‹ Les ducs de BretagneChapitre 32 sur 42 · JEAN Y LE SAGE · texte numérisé non relu

JEAN Y LE SAGE

h Reims pour le r^iire sacrer. Elle fut amenée au roi , quVIle reconnut au milieu de sa cour, et qui lui donna le sire de Relz cl phisieurs autres capitaines pour faire entrer des vivres dans Orléans. Elle en vint à boiîl, les Anglais levèrent le siège, et depuis ce tcnips-lù coriiiueacëreiit peu à peu ù perdre leurs conquéles. •

Le noble Richemont, abandonné par le roi , n'en voulait pas moins sauver la France. Il accourait au secours d'Orléans ù la tétc de la noblesse brelonne, quand il apprit le premier succès de la jeune guerrière. Celle-ci, pour obéir aux ordres impérieux du monar(|ue , se disposa à recevoir le connétable les armes à la main. Mais la HIre, Xuintrailles , Dunois et tous les braves qui marchaient ù la victoire sons les pas de la bergère, s'écrièrent en recevant ces ordres coupiiLIcs : « Jeanne, Jeanne, si noti'e sire ne croit pas avoir assez des Anglais, ne savons nous pas, cous, ce qu'ils valent? el faut-il accroître le nombre de nos ennemis? Ce serait chose mauvaise et peu d'gne de comballre sans r kison un si grand capitaine , bon serviteur du roi, el qui vient ù notre secours. D'ailleurs, la volonté ne suffirait pas pour réussir en si hasardeuse entreprise. Richemont a trop d*amis dans l'armée pour qu'on l'attaque sans danger. Dût le roi nous (aire mourir, nous ne porterons pas les armes cont.*e le connétable; et par saint Nicolas, nous l'aimons mieux que toutes les pucelles du monde. — 11 est vrai, dit Jeanne, qu'appelée au coiiseil du roi , j'ai partagé l'avis de le combattre. Le sire de la Trénuille m'en priait, et je cuidais faire plaisir à Chariot (Charles VU). J'en dis ma coulpe : je n'avais point ouï les voix qui ne mMuduisent jamais ù erreur, i

L'héroïne alla au-devant du connétable et le reçut avec tous les honneurs de la guerre, aux cris de joie de ses valeureux hommes d'armes; puis, descendant de cheval, elle ût au noble Breton une profonde révérence et se prosterna à ses genoux. < Eh bien ! Jeanne, dit Richemont en la relevant, on m'a rap-

464 LES DUCS IMI BRStàÇNE.

p^rté que vous me vouliez cembattre. Je ae sçay pas qw mus estes , ny de par qui vous estes iey envoyée , sy sy e'est de par Dieu on de par le diable. Si vous estes 4e pw Dieu » je ne vous crains en rien , car Dieu oogooist moa intention et mott boo vouloir, tout ainsi eooMie les vosti*es. Si vous estes de par le diable » je vous crains encore moins, et faites du mieux ou du pire que vous pourrez. — Je sais, répondit leaone, de par Dieu, la bonne Vierge, madauie sainte Catherine ellesau^^ qui sont en paradis, et bonoy soit quî eu doute. Je n'ay rien dH uy rîea pensé que ce que J'ay cogau qui estoit de l'intentio» du roî.Du reste, sire connestable , je désire de tout von o»ir que vous en soyei^ reçu comme le mérilent vos loyaux services ei le haut estât et degré que vous tenez ; et si je puis , ju n'y feray laute. »

Depuis ce temps , le connétable et la jeune Qlle luarebèrenâ sons le même étendard , et les étrangers s'enfuirent devant eue. CoaduH jusqu'il ReinM par la Pucelle, Charles MI y reçut ft'onelion des rois. Arthur , qui délestait la Trémoille , ne parut pas à «ette cérémonie. Ce brave guerrier, si fidèle pendant ladts^ grâce, n'en continua pas moins i servir son souverain , & qnl sa bonne épée ouvrit enfin les portes de la capitale.

