FRANÇOIS I , PIERRE II , ARTHUR III
NoaDmoioSy cet ordre barbnrc donné a Olivier du Méel» r»ii des assassins, ne fut pas exécuté. Olivier consenluil au meurlre, mais se refusait ù Taccomplir lui-même. Arthur songea au poison et il envoya Jean Rugearten chercher en Italie, c dans celle école des parricides et cette académie des empoisonneurs, o& les b:iisfM*s mônics empoisonnent et où les hommes poignardent du regard comme les basilics. •
H est probable que le duc François n'eut aucune connais* sancc de l'infilme projet de ses perfides amis, et il partit pour la Normandie, où rappelait le roi de France contre les Anglais, en défendant (|n*on mit le prince dans la chambre à demi pleine d'eau, ui'iisen jurant qu'il ne le délivrerait pas et en souhaitant Je toute son ame que le prisonnier attenlût lui-même ù ses jours.
Les assassins, c après avoir éprouvé sur quelques besles la force de la poison présente qu'ils uvoîent découverte, en (iront mangirrà mcssire Gilles plusieurs fois sans aucun effet, dont ses gardes s'estonnoieut fort. Tellement, qu'ils se résolurent de douurr ordre par autre moye;i en le suflocant de faiji, à ce que l'effort eust meilleure couleur, et qu'il senibla:>t qu'il fust mort de malaJic. Pour couvr'r plus aisément leur méchanceté, ils le niii'ont en une busse chambre du chasteau, regardant sur les douves, sombre et cbscure. >
Quand, après de longues heures d'attente, le malheureux vit la nuit sucréder au jour sans qu'on lui eût apporté de nom rituro, (|uand il ressentit les angoisses d'une faim dévorante, il se livra à un désespoir qu'on ne saurait peindre. Quittant sa couche nnigré sa faiblesse, il atteignit, après un sublime effort , les barreaux de (er de sa prison et, poussant des cris déchirants, fit enlendre ces pa»*oles capables d'émouvoir les plus barbares : c J'ai faim! j*ai faim! Du pain*... pour l'honneur de Dieu et de miséricorde! >
Les paysans qui revenaient du ti avait entendirent peut-être
récho de cette voix qui se perdait dans les fossés profonds du mauoir et s'éloigaèreot rapidement, car la compassion eftt étd la mort. Mais une femme sentit son cœur se briser à ces accetttt du mourant ; elle parvint k se glisser dans les fossés» décoavrit le soupirail et partagea avec l'infortuné son pain grossier. Chaque nuit y la jeune et timide Bretonne accomplit le même acte de chanté ; c tellement, qu'il en fust nourry par le temps de six semaines. Voyant à la Gn qu'il ne se pouvoît plus soutenir et que sa mort étoit délibérée, il pria cette pauvre fenime àmluy faire venir un homme de religion, homme de bien, disant se vouloir confesser. > >
Cependant les meurtriers, convaincus du succès delMir œuvre iufernale, vinrent pour ensevelir le prince de Bretagne.' Surpris de le trouver vivant, ils essayèrent un nouveau poison, dans le repas abondant et même somptueux qu'ils lui servirent.
La nuit suivante, un cordelier descendit avec la Bretonne' dacs les fossés du manoir et , à travers les barreaux de leTt donna au mourant les divines consoUtions de la religion^ Après > avoir avoué tous ses égarements, Gilles se laissa aller à redire, ses souffrances, la haine et lu barbarie de son frère, l'horrible mort qui l'attendait. « Or, vais-je de ce monde en l'autre, on: le Créateur des hommes entendra ma plainte, murmura-t-U enfin. — Mon Qls, dK le cordelier, les ineffables douceurs du ciel ne laissent nulle place aux souvenances de la terre; vous en jouirez et plaindrez votre frère. -— ie raccuserai, mon père, reprit le malheureux avec véhémence, je rappellerai devant son juge et le mien ! Je vous charge , je vous adljure , dès que je ne serai plus, d'aller vers le duc François ; vous lui direz l'état où il m'a inhumainement abandonné, et les maux que je souffre, et ceux que j'ai soufferts par son ordre, ù tort et injustement. Vous le voyez, vous le voyez, mon révérend père. Et cependant je n'en puis faire preuve devant les hommes et ne saurais en
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demander raison : tout est séduit, tout est muet autour de moi, tout secours m'a été ravi. Je l'attends au jugement de Dieu ; je l'appelle quarante jours après ma mort devantsa juste justice; et cet appel. Dieu vous ordonne de le lui dénoncer. • Les forcés du.mourant étaient épuisées, et il retomba lourdement dans son cachot en laissant échapper un long gémissement. En vain le religieux l'appela longtemps à voix basse, il n'en reçut aucune réponse.
