JEAN V LE SAGE. S5'J
s'il y a eu chose ù r<^parcr ou anicnJcr, n*avons-nous pas toujours été prêts ù le faire? Jamais l'avons-nous refusé? Ne mêliez point en oubli que nous sommes vos bons pauvres parents, nés de germains. Pour Dieu ! faites que nous ne mourions point» il vous en sçaura g^rc en son paradis ! »
A chaque heure du jour, la féroce Marguerite se faisait un bonheur de venir jouir des aiîgoisses du craintif et trop faible Jean V. c La mort, le cachot, la torture, répélait-eile souvent , tout cela se prend en patience, avec bon courage! Il ne faut pas tant vous lamenter; les plus grands rois et princes ont eu de terribles tribulations et maux. Si vous ressentez un peu de malheur, il vous faut noblement Tendurer : Dcpomît poffittes de seJe. Vous comprenez? De bons et grands chrétiens comme vous savent leur Psautier, i Et Jean , effrayé, ne manq'iait pas de répondre «qu'il ne rhaioit de déposition de seigneurie, pourvu qu'il fût assuré de la vie. > Se souvenant du ciel au milieu de ses terreurs , « il forma deux vœux : par le premier, il Ht serment de non doresnavant exiger tailles, fouagesny subsides sur son peuple sans nécessité; l'autre fut d'aller ù Jérusalem dans trois mois après qu'il serait eschappé des mains d'Olivier de Bloîs. » Plus tarJ , il ftit relevé de ces différents vœux. Il prom't a*:s5i « :\ saint Yves et ;^ maint autre saint son pesant d'argent, i Il accomplit consciencieusement cette promesse, bien qu'il pesât deux cents livres.
Cependant la terrible nouvelle de l'ottenlat commis sur la personne d'un duc aimé du peuple répandait l'effroi dans toute ' la Bretagne, l/i duchesse , < pasmée de déplaisir et de clcnierirs » , parcourait la province eu tenant par la main ses deux fils en bas Age et appelant ses fidùfes ù la vengeance. Tous répimdirent noblement ù son appel. Mais, hélas! elle ne trouva point la même compassion h l:i cour de France, bien quVIIe y sollicitût un père et un fr^re. Il y avait alors dans ce malheureux royaume déchiré par les guerres civiles, t deux rois',
deux régents, deux parlements. » Le duc de Bretagne, toi^oiin flottant entre les partis , n'était un ami sûr pour personne* et le Dauphin, nous l'avons déjà dit , soutenait secrètement let Peutbièvre....
Enfin nos Bretons s'organisèrent en corps de troupes sooft la conduite de leurs barons. Lamballe, Guingamp, la Roche-Derrien, Cbâteaulin, Jugon, Broons, forteresses de Marguerite 4*0livier, succombèrent sous leurs coups. En vain le comte arraelui ù son prisonnier, en lui mettant le poing sur le visage et en le menaçant de le faire aussitôt décapiter, l'ordre de cesser toutes les attaques ; l'armée ducale n'en vint pas moins assiéger gtà* tiers et captifs à Chantoceaux.
Mais les captifs, dans l'espace de cinq mois, avaient été traînés eu neuf prisons différentes ; et au moment même où ses braves asseyaient leur camp devant la résidence de la fille de ClIseoB, l'infortuné Montfort expiait dans le vieux manoir de Joasellp Tattentat commis par son père trente-trois ans auparavant sur le connétable de France au château de l'Hermine....
Les mêmes scrupules qui avaient arrêté le bras assassin de Jean IV empêchaient sans doute les Penthièvre de tremper leurs mains dans le sang de son fils, ou plutôt ils réservaient leur noble victime pour un moment plus décisif. Mais au moins ils en « jouèrent la comédie. » Ils revêtirent un valet des habits du duc et feignirent de le noyer. Cette supercherie n'arrêta pas la guerre. Les assiégeants n'en pressèrent Chantoceaux que plus vivement, et l'altière Marguerite, tremblante de frayeur^d^ manda à capituler. Elle s'engagea h rendre la liberté au dac
Jean « Si vous voulez me voir jamais en vie, écrivit-elle aa^
sitôt à Olivier de Blois, renvoyez à ces barons le duc et soa frère; mais hâtez-vous. >
Frémissant de rage, craignant de tomber à son tour dans Ma mains de son prisonnier, le comte de Penthièvre proSta defei faiblesse de Montfort; il lui offrit la liberté, h condition qu'il lai
JE AH V LE 9AGE. ^i
paierait une rançon d'un million et qu'il le rendrait a::8ez puissant pour le mettre à l'abri de toute vengeance. Ayant obtenu tout ce qu'il voulait, il fit conduire le duc breton au camp de Ghantoceaux.