Peut-être avons-nous oublié trop longtemps notre duc Jean V, qui, avec le secours de son frère, terminait hetureiisement un débat ficheux survenu avec le duc d'Alençon ; mais Arthur de Kchemont n'éiait-il point enfant aussi de la vieille Anttoriqne? et pouvions«nous refuser un juste tribut d'admiration aux exploHs glorieux d'un héros breton?

Si la France a élevé une statue à la bergère de Domremy , cette héroïque martyre de Rouen, n'en doit-elle point une aussi an digne successeur des du Cuesclio et des Cl isson? Jeanne d'Are , Arthur de Riebemont ! Ces deux noms bénis sont inséparables dans fhisioire , et la patrie reconnaissante leur garde ou inunnriel souvenir.

Jfi^N V LE 8AGf:.

Le règtie de lemt V vit sortir du coweiit des Carmes de ReoMS «n oélèbre réfomateur rel^ieux« Thomas Goonecte. Nul n'a- ¥ftit acquis une pics grande renonHtiée depuis Robert d'Arbrissd«t riiiiortuné ibailard. Parcourant la Bretagne^ la Picardie, TAKois, le Poulhieu, le Gambrésis, es préchant contre les mauvaises mœurs du clergé, le luxe des seigneurs et -surtout contre les souliers à la poulaine des gentUsàommes et les hennins dos dames, il se fit des disciples, mais plus encore des ennemis. I^s populations treniiibient & son approche , accouraient a»devant de lui , baisaient 4a trace de ses pas, car elles le vénéraient oorome l'homme de Dieu et écoutaient ses paroles comme les sentences terribles d'un juge irrité. Mais à peine av:ât41 disf uni , qu'oubliant les sévères maximes et les saints avertfs* semcuts, on se replongpeait dans les pompes immodestes 4tt monde. Le pioux moine alla Jusqu'à Muntoue, à Venise , onfHi à Roime , où il fui brAlé oomme hérétique. On dit qjue le pape Eufèoe iV, qui avait signé ia sentence » pleura toute sa vie sa f«- Beste prédpitation , et le peuple assura avoir vu l'dme du bienhe«reux s'élancer des iammes du bftcher et monter en paradis.

Nous avons parlé de souliers à la poulaine.... On sait qu*ao xv^siède on désignait ainsi des chaussores ornées de pointes longues quelquefois de deux ù trois pieds. Le hennin était uno sorte de bonoet orné do dentelle, brodé en or ou on argent , qoelqueibis couvert de pierreries , et à rex^rémilé duquel lottail un voile de mousseline. H fallut hausser les portes pour que les dîmes pussent y passer. Quelques anoées après , on dort les élargir & cause des bourrelets larges d'une demi-aune et des oreilles monstniooses qu'elles stfoutèreni à leur coiffure.

Va piY)oè8 célèbre signala aussi le règne de lean le Sage , eeloi de Gilles de Laval, baron de Retx, maréchal de Franee et lieutenant général de Bretagne. En vérité notre plume ae refuse à peindre les crimes de ce monstre qui , pour recouvrer l'immense fortune fu'il avait à demi dissipée dans les débauches.

eut recours aux alchimistes « aux soiTiers et enfin au diable. On raconlequM offrit au prince des ténèbres* au fond d'une sombre forât qui s'étendait autour du chûteau de Tiffauges, une cédule signée de sou sang avec les doigts, les yeux et le cœur d*i:Q enfant encore chaud.... L'esprit malin , évoque pur mille cérémonies aussi coupables que bizarres, lui apparut, assure-t-oo, sous la forme d'un léopard^. Dirons-nous les meurtres sans nombre accomplis au bruit de la foudre et à la lueur des éclairs par cet homme qui avouait lui-même € que les cris déchirants , le râle et l'agonie étaient ses délices, et que les contorsions des mourants le faisaient pâmer de rire. • Une vieille femme , la MeflTraye, parcourait les environs du château, enlevait les enfants, les je jnes filles, que le malheureux égorgeait de sa propre main pour se faire un bain de leur sang !...