Dès le lendemain, les bourreaux impatients pénétrèrent dans la prison. Le prince était très-alTaibli et semblait n'avoir plus que quelques heures à vivre. « Vous savez de quoi nous sommes chargés, dit l'un des assassins à ses dignes compagnons; les poisons n'y font rien, il faut que nous le fassions mourir de force. > Et aussitôt ils lui mirent une serviette autour du cou et s'efforcèrent de l'étrangler. Le prince, quoique languissant, se défendit quelque temps avec une grosse flûte dont il blessa l'un de ses bourreaux; mais ils consommèrent leur crime en l'étouf* faut entre deux matelas. Les scélérats déposèrent aussitôt le cadavre sur un lit somptueux, prirent mille précautions pour faire croire que la mort avait été naturelle et s'en allèrent chasser dans les bois voisins avec les seigneurs du pays, c qu'ils avoisnt invitez exprès à ceste partie de plaisir, aGn de prouver leur absence quand on apprendroit la mort du prince. En effet, pendant qu'ils chassoient , un garçon qu'ils a voient instruit de ce qu'il avoit à dire, vint leur apprendre que monseigneur Gilles avoit esté trouvé mort dans son lit. Ils en parurent très affligez, et prièrent la compagnie de venir au chasteau. »
La nouvelle de la mort du prince parvint ù l'armée devant Avranches. L'effroi se répandit dans tous les cœurs, et nos braves Bretons accusèrent tout bas leur noble duc. Richemont aussi soupçonna le meurtre et fut < durement courroucé.... Puis, François et lui eurent grosses paroles ensemble. Toute-
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foifti la cbote se diuiœula pour l'heure, de peur de plus grand aeandale—. »
Quelques jours après, la yictoire fit oublier le crime. Les valeureux bomoies d'armes revinrent aussitôt dans la patrie coa* verts de lauriers. En passant au monastère du mont Saint- Michel, le duc fit célébrer un service funèbre pour son frère, puis, soucieux et pensif, traversa les grèves désertes, suivi d'un petit nombre de serviteurs seulement. Un religieux l'attendait sur une petite dune de sable au bord du sentier. Quand le prince fut au pied de la dune : c François, duc de Bretagne, mon seigneur, s'écria le moine en renversant le capuchon qui lui couvrait le visage, j'ai ouï en confession monseigneur Gilles, voire frère, peu de jours avant son trépas, lequel me chargea de vous annoncer que, de par lui, comme appelant de vous, de défaut de droit, des cruels traitements et injustices dont il n'a pu demander raison, et de la mort horrible dont vous l'avez fait mourir ou avez souffert qu'il mourût par faute de justice, j'eusse à vous assigner du jour de hui en quarante jours , ù comparoir en personne par devant Dieu le créateur, pour voir réparer en sa terrible justice les torts et griefs que j'ai dits; et pour ce « mon redoubté seigneur, je vous signifie la charge que le bon trépassé m'a baillée, laquelle j'ai dû accepter comme ministre de Dieu, et vous avertis et conseille de penser ù cette affaire, et priez Dieu assidûment qu'il lui plaise avoir pitié et merci de vous. Au nom de Gilles, votre frère, llchement assassiné, François, duc de Bretagne, au tribunal de Dieu je vous appelle! je vous appelle! je vous appelle!... > Le duc resta immobile et comme anéanti. Le moine baissa son capuchon et disparut « 4 lequel on fit chercher à Saint-Michel et ailleurs, mais jamais ne put être retrouvé. »
Le môme jour, le souverain breton prit le lit avec une fièvre ardente, et les quarante jours de l'assignation expiraient quand, à défaut d'enfants mâles, il remit la couronne ducale à
