ARTHUII 11 , JEAN III LE BON
Iraclé entre le dernier doc et Yolande de Dreux. A qui , de r<N|de on de la nièce , devait revenir la riche succession de netre Breton?
Prévoyant sans doute les tristes démêlés, les sanglantes querelles qui devaient suivre sa mort, et gémissant sur les nNNixqui devaient inonder sa chère Bretagne, Jean chercha à prévenir tant de ms^heurs en faisant reconnaître son héritier dès son vivant. Mais ne voulant que ce qu'exigerait la stricte justice, il flottait Irrésolu sur le parti qu'il devait prendre. En réalité, le droit reposait sur une jeune princesse privée de tout appui et qui ne comptait peut-être pas un ami véritable. Jean de Montfort, seigneur puissant, hardi, jeune, entreprenant , ambitieux et avide d'aventures et de gloire , serait le compétiteur de l'orpheline de Penthièvre. La partie n'était pas égale....
Pour assurer la tranquillité de son peuple et le sort de sa nièce, il foitnait mille projets, projets presque aussitôt rejetés que conçus, tant ils présentaient de diflScultés. Il pensa un jour à confier la Bretagne aux soins de quelque prince renommé, à la charge par lui de concéder à Jeanne un État moins brillant peut-être , mais au moins paisible. Ayant consulté le roi de France, celui-ci lui proposa le duché d'Orléans. Les barons bretons surprirent la négociation; ils s'émurent et vinrent en fonle aux pieds du noble duc. < Quoi ! nous, nous muer en Orléanais ! s'écria le baron de Raix en mettant la main sur SOB. épée; voicy ma sauvegarde et celle de mon pays; et, certes bien , avec son aide et celle de Dieu , je tiendrai tous les ducs dans ma gloriette ( ma prison ) avant que nos Bretons soient jetés dans une telle trique dondaine ! >
Jean songea alors à marier l'héritière de Penthièvre. Mais il fallait choisir un prince puissant et digne par son nom et son rang de porter la brillante couronne de Bretagne. Il asiembla les états pour fixer ce choix, ou se déclarer pour Jean
de Monlforl» s'ils pensaient accomplir un acte d'équité. Les états se séparèrent sans avoir rien conclu. Quatre ans après, il les convoqua de nouveau, c Je n'ai que peu de jours à vivre» s'écria-t-il en pleurant, et ce n'est mie pour moi que j'intercède. Je le lais pour mes peuples que j'aime, et j'ai vif désir d'amener les choses à bonne fin » tandis que l'éclat du soleil prête encore de sa force à mes membres envieillis. Divers ivit m'ont été donnés ; je les ai contrepesés et balancés avec bmi raison, et discutés longuement; mais je ne saurais rien résoudre sans votre bon conseil. Donc, mes seigneurs, fidèles amis et prud'hommes , je vous prie , au nom de Dieu , qu'ovbliant toute passion et partialité , vous preniez la meilleart voie et prévoyiez ce que de mieui il convient de (aire , suppliant le douz et sage Créateur de vous faire la grâce d'agir eo toute paix et sincère union, i
Ce discours touchant, qui témoignait si bien de l'amour du bon duc pour les Bretons, émut les assistants. Tous les vcsqb se portèrent sur l'orpheline de Penthièvre , et il ne fut plus question que de lui choisir un époux. Trois concurrents se disputaient l'honneur de donner la main it la riche héritière: Charles d'Evreux, fils de Philippe, roi de Navarre, et de Jeanne de France ; Jean Plantagenet , comte de Comwall et frère d'^ douard III, roi d'Angleterre ; et Charles de Châtillon, frère puîné du comte de Blois et neveu du roi de France. Mais le premier n'était âgé que de cinq ans, et son père refusait pour lui d'adopter le nom , le cri, les armes de Bretagne, ces armes toujours victorieuses, les plus anciennes du monde chevaleresque, portées avec un immortel honneur dans les champs de la Palestine et dans tons les lieux où la gloire se plaisait il se aM>ntrer. C'en fut assez pour que les états et le duc éloignassent le jeune prince. Les ambassadeurs d'Angleterre eussent peutêtre été favorablement écoutés, s'ils n'eussent apporté â aw Bretons ce nom odieux de Plantagenet et s'ils n'eussent laissé
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soupçonner les prétentions secrètes d'Edouard à ia couronne des Us. On se décida donc pour Charles de Blois, it la grande satisfaction du roi de France.
