‹ Les ducs de BretagneChapitre 35 sur 42 · FRANÇOIS I » PIERRE 11 , ARTHUR III · texte numérisé non relu

FRANÇOIS I » PIERRE 11 , ARTHUR III

règne trop court de quinze mois, c'est sa haine et sa cruauté

pour les héréUques. c Oncques homme » dit son historien , ne

hayt plus toutes hérésies » et sorciers et sorcières , qu'il hayait ;

etbieu y parut» car il en fit plus brusier en France » en Poictou

et en Bretagne, que nul autre en son temps, i

Arthur III, duc de Bretagne, comte de Richemont, connétable

de France, expira en ii58, au moment où il faisait le rêve

étrange de rendre aux Anglais tout le mal qu'ils avaient causé à

la France et de placer la maison de Bretagne sur le trône de la

fieille Albion , après avoir mérité , lui aussi , comme le Nor-

« mand Guillaume, le surnom de Conquérant.

Ta^LMÇOiB II (1458-14S8).

François II, qui succéda à Arthur III, réunissait les droits de la ligne masculine, comme petit-fils de Jean IV, et ceux de la ligne féminine, comme époux de la fille ainée de François I^. Cette princesse, Marguerite de Bretagne, lui donna en 1^463 un flis qui ne vécut que deux mois , et bientôt après elle-même descendit dans la tombe. Veuf, sans enfant, dernier rejeton de cette maison de Montfort qui occupait le trône ducal depuis la victoire d*Auray, François comprit qu'il était de son intérêt et Uf rintérét do son pays de contracter une seconde alliance, et il i^pou»;i Marguerite de Foix , qui le rendit père de deux filles, Xhim' ci Isabeau.

IY;iM\H^» Il signala les premières années de son règne par Ak ^N^Ivuiii^mHf^s utiles, établit à Nantes une université qu'une ^)t^ ^ 1^1(19 (Uvorisa des mêmes privilèges que celles de Nii^« viv IM^tM^ ci de Sienne , et attira un imprimeur dans

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celte même ville de Nantes. On sait que l'imprimerie avait été inventée en 1440 seulement par Jean Gutenberg , de Mayence.

Plus tari) 9 nous voyous notre duc rendre la Bretagne florissante en encourageant Tindustrie et le commerce. Cette protection est constatée par les différents traités de négoce signés avec FAngleterre, le Portugal, les villes hanséatiques et TEspagne» et les relations avec le Levant ; par les privilèges sans nombre accordés à des ouvriers appelés d'Arras à Rennes pour y fonder une manufacture de tapisseries et à ceux qui établirent la manufacture de soie ù Vitré.

Pour le malheur de François II, pour le malheur de la Bretagne, pour le malheur peut-être aussi de la France, mais en même temps pour sa gloire, le féroce Louis XI monta en 1461 sur le trône de Charles Vil, et le compère Tristan s'assit aux pieds de son digne maître. Nos jeunes lecteurs le savent, la politique de ce prince artiûcieux et habile, c'était d'abaisser les grands, qui, par leur puissance sans cesse croissante , menaçaient d'anéantir le pouvoir royal. Son premier regard d'ambition et d*envie se porta donc tout naturellement sur la Bretagne. D'ailleurs, le roi de France , qui n'oubliait point les injures faites au Dauphin, avait une vieille vengeance à exercer contre son beau cousin breton qui avait osé lui refuser un prêt de 4,000 écus pour favoriser sa révolte contre Charles VII. Saisissant l'occasion d'un voyage aux Pyrénées, l'astucieux monarque se rendit en dévot pèlerinage ù Saint- Sauveur de Redon et tacha d'y enlever la pieuse veuve de Pierre II, Françoise d'Amboise, qu'il importait à sa politique de marier au duc de Savoie. Le peuple défendit la princesse , qui se refusait positivement ù cette union, et Louis sortit de Bretagne , chargé de la haine et de la malédiction de François IL Mais, du moins, son voyage n'avait pas été infructueux : il avait eu le temps do s'informer des moyens de défense et des forces de son puissant vassal , et il n'attendit plus que l'occa-

sion favorable pour i'atlaquer et s'emparer de cette Bretaj^ne qu'il convoitait avec ardeur.

Cette occasion ue tarda pas à se présenter. Une révolatîoa nouvelle avait éclaté en Angleterre ; Edouard IV avait détrôné Henri VI. La femme du roi déchu , la magnanime Marguerites d* Anjou , retirée en Sicile près du roi René , sollicitait les secours de la France. Touché de son malheur, le duc de Bretagne lui fit présent de 1,000 écus d'or et lui promit quelques troupes. Apprenant cela, Edouard fit une descente au Con* quct, mais il fut vigoureusement repoussé. Ce tnX dans le temps oh les Bretons ne songeaient qu'à fortifier leurs ports et à déjouer les entreprises de l'Angleterre que Louis XI, qui savait habilement choisir ses moments de vengeance, envoya à Rennes un commissaire dévoué, le chancelier Pierre de Horvilliers, pour exposer ses griefs h François II. Le roi de France lui imputait h crime de battre monnaie d'or, de se servir en tête de ses titres de ces mots : Par la grâce dé Dim , de surmonter l'écu de Bretagne d'une couronne, de recevoir rhommage lige de ses sujets , d'imposer le peuple , d'exiger le serment des évéques et des abbés mitres, serment qu'il pré* tendait n*étre du qu'à lui seul comme suzerain ; d'entretenir des correspondances avec le comte de Charolais; etc. A défaut d'obéissance de la part du prince breton , le roi lui déclarait la guerre.