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son frère Pierre , appeUi au trôoe le ccooétable de RicbeinoDt eu cas où son successeur décéderait sans héritier, et, aprè^ lui , dans ce mépe cais, François de Bretagne, son gendre et son cousin germain , fils de Richard , comte d'Ëlampes. c Ma R)ie , dit-il ensuite à la duchesse qui pleurait agenouillée près du Ht de douleur, je suis très-fort malade, j*ai réglé avec beaufirère que voici votre estât et celui de vos filles; je crois qu'il n« vous fauldra pas, et je vous prie que vous vous gouvernies^ lagemeat, et adieu!... > II mourut dans les senlimeuis du plus «if repentir. « Mes umis, murmnra^t*il aux seigneurs qui l'enlottraieat à son heure dernière, mes amis, que Testât où je suis vous serve d'exemple : j'ai été votre prince , et je ne suis plus rien!... >
Tandis que François V^ achevait ses jours dans sa maison de plaisance, près de Vannes, et que Piene II gravissait les degrés du trône, Riobemont achevait la conquête de la Norman*' die en enlevant successivement aux Anglais Caen ; Cherbourg, Falaise et Domfront. A Cherbourg, la Bretagne perdit deux hommes célèbres, l'amiral de Coêtivy et le capitaine Tugdual de Kermoisan. La France entière pleura ces vaillants généraux dont la bonne épée, dirigée par le connétable, avait chassé les étrangers d'une province si longtemps soumise è leur domination.
Le règne de Pierre II est absolument stérile en événements. Le premier acte du nouveau duc fut de poursuivre les assassins de Gilles de Bretagne. Ces assassins, c'étaient Arthur de Mooiauban et Olivier de Méel. Le premier échappa à la justice en se faisant moine; le second, enlevé à Marcoussis par Arthnr de Ricbemont, réclamé par le roi de France comme ayant été arrêté sur son territoire, 4)t livré ensuite par ce môme roi, eut la tèle tranchée è Vannes, ainsi que ceux qui l'avaient aidé dans aoa action abominable. Leurs corps, mis en quartiers, furent étalés sur les grands chemins pour rappeler ù ceux qui auraienl
, été tentés de les imiter, les châtiments terribles qui attendent le crime.
En paix avec tous ses voisins , Pierre II s'occupa activement de l'administration du duché , rendit de sages ordonnances et restreignit le droit d'asile des minic'hi ou roenec'hi.
Charies Vil combattait toujours les Anglais en Guyenne. Notre duc lui envoya quelques troupes , sous le commandement de François de Bretagne. Les Bretons s'illustrèrent par la yiotoire décisive de Castillon, où ils tuèrent le célèbre Talbot. Les insulaires, chassés de cette province, voulurent user de repré* sailles par le ravage de la presqu'île armoricaine. Ils firent effectivement une descente à Crozon , mais ils furent victorieusement repoussés.
Pierre avait épousé un ange de vertu et de douceur, la bienheureuse Françoise d'Âmboise. Bien que le duc fût lui-même d'une piété touchante, il ne s'en laissait pas moins souvent aller à frapper sa patiente épouse , dont l'incomparable beauté , la grâce et la bonté parfaites faisaient l'admiration de tous cenx qui la voyaient.
Un jour que la duchesse chantait avec les filles de son service, et en s'accompagnanl sur le luth, des airs qui lui rappelaient son enrance et les lieux qui l'avaient vue naître, c son mary, entendant cette douce harmonie, capable d'apprivoiser les besles farouches mesmes, sortit de sa chambre tout furieux, et, entrant dans la salle , se prit à crier et tempester, et vomist mille Injures contre la princesse, et en vint jusques là, que , fermant le poing et levant le bras, il s'avança pour la frapper. Alors, l'humble Françoise, regrettant plus TofTense faite i Dieu que le tort fait ù son innocence, se jetta à genoux, et, les mains jointes, les yeux baignez de larmes, luy dict : Monseigneur et mary, différez un petit pour le présent, et quand nous serons en la chambre , vous pourrez faii*e punition , s'il y a cause. •