibaut avait reçu des lettres du roi qui lui défendaient de faire célébrer le mariage projeté, sous peine d'encourir sa colèie. A ces lettres était joint un billet de Blanche de Castille qui triompha aussitôt de l'indécision du Champenois. Ce billet était conçu en ces termes :
c Sire Thibaut de Champaigne, j'ay entendu que vous avez convenance et promis à prenre à femme la fille au comte de Bretaigne. Partant vous mande que si ne voulez perdre quan que vous avez au royaume de France, que vous ne le faites. Si cher que avez tout tant que aurez au dit royaume, ne le faites pas. La raison pourquoy, vous savez bien. Je n'ai jamais trouvé pis , que mal m'ait voulu (aire que luy. >
Mauclerc entra dans une colère impossible à décrire. Les seigneurs qui l'accompagnaient jurèrent de le venger, et la guerre fui déclarée à Thibaut. La reine de Chypre , mandée aussitôt, accourut à la tête de troupes nombreuses. Les confédérés ravagèrent la Champagne et mirent le siège devant la ville deTroyes. « Le déconfort fust tel an comte de Champagne, dit Joinville, que lui-même ardoit ses villes devant la venue des barons, pour ce qu'ils ne les trouvassent garnies. » Il brûla ainsi Épernay, Vertus et Suzanne.
Cependant la régente et le jeune roi vinrent au secours du comte de Champagne et dépêchèrent aux alliés campés dans les plaines de Troyes, Montjoie, le héraut de France, c Beaux seigneurs, dit l'envoyé, le roy vous mande que mettiez bas les armes et veniez devant luy pour ouïr vos débats. Si ne le faites,
il TOUS appelle ù bataille demain après messe et ¥oas tient pour déloyaux. — Voire, répliqua le duc de Boui^ogne » mais ce n'est a lui que nous entendons. Nous sommes cy venus à tons nos griefs, à rencontre nos cousins de Champaigne et de Lorraine » qu*il nous convient combattre come droict est et justice le veut. Grands meschiefs nous sont d'eux advenus. — Et ne se peut meshuy les mettre en oubliance, comme aiisi vouldroit le roy» reprit le duc de Bretagne ; tout bien de luy ; aucun tort n*avons à lui reprocher, fors sa dilection envers le méchant comte et traître; or, qu'il se retire de sa personne, et loi envoie gens assez. Trop aura lecomte à faire avec nous. ~ Dame, lîtMontjoîe, j'ay dit mon commandement, le roy aura la réponse. »
, Le lendemain , le héraut de France revint encore et fut comblé de présents par les confédérés. 11 veaait lui apprendre la détermination du souverain on plutôt de la r^ente. c Le roi , dit-il, n'a pas coutume de lairer combattre sa gent, quand en personne ne veut la soutenir. Si entreprenez contre le comte , mes beanx seigneurs, aurez à faire à luy. — Nenni , s'écria le duc de Bretagne, jà n'ay tiré ni ne tireray Tépée contre mon suzerain; trop de maux m'a4-il fait, ormais ne m'en revencheray sur lai Toutefois justice est due à ma dame la ro3fiie de Chypre. Le comte Thibaut la lui doibt. — Ainsi Fentend-il , répliqua Mon^oie, mais voas faut, en avant, vnider le pays an oomte. Le roy Ta dit. >
Pierre voulait combaitre; mais les autres seigneurs, craignant k contscalion de leors iefs, n'y consentirent pas et se retiréfCftl i Jnilly. Manclerc continua a soutenir les drcils de la reine et Chypre et obtint pour elle i.iX>[> livres de rente en bonnes et M,000 livres pour les frais de la guerre. Le roi, paya cette deimière somme , exigea ponr snreté les comtés et Mots, de Chartres, de Sancerre et la vicomte de Châleaa-