François , effrayé , demanda un délai de trois mois ponr con-* sulter ses états. Mais pendant ce temps, le brave Tanneguy du Chitel, exilé par la cour de France depuis que Charles VII, qu'il avait fait inhumer à ses propres frais, reposait dans les caveaux de Saint-Denis, le brave Tanneguy du Châtel releva le courage abattu du Breton, c Aidez-vous, Monseigneur, lui dit* il , et Dieu ne vous laissera pas. Je sais de bonne part que les grands seigneurs de France sont ligués ensemble ; il n*y manque que vous. •

Piuirç<>i8 II. 98S

François accueillit ce conseil avec enUiousiasme. Aussitôt de» hommes adroits» déguisés en moines ou en mendiants , se rendirent par dès chemins divers en Flandre et en Bourgogne» et signèrent, au nom de leur maître» la fameuse ligue du Bien public, dont le duc de Bretagne» le duc de Berri » frère du roi » le comte de Charolais, son beau-frère et fils du duc de Bourgogne, et le duc de Bourbon, devinrent les chefs.

Cette conjuration, qui s'était secrètement tramée à Paris même dans l'église Notre-Dame, éclata bientôt. Le duc de Berri < s'évada de la cour, courut en Bretagne en faisant rompre tous les ponts derrière lui, et marcha avec notre duc à la tète des IO,0(M) Bretons que François avait levés avec les subsides accordés h cet effet par les états. Celte armée » où brillaient les plus vaillants chevaliers de la noblesse bretonne, se dirigea sur Pa« ris, où elle devait opérer sa jonction avec les Bourguignons qu'amenait le comte de Charolais. Mais l'adroit Louis XI prévint cette jonction en attaquant ce dernier à Montlhéry. La bataille fut sanglante. Jamais on n'avait vu une pareille furie. La victoire cependant resta incertaine. Le roi rentra dans sa capitale, où Bourguignons et Bretons vinrent l'assiéger aux cris de joie des populations qui demandaient c la liberté, la diminution des tailles et l'abolition des nouveaux impôts, i Le siège dura trois mois, pendant lesquels les troupes bretonnes s'emparèrent de Pontoise et d'Évreux, coururent la Normandie et revinrent devant la capitale.

Le monarque français comprit qu'il ne pourrait triompher de ses puissants ennemis qu'en les divisant. Il signa donc successivement quatre traités , qui satisfirent les seigneurs ligués et qui assurèrent au duc de Bretagne les droits que son suzerain avait voulu lui enlever.

Par ces différents traités, le duc de Berri reçut en apanage le duché de Normandie avec le droit de suzeraineté sur la Bretagne. Ainsi la vieille Armorique retombait à l'état d'arrièro-

fief. François H , qui espérait dominer un prince qui lui devait sa grandeur nouvelle , l'accompagna en Normandie pour y présider les cérémonies de l'inslallation et fit donner le gouvernement de Rouen à Lescun , l'un de ses favoris. Ce choix courrouça les partisans du duc de Berri ; ils semèrent la défiance entre les deux princes , persuadèrent aux Normands que leur duc n'était pas en sûreté auprès du Breton , armèi*ent les bour* geois de Rouen, qui firent entrer sans appareil Charles de Berri dans leur bonne ville et forcèrent François II ù se retirer.

Louis XI sut profiter de cette mésintelligence, qu'il n'avait pas osé espérer si éclatante en la provoquant'. Il traita séparé* ment avec le duc de Bretagne, renonça en sa faveur aux droits de régale et à la garde des églises bretonnes et vint assiéger Rouen. Obligé de fuir, le nouveau prince de Normandie se réfugia encore une fois dans les bras de son ancien allié devenu son ennemi. Celui-ci prit alors le rôle de conciliateur, et, changeant tout à coup de politique, renouvela son alliance avec les ducs de Berri , d'Alençou et de Bourgogne, tout en s'assurant la protection de l'Angleterre , de la Savoie et du Danemark. Il mit aussitôt ses troupes en campagne , prit Alençon , Caen , Avranches, Bayeux, qu'occupait l'armée française ; mais il ne sut pas garder ses conquêtes, et, menacé en même temps par son ter^ rible suzerain du côté du nord et du côté de la Loire , il se bâta d'abandonner son protégé dépossédé et de signer le traité d'Ancenis, 10 septembre 1468.

Ce traité ne rassura pas entièrement Lonis XI : il soupçonnait que François II était resté l'allié secret du roi d'Angleterre et du duc de Bourgogne. Pour s'en convaincre , il lui envoya le collier de l'ordre de Saint-Michel , qu'il venait d'instituer et dont les statuts obligeaient les chevalie.'*s à un serment au roi envers et contre toué. Le duc s'excusa d'accepter, alléguant que ce serment n'était pas compatible avec sa dignité. Le monarque, toujours inquiet, lui fit signer un nouveau traité i

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