Accusé par mille voix vengeresses, Gilles de Laval confessa

qu*il avait commis une infinité de crimes, € attribuant l'origine de tous ces désordres au mauvais gouverneur qu'il avait eu dans sa jeunesse, n'ayant jamais eu d'aulre loi que son plaisir et sa yolouté ; avertissant tous ceux qui étaient là et qui avaient des enfants de ne pas les nourrir trop délicatement, de ne pas les laisser vivre dans l'oisiveté et d'avoir soin de leur donner une bonne éducation. •

Le baron de Retz fut étranglé et brûlé dans la cprée • de la Madeleine , au mois d'octobre 1440. c On ne laissa pas consumer son corps, le duc ayant permis qu'on le déposât en terre sainte. >

Suivant rus;ige du temps, les pères et mères de famille qui avaient entendu les dernières paroles de Gilles de Laval, se mirent trois jours au pain et à l'eau pour lui obtenir \à miséricorde divine et fouettèrent leurs enfants, afin qu'ils gardassent & jamais Te souvenir du terrible châtiment réservé au crime*

leao T le Sago mourut en 1442, regretté de tous ses sujets.

TmàMÇùtg i«r ( 1442-1450 ). — Fmu n ( 1450-1457 ). —

AmnvB m ( 1457-1458 ).

Au moment de sa mort, Jean Y s'occupait de marier son héritier François, veuf d'Yolande d*Anjou, avec Isabelle d'Ecosse. cCbersamis, bûtez-vous de me ramener, avait répondu le bon duc aux ambassadeurs qui lui rapportaient que la princesse était vraiment charmante, mais que ses discours avaient c peu de flnesse • et portaient au rire les personnes les plus disposées a Tadinirer. C'est justement ce que je désire. Par s&int Nicolas! j'eslime une femme assez instruite quand elle sait mettre dilTérenco entre sa chemise et le pourpoint de son mari. •

Isabelle débarqua sur les côtes de Bretagne peu de temps aprèi que le sage duc eut rendu le dernier soupir. On la conduisit à Auray pour y attendre le connétabl3 de Riche-

mont, qui devait remplacer son frère défunt dans les fêtes de rhyménée.

Tous nos historiens bretons ont décrit avec grands détails les cérémonies du couronnement de François \*^. Ces cérémonies n'étaient point nouvelles, mais elles furent alors plus somptueuses.

Après le mariage 9 qui eut lieu ù Auray ou à Ploêrmel» le duc , suivi de toute sa cour, se rendit à Rennes» ou il descendit à Tabbaye de Saint-Mélaine. Le lendemain , vers deux heures, il alla prier en grand deuil à l'église de Saint-Étienne , monti sur un cheval couvert d'une housse écarlale et se présenta h la porte Mordelaise, qu'il trouva fermée. L'évéque, en habits pontificaux, lui demanda ce qu'il voulait, selon l'usage, le reconnut comme duc de Bretagne et reçut les serments solennels dont nous avons déjà parlé. Entré dans sa bonne capitale brette« le nouveau souverain , revé&u d'un habit ducal de drap d*or, assista à l'office divin et passa toute la nuit en prières. Le jour suivant, il parut devant l'autel avec la robe et le manteau de pourpre fourrés d'hermines. Après les prières et les bénédictions accoutumées , le prélat lui c bailla la couronne et l'épée au nom de Dieu et de monseigneur saint Pierre >, et Tordre de la chevalerie lui fut conféré par Richemoat à roffertoire. « La oérémonie religieuse achevée, le duc reçut les serments de «M bamas et leur donna ft diaer. La fête d«ra huit jo«rs , et puis chacun se retira. •

H y avaH déjà quatre ans qse François 1*^ était en poseeaeioi de son duché quand il rendit enSn hommage au roi de PnHMe. Cet hommage , que le prince M i Ohinon , debout , sans cteper en , les mains dans celles du monarque et un baiser sur In bouche , avec cette formule adoptée partons nos ducs bretena : < Monseigneur, je vans fais hommage pt»ar mon duché, tel ^e mes prédécessears mit acoostumé de bira A vas prédéeaasaars «, cet homnMga fui précédé d'une récoactiiation entra toa

PBANÇOl» t , PtmBir II , ARTHUR III. SMT

iMsoiis de Franc» ef de Bretagne et des « llBifires d'aboliUon » et de pardon que le rui accorda au dhic et k ses sujets pour les secours qu'ils auraient donnés à se& ennemis.

