‹ Les ducs de BretagneChapitre 27 sur 42 · JBAN 1 LE ROUX, JEAN II · texte numérisé non relu

JBAN 1 LE ROUX, JEAN II

Les lettres de duc et pair de France furent aussitôt expédiées. C'était < la confirmation d'un vasselage qui n'était pas encore hautement exigé» mais que cette imprudence du duc de Bretagne tendait ù cimenter, i On a vu avec quelle adresse Philippe avait su enchaîner son puissant allié.

Notre duc s'occupa activement de l'administration de ses États et rendit des ordonnances qui prirent le nom de CoMlitutUnu de Jean II. Ces ordonnances se font remarquer par leur sagesse et leur justice. Elles ont principalement pour but de mettre le peuple à l'abri des exigences et des exactions des seigneurs.

Les démêlés religieux relatifs au tierçage et au past nuptial étaient toujours pendants devant le saint-père. Boniface YIII étant mort et ayant été suivi dans la tombe en moins d'une année par son successeur Benoit XI» les cardinaux appelèrent au trône pontifical Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux» qui prit le nom de Clément Y et voulut être couroané à Lyon.

Le prince breton résolut de solliciter lui-même une décision. Il se rendit donc à Lyon» où il assista au couronnement avec le roi et toute la cour de France.

Jamais on n'avait vu dans cette ville une telle cérémonie ; aussi les fenêtres, les murs et jusqu'aux toits étaient remplis de spectateurs. Enfin le pape revint processionnellement de la métropole à son palais. Philippe le Bel tenait la bride de la blanche haquenée» le duc de Bretagne et les princes suivaient ù quelques pas. Tout ù coup un vieux mur ruineux et surchargé d'une foule immense s'écroula avec fracas. Le pape fut renversé, le frère du roi grièvement blessé et notre Breton enseveli sons les décombres. On l'en retira mourant , et avec lui un grand nombre de personnes. Il expira quatre jours après.

Le corps de Jean II fut transporté pieusement dans l'église des Carmes de Ploérmel au milieu du deuil et des sanglots du peuple breton, qui avait vénéré le duc à l'égal d'un père.

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Ua béros qu'on ne saurait oublier et qui passa sur notre terre de Bretagne pendant le règne de Jean II en marquant chacun de ses pas par un bienfait» c'est saint Yves Hélori, l'on de nos saints bretons les plus populaires et les plus vénérés.

Voici le portrait qu'en ont tracé ses contemporains : c C'était un saint Denis en sublimité de la contemplation» un saint Atbtnase en constance» un saint Basile en austérité, un saint Cyprieâ en générosité» un saint Grégoire en vigilance et en soliicitade. Il avait la douceur de saint Augustin » la majesté de saint kvat^ broise» le mépris du monde de saint Hilaire» la vigueur de saint Cyrille» la libéralité de saint Exupère, la charité de saint Paulin^ la foi de saint Grégoire Thaumaturge» la force de saint Léon» Tassurance de saint Loup» la confiance de saint Martin et i'élo^ quence de saint ChrysostAme. •

Né de parents pauvres » sous le règne de Jean le Roui » Yves» qui se destinait è l'état ecclésiastique » fit de longues études à Paris» à Orléans et è Rennes» et vint enfin remplir une petite cure près de Tréguier. Dire sa ferveur, le soin qu^il prit de ses ouailles» ce serait impossible. Entièrement dévoué à ceui que Dieu lui avait conCés» il se montrait constamment le défenseur de l'opprimé» l'ami du pauvre» l'appui et le consolateur de la veuve» le père de l'orphelin. C'était lui qui apaisait les querelles» réglait les différends» réconciliait les ennemis» et quand quelquesuns de ceux de son troupeau paraissaient en Justice» c'était lui encore qui défendait leurs intérêts ; aussi est-il honoré en Bretagne comme le patron des avocats.