Dès que Jean V apprit ce qui s'était passif, fl se fit relever des promesses qui le liaient envers le comte de Blois et assigna les Pentbièvre devant soc pariement à Vannes. Toujours disposé à rindulgence, vraiment digne du nom de 6on que lui avaieni donné ses peuples, il promit l'oubli du passé» exigeant seulement quelques réparations dans un délai fixé. Les fils de Marguerite ne se présentèrent point , excepté le plus Jeune et le taoins coupable de tous, qu'on retînt comme otage pendant vinJBft-huft ans et qui versa tant de larmes, qu'il en perdit la vue. Les biens de cette orgueilleuse famille furent confisqués et partagés entre les seigneurs qui avaient combattu pour le duc. Olivier répondit à ces Justes représailles par une tentative d'assassinat. Les barons formèrent alors cette ligue dite des Cent quarante-cinq, jurant de cbasser h Jamais les seigneurs de Blois du sol qui les avait vus naître. Ils poursuivirent le comte jusque dans le Hainant et essayèrent en vain contre lui la force, la ruse et mille pratiques superstitieuses ; ils ne parvinrent même pas à lui c mettre au cou un carcan d'or encbanté, fabriqué sous une si maligne influence , qu'il br6lait peu à peu le malheureux qui le portait et qu*on ne pouvait le limer, parce qu'il lançait des flammes inextinguibles •, au dire du bon d'Argentré.
La maison des Penthièvre était tombée pour ne plus se relever. L'implacable Marguerite alla finir sa misérable vie au château d'issideuil en Poitou. Li, dans une solitude profottde, abandonnée de tous ses amis, elle put repasser dans l'amertume de son âme la prédiction de mcssire (Mivier de CHsson , pfédiefion qui ne s'était que trop tristement accomplie : t Tu seins causs de détruire tes enfants d'honneur et de biens. §
Tandis que lean T, délivré de se^ mortels eifnemis , rendait
ses ordocoances qui lui ont mcrîté le glorieux surnom de Sagp, ordonuunces concernanl lessucccssîoasdes époux, TcxporlalioD des marchandises, les peines contre les faux témoins, etc., et faisait jouir la Bretagne d'une heureuse paix, sou frère, le célèbre Arthur de Richement, s'illustrait par ses triomphes sur les Anglais. Eu H2â, Tinfortuné Charles Vi était descendu dans les caveaux de Saint-Denis, et le dauphin Charles, chassé de Paris, où le duc de Dcdfort avait fait couronner le jeune Henri YI comme roi de France et d'Augleterre , avait été contraint de se réfugier dans le Oerri. De sanglantes défaites avaient inauguré le règne du fils déshérité d*isabeau de Bavière, celle de Crevant et de Verneuil où avait succombé le connétable de France, le comte de Buchan. Ce tut a un Breton, au courageux Arthur de Richemobt, que le roi de Bourges remit la glorieuse épée des du Guesclin et des Clisson. Il ne pouvait la confier à un plus digne capitaine. En la recevant, le noble Arthur jura d'achever l'œuvre ronunencée par le bon connitable et de délivrer la France. Mais l'indolent Charles VU ne faisait point le même serment : eiâtouré d'indigce& favoris , de trop complaisants ministres, plongé dans les plaisirs et les débauches, il s'inquiétait peu de la guerre contre les Anglais, maîtres de son royaume, et Richcmont le sauva presque malgré lui.
Les sires de Giac et de Beaulieu, ministres du coupable prince, furent sagement sacrifiés par le fier Breton et remplacés par la Trémoille, qu'il avait trop favorablement jugé et qui devint < le fléau du roi et du connétable. » Celui-ci, calomnié, fut disgracié, désavoué , et c'en était fait de la France, si Dieu n'eût suscité la bergère de Vaucouleurs, Th-^roïque Jeanne d'Arc.
c En ce temps-là, rapporte Lobineau, une fille de la campagne d'auprès de Vaucouleurs, en Barrois, qui avait servi daus une hôtellerie et s'y étiit accoutumée ù monter ù cheval et à fjire bî^iiucoup de choses qui ne sont pas ordinaires ù son sexe, entreprit de faire lever le siège d'Orléans et de conduire le roi