Une querelle de fanrille, qui amena nne guerre étrangère » rempHl le règne de François I*. Ce prince avait deux frères , Fterre et Gilles de Bretagne. Ce dernier arait été élevé ù la cour de Londres par sa granJ'mère , leanne de Navarre , et » dès i'443 , avait été envoyé en ambassade à celte même cour, c Céiiît un beau jeune homme actif et fastueux. > Henri VI d'Angleterre, qui avait des vues secrètes sur lui, le combla de canisses et lui domm une pension de 2,000 roubles d*or. Irrité de ce que son frère avait accepté celte faveur et plus encore des réclamations incessantes de Gilles pour son apanage , qu'il troorait insuffisant, François se brouilla tout à fait avec lui. Le jeune prince s'imagina alors de s'enrichir en s'unîssant à une opnhmte hérMtère, Fhmçoise de Dinan, qui , bien qu'elle n'eût pas encore quatorse ans, était promise au sire du Gavre, et que le duc pensait faire épouser à son favori Arthur de Montauban. Gitfeà ne trouva pas d'autre expédient que d'enlever la jeune fiHe, dont il fit aussitôt sa femme, de crainte qu'on ne la lai ravit, et de se renfermer dans la forteresse du Guildo, d'où il fit entendre ses menaces ù son suzerain au nom des Anglais, ses protecteurs.

Excité par sa propre haine et par les discours de rage d'Arthur de Montauban , Fhinçois implora le secours delà France , représentant le malheureux Gifles comme un traître à la patrie , un chevalier félon , un instigateur de guerre civile , un ami des étrangers. Charles Vil envoya aussitôt quatre cents lances au Guildo, et le prince , qui s'y occupait beaucoup plus sans doute de ses plaisirs que de l'exécution de ses menaces, fut arrêté et jeté dhns les cachots de Dinan.

Richemont accourut, força son neveu à voir son prisonnier ; mais ni les gémissements de celui-ci ni les prières et les larmes

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du cunnc^lnble et de Pierre de Bretagne, qui demandaient merci pour le jeune homme, ne fléchirent l'inexorable duc. Les Anglais ncrnirent le danger du prince en prenant son parti: ils surprirent la ville de Fougères et se disposaient à cnntinacr leurs conquêtes lorsque le noble Richemont , sacrifiant gc^néreusf*nient sa fa:nille aux intériMs de la pairie , les repoii&sd virlorieusement jusqu'en Normandi»).

L'exaspération de François contie son frère devint alors telle, que, n'ayant pu fau*e prononcer sa condamnatioi par les états qu'il avait assomiilés à cet effiït, ù cause de la courageuse résistance d'Olivier du Breil, procureur général de Bretagne , Il fit :ippel^r ses favoris pendant la nuit et leur avoua qii*il souhaitait avec une extrême impatience que son prisonnier fût en p'iradis. Ce met fut l'arrêt de mort de l'innocente mais iuiprudonle victime, et depuis ce temps dos assassins se presseront aux portes du cachot de la Hirdouinaye où Gilles avait été transféré, après avoir été traîné dans tous les donjons da duché.

En vain Charles VU lui-même, sollicité par Richemont, fit demiuder la gnlcede l'i.ifortuué.... Françtiis l'^ne |)Ouvait, il est vrai, résis'or à celle prière, et il donna l'ordre de remotlre le prince eu liberté; m:i:s Arthur de Monlauban, dont la vengoaiicc nVlait point encore assouvio, montra des lettres émanées, disait-il , de TAnglelerre. Ces lettres ordonnaient ini{^S* rieusemont la Jélivranœ de la victime. Il fil entendre au duc qu'il était de la dignité de la Bretagne, delà dignité delà * France même de résister a cet ordre orgueilleux.

€ Ou dit qu'un (rère qui trahit est pire qu'un chien enragé, s'écria le vindicMlif François. On peut croire que je prends plaisir à me faire mordre.... Non, de par Dieu ! je ne veux plus que Gilles soit promené de château en chûteau ; il csl bleu ;^ la Hirlouinaye, et j'entends qu'on le mette dans une certaiae basse chambre où il y a de leau et qu'on ne m'en parle plus. >

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