Un jour» saint Yves alla à Tours poursuivre une cause en appel pour l'un de ses paroissiens et il logea chez une assez riche veuve de la ville. Tout à coup cette femme entra dans sa chambre» en s'écriant :

Laissons ici parler le naïf chroniqueur Albert de Morlaii ; bien mieux que nous » il dira la touchante histoire de la bonne veuve.

c Ah ! Monsieur» mon cher hôte, je suis nriaée lans remède, par un meschant garnement qui a pbûdé contre moy, et seraj demain condamnée à lay payer doaie cens écus d*or h tort et sauis cause, i

Saint Yves la consola» l'exhortant d'avoir confiance en Dieu» lequel ne rabandonnerait pas en son affliction» et la pria de lui faire entendre son aOaire, lui promettant de l'assister en tout ce qu'il pourrait.

c Monsieur» dit-elle, il y a environ deux mois que deux hommes accoutrez en marchands vinrent loger céans , et d'arrivée me donnèrent à garder une grande bougette de cuir fermée à clé » fort pesante » et me dirent que je ne la baillasse à l'un d'eux que l'autre ne fust présent : ce que je leur promis de faire. A cinq ou six jours de là » comme j'estois à la perte de céans, ils passèrent par la rue avec trois ou quatre autres mar- * chauds, et me dirent : — Adieu , mon hôtesse, accommodeznous bien à soupper» et dévalèrent la rue. Peu après, l'an d'eux s'en retourna à mon logis et me dist : ~- Mon hôtesse» balllezmoi an peu la liougette ; car nous allons faire un payement ayec ces marchands que vous voyez là. Moi qui ne pensois qu'à la home foy» lui bailloi la bougette» laquelle il emporta ; et jamais depuis ne le vis. L'autre marchand s'en retourna céans» le soir» et m^ demanda si j'avois veu son compagnon. -— Non» dis-je» je ne l'ay point veu depuis que je lui ay baillé la bougette. — Comment, dit-il» la bougette! La lui avez-vous baillée? Ah! me voilà ruiné et rendu pauvre pour jamais! Ce n'est pas ce que vous nous aviez promis» quand nous vous la baillasmes ; je m'en plaindray à la justice. *- Et de fait» Monsieur» il m'a fait adjourner devant le lieutenant du baillîf de Tonraine et a, par serment» affirmé qu'en sa bougette y avoit dooze cens pièces d'or et quelques lettres et cédules de conséquence quand elle me fust baillée» et est le proœi en tel terme » que demain Je dois avoir sentence. »

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Le lendemaîD • saint Yves accompagna la veaye à Tandience , obtint de plaider sa caase , demanda à voir le marchand accusateur, et, celui-ci ayant comparu , il parla en ces termes :

< Monsieur le juge, nous avons à vous montrer un nouveau fait qui est péremptoire ù la décizion du procès : c'est que la défenderesse a (ait telle diligence et si bonne poursuite depuis le dernier appointement prins en la cause, que la bongette doi«t est question a esté trouvée , et elle l'exhibera quand par Justice il sera ordonné. •

Le demandeur exigea que la veuve montrât de suite l'objet qu'il réclamait.

« Seigneur juge » répondit saint Yves , le fait positif du demandeur est que lui et son compagnon , en baillant la bougette à la dérendei*esse , leur hôtesse, la chargèrent de ne la bailler i l'un d*6ux que l'autre ne fust présent , et, pour ce , (asse le demandeur venir son compagnon , et bien volontiers la dtfenderesse exhibera la bougette , tous deux présents. •

Le juge, qui soupçonnait la scélératesse du marchand, rendit une sentence conforme à cette demande, et, remarquant l'embarras et le désappointement de cet homme, il le « fist saisir et serrer en prison, où il fust si bien poursuivi contre luy, qu'ayant trouvé que c'estoit un pipeur, qui, pour tromper et voler cette IKiuvre veuve, lui avoit baillé une bougette pleine de vieux clous et de ferrailles, il fust, à trois jours de là , pendu etestranglé au gibet de Tours, i

Si nous tournons encore une des feuilles du bon Albert, nous lirons que c saint Yves nourrissoit beaucoup d'orphelins ; instruisoit les uns en sa maison , mettoit les autres en pension ciiez des maistres ouvriers , pour apprendre mestier, lesquels il salarioit de son propre argent. Son bonheur estoit de servir de ses mains, ù sa propre table, les pins misérables mendiants. Voyant plusieurs pauvres fort mal vestus, il leur bailla la plus-part de ses habits, de sorte qu'il luy fallut s'envelopper

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