‹ Les ducs de BretagneChapitre 28 sur 42 · JEAN 1 LE ROUX, JEAN II · texte numérisé non relu

JEAN 1 LE ROUX, JEAN II

dans UQ loudier. Une autre fois» il ut la même chose, et mieux. Comme un jour son cousturier luy fust venu vestir une robbe et capuchon gris , il apperçeut en la cour un pauvre à dcmy nud ; il ne le put endurer; mais, retenant ses vieux habits, luy donna cet accoustrement neuf. Allant une (ois à l'église , disant son bréviaire, un pauvre luy demanda l'aumosne ; n'ayant que luy donner, il tira son capuchon et le luy donna. Il visitoit souvent les malades, nommément les pauvres et les nécessiteux, les consoloit et les assistoit; il leur administroit les sacrements, les y disposant avec grand soin et charité. 11 ensevelissoit de ses propres mains les corps des pauvres qui décédoient tant en rhospital que chez luy, es maisons particulières, les enveloppant en des suaires blancs siens , et les portant à la sépulture aydé de quelques autres pieuses pei*sonnes. »

La prédication était aussi une des principales occupations du glorieux saint Yves. Albert nous dit qu'il instruisait le peuple jusqu'à trois ou quatre fois par jour, non-seulement dans sa paroisse, mais encore dans les églises voisines, c II s'adonnoit avec une telle ferveur et attention d'esprit à ce saint et apostolique office, que souvent il en oublioit le boire et le manger; et , estant de retour au logis , le soir, après avoir preschë tout le jour, ne se pouvoit presque tenir sur bout, tant il estoit foible. •

Saint Yves mourut en idOd. Le peuple le salua comme un saint avant même que la cour de Rome eût prononcé. Un grand nombre de miracles opérés à son tombeau confirmèrent bientôt le jugement de la multitude. Il fut canonisé en 1348, et encore aujourd'hui on va chaque année en pèlerinage honorer ses précieuses reliques conservées dans l'église de Tréguier.

AmTBvm n ( ISeS-lSIS ). — Jean m u Bov ( 1S1S-IS4I ).

Ce ne fut que quatre ans après la mort de Jean li que l'affaire du tierçage et du past nuptial fut enfin terminée. Le tierçage fut réduit au 1/9 des biens du défunt, toutes dettes préalablement prélevées ; les nobles et les pauvres en furent exempts. Quant au past , les nouveaux mariés qui n'avaient pas pour 30 sols de mobilier en furent dispenses ; pour les autres , le droit fut fixé à 2 ou 3 sols.

En cette occasion, et pour recevoir la bulle du saint-père , le nouveau duc convoqua les états. Pour la première fois» le peuple y fut admis, parce qu'il s'agissait de régler des imp6ts qui ne devaient peser que sur lui.

Arthur II mérita l'amour de ses sujets par sa justice et sa bonté. Sous son règne trop court, le commerce fleurit, l'agriculture prospéra et une heureuse paix remplit la Bretagne.

ARTHUR 11 y JEAN III LE BON. ^ 149

Notre duc breton avait épousé en premières noces Marie» vicomtesse de Limoges , et en avait eu trois fils : Jean , qui lui succéda ; Gui » comte de Penthièvre et père de la célèbre Jeanne la Boiteuse , et Pierre , qui mourut sans postérité. Il contracta une seconde alliance avec Yolande de Dreux » comtesse de Montfort, qui lui donna cinq filles et un fils» Jean de Monlfort.

Les comtes de Montfort prenaient leur titre du château et de la petite ville de Montrort-sur-Meu, près de Reunes» et appelée

aussi Montfort la Cane, à cause d'une vieille tradition. On racontait déjà au XV* siècle » et l'on raconte encore aujourd'hui

un prétendu miracle qui se renouvelait tous les ans.

Il existait» dit-on, au faubourg de la ville» une église paroissiale dédiée à saint Nicolas » et assez près de là un étang qui baignait les murs du château. Or» le jour où Ton fêtait à Montfort le grand saint Nicolas » une cane pieuse sortait tout à coup de l'étang au moment de la messe, traversait sans s'efl^rayer la foule qui se pressait sur son passage» et, suivie de ses canetons, entrait dans le saint temple , où elle assistait dévotement aux saints mystères. Elle s'en retournait ensuite dans son étang, où elle disparaissait à tous les regards.

Au xvF siècle, les apparitions de la cane de Montfort devinrent beaucoup plus rares ; enfin elle ne se montra plus. Mais son souvenir est resté profondément gravé dans l'esprit de nos crédules Bretons. Le grand-père redit encore à la veillée le conte merveilleux de la cane » et les petits enfants » convaincus » conservent précieusement cette grave légende pour la confier» eux aussi» à une autre génération.

Ce n'est pas tout. Si» errant dans les campagnes qui entourent la ville de Rennes, vous demandez aux bons paysans ce qu'était cette cane intelligente, ils vous diront qu'une jeune fille» ayant été enfermée dans le château par un comte de Montfort qui voulait la forcer à devenir sa femme » eut recours à la

150 LfiS DUCS DE BRETAGMI.

sainte Vierge et à saint Nicolas, qui la changèrent en cane, afin qu'elle pût échapper à celui qui la tenait en son pouvoir. AlbeK le Grand nous ajQBrme, lui, que la pieuse volatile n'était autre qu'une comtesse de Montfort condamnée, à cause de ses péchés, à se montrer annuellement sous cette forme humiliante pendant trois siècles.