Jean de Montfort, ce fils ambitieux d'Yolande de Dreux, était présent à la délibération» et il garda le silence. Il roulait dans sa pensée des projets d'avenir ; car viendrait un jour où le duc Jean» si aimé du peuple, ne ferait plus entendre sa voix et où le droit ne résiderait peut-être plus que dans la force des armes.
Le jeune comte de Blois» créé chevalier par le roi de France» entra en Bretagne» c suivi des premiers-nés des familles souveraines de l'Europe. • Hélas ! dans les fêtes si brillantes de son mariage renouvelées deux fois» à Rennes et à Nantes, au milieu des cris de ses hérauts d'armes qui distribuaient de l'argent aux pauvres en répétant mille (ois le nom chéri de Bretagne » Bretagne , Bretagne à toujours !... et des acclamations de l'heureuse multitude, le prince ne prévoyait point que vingt-quatre années de combats et de revers et une mort tragique l'attendaient dans ce pays si désiré et déjà si aimé !
Il fut convenu que Charles de Blois succéderait au titre de sa femme , si celle-ci le précédait dans le tombeau ; et les grands bretons se prosternèrent aux pieds du filsadoptif du bon duc pour lui jurer un hommage anticipé. Jean versait des larmes de joie sur ces heureux résultats de longues années de soins et d'inquiétudes. La paix de sa chère Bretagne était donc affermie, le bonheur de ses sujets assuré et le sort de sa Jeanne à jamais fixé. Vains soucis des enfants des hommes, qui veulent vivre encore par leur volonté après que le Créateur les aura rappelés à lui!... Vaines combinaisons de l'espérance humaine! Jean le Bon l'avait oublié, l'homme ici-bas propose, mais Dieu seul dispose*. ..
Le duc se disposait à faire reconnaître publiquement l'époux de l'orpheline de Penthièvre pour son seul et légitime héritier»
lorsque Edouard III d'Angleterre , ne déguisant plus ses prétentions» déclara la guerre à la France. Toujours ami de l'équité, Jean courut se ranger sous les bannières du Valois. < H le rejoignit près de Saint-Quentin et couvrit la Manche de quatrevingts grands vaisseaux commandés par un marin célèbre, nommé Keruel Barbenoire. * Tout le monde sait l'issue fatale du combat de l'Écluse.... Keruel ramena à Saint-Malo les tristes débris de la flotte bretonne.
Jean suivit ensuite Philippe jusqu'à Toumay, se montrant au nrilieu des nobles pairs c avec un grand apparat» plus grasseiMDt,pltts étoflement que nul autre. » Effrayé par quelques prédictions, le Valois congédia son armée; notre bon duc revint dans ses États. En passant à Caen , il fut attaqué d'une maladie qui le conduisit en peu de jours aux portes du tombeau. Jean de Montfort jugea le moment favorable; il courut près du' mourant, raccablâ d'instances pour qu'il le nommât son héritier. Au dire du fils d'Yolande , le prince aurait cédé à ses importunités. Charles de Blois prétendit, au contraire, qu'il aurait répété plusieurs fois : < Mon frère , vous avez tort de me presser , vous ne devez pas vouloir que je change ce que j'ai fait. Pour Dieu, laissez-moi en paix ; je ne veux pas charger mon âme. 1
Jean III, connu sous le nom de bon due par les Bretons , mourut le 30 avril i34i, avec la réputation bien méritée de prince charitable, loyal , équitable, craignant Dieu , aimant le peuple et vivant du revenu de ses propres biens, sans jamais toucher nu produit des impositions, réservé tout entier aux dépenses publiques. >
Ce règne occupe une place distinguée dans l'histoire des lettres : des collèges furent fondés dans plusieurs villes de Bretagne et d'autres ù Paris par des Bretons pour les jeunes étudiants de leur pays : ainsi Galerau , Nicolas et Jean de Guistry créèrent celui de Cornouailles; Geoffroy-Duplessis , celui de