Quanta nous, chers lecteurs, nous vous assurons, et vous pouvez nous croire , que ni jeune fille effrayée ni comtesse coupable n'ont été changées en cane. La bienheureuse Marie protège ceux qui implorent son assistance , sans employer de métamorphoses, et il y a dans l'autre vie assez de châtiments pour le crime, sans que le souverain juge nous condamne à revenir au milieu des mortels. Grâce à Dieu , nous ne croyons pas ù la métempsychose.

La rivière de Meu, sur laquelle est construit Montfort, aujourd'hui ville assez considérable, nous rappelle un trait touchant. Au VIP siècle, s'était assis un saint sur le trône de Bretagne, le pieux Judicaél , qui, bientôt dégoûté des vanités

du monde, échangea sa brillante couronne pour la tonsure monacale. Un jour que ce bon prince traversait avec toute sa cour un gué dans la rivière de Meu, un pauvre lépreux, agenouillé sur le bord de l'eau , suppliait en vain qu'on lui accordât le passage ; les seigneurs ne jetèrent pas un regard sur l'infortuné, les domestiques le repoussèrent avec horreur. Alors arriva Judicaél ; prenant le lépreux dans ses bras, il le mit sur son cheval et passa avec lui sur l'autre bord. Quand le pauvre souffreteux eut touché la terre, sa lèpre disparut ; une beauté céleste se répandit sur son visage , une auréole de gloire brilla sur son front, c Pour ce que tu ne m'as pas déprisé sur la terre , dit il au saint Breton, tu y seras exhaulsé, et après le seras en paradis. » Judicaél se prosterna , car le malheureux qu'il avait assisté était notre Seigneur Jésus-Christ

ARTHUR 11 , lEAN 111 LE BON. i5l

iBi-méme, c qu*il vit remonter au ciel, entouré d'une inestimable clarté. 1

Le commencement de la légende est fort vrai : Judicaêl fut un saint, et le trait du lépreux a été conservé dans l'histoire. Quant à Tapparition du Sauveur » permettez-nous de la révoquer en doute, bien que nous adorions avec vous cette aimable et encourageante parole échappée à un Dieu : « Ce que vous faites pour le moindre des miens , vous me le faites à moimême. » Nous ne vous affirmons pas non plus, avec la plupart de nos bons Bretons, qu'il fut un temps oà le Seigneur et sa sainte mère visitaient souvent la Bretagne ; ils racontent à ce sujet des choses si merveilleuses, que c'est plaisir de les entendre. Si le fils de Marie de Limoges , Jean le Bon, c ce duc de Bretagne le plus aimé de son peuple » , ne nous attendait à la porte Mordelaise , nous vous dirions tout au long la charmante légende d'un jeune bas Breton qui, ayant rencontré successivement sur son chemin, au temps de ces célestes visites, une vieille femme , un pauvre enfant et un chercheur de pain, et leur ayant donné sa bourse, son manteau et son cheval, en reçut pour récompense une guêpe, une mouche bleue et une araignée qui l'aidèrent à délivrer son frère des mains d'un rounflt (ogre), et qui lui rendirent au centuple ses charitables présents. La guêpe, la mouche et l'araignée n'étaient autres que trois anges ; et la vieille, l'enfant et le mendiant, que la sainte Vierge , Jésus et saint Joseph.

Le bon duc avait déjù vécu de longs jours et avait été engagé deux fois dans les liens du mariage quand il prit les rênes du gouvernement avec la noble pensée de rendre ses sujets heureux et de diminuer par ses bienfaits les maux du pauvre peuple.

Peu de temps après l'avènement de Jean III au trône ducal , le roi de France , Philippe le Bel , mourut à Fontainebleau , frappé de la lèpre, disent quelques chroniqueurs, en punition

<rafoir MC brèkr vib m grmi mmkn éb lépreai <raTo{r empoifMaé les pulls et les Ibataises. Aprts lai , trois fis, Louis le Hofia, PUlippo le Loaf et Ghtfhs leBd ne f rent que passer sar le frSae et la i nèr^ a t la coawaiJ à Philippe YI, chef de la maison des Yalois. Gelai-ei , pour châtier les Flamands rérollës coaire lenr comte, f t aa appel & tons ses grands Tassanx. Jean de Brels^ae sortit aassitôt de son doché i la tête de quinze bannières de chefaHers et de 10,000 hommes de pied , et prit part à la malheureuse bataille de Cassel. Blessé dans Faction, il se fit d'abord transporter à Saint-Omcr, on il congédia ses gens » puis à Paris , où il reçut du roi la déclaration par écrit qu'il ne l'avait accompagné que « par courtoisie et libéralité » , et non par devoir de vasselage.

Le bon duc , sollicité par sa troisième femme , fille du comte de Savoie» revendiqua » au nom de cette princesse, l'héritage de son beau-père et joignit ses troupes à celles du dauphin viennois. Les Bretons s'étonnèrent de cette ardeur belliqueuse de leur bien-aimé souverain, qu'ils avaient vu toujours, il est vrai , au premier rang dans les dangers et se hasarder volontiers quand il s'agissait de sa propre vie, mais dont ils avaient surpris Ips larmes toutes les fois que la nécessité le forçait à lever do nouveaux deniers ou appeler ses sujets sur le champ de bataille. Leur (^tonnement ne fut pas de longue durée : Jean niT(*pla avnc empressement les premières propositions de paix qui lui furent faites et renonça pour toujours au comté de Savoie.

Ji*nu le Bon n'avait pas eu d'enfants de ses trois alliances ; il était déi^k avancé en âge, et la mort avait frappé les priacipiinx membres de sa maison. De la nombreuse postérité d'ArlInir 11, il ne restait qu'une fille, Jeanne la Boiteuse, orpheline dès le berceau et née de Gui de Penthièvre , frère germain <lo Jean 111, et Jean de Montfort , issu du mariage cou-

Page 1