‹ Les ducs de BretagneChapitre 36 sur 42 · FRANÇOIS II. S · texte numérisé non relu

FRANÇOIS II. S

Angers en i469. François ne s*y refusa pas , bien que dans le même temps il resserrât son alliance avec Edouard IV, qui venait de renverser pour la seconde fois Henri de Lancastre , avec le duc de Bourgogne et avec le duc de Berri, devenu duc de Guyenne.

Pour rendre cette nouvelle ligue plus formidable, les conjurés arrêtèrent le mariage du duc de Guyenne avec la fille de Charles le Téméraire. L'union allait s'accomplir, malgré toutes les intrigues du roi , lorsque le jeune prince mourut tout à coup empoisonné. Louis pensa devoir prévenir tous les soupçons en écrivant au duc de Bretagne pour se disculper de ce meurtre et en lui permettant que des commissaires bretons fissent une enquête. Urbain Faure, convaincu de l'assassinat, fut arrêté et amené à Nantes par les amis du duc de Guyenne. François ordonna qu'on le mit eo jugement. Le coupable avoua son crime et révéla que le souverain français lui*méme en était l'instigateur. Deux jours après , il n'existait plus : Louis avait trouvé moyen de le punir d'avoir dit la vérité , en le faisant périr dans la tour même du BoufTay, et le geôlier interrogé assurait qu'un coup de tonnerre avait tué son prisonnier et que le diable a^'aît emporté son âme. Telle était la superstition de l'époque, que personne n'osa approfondir ce mystère.

Le duc de Bourgogne se détacha aussitôt de la ligue. Toutes les forces de Louis XI se portèrent sur la Bretagne. La Guerche et Macbecoul tombèrent au pouvoir des Français. Une troisième trêve fut signée h Poitiers en ii72. Cette trêve, pendant laquelle les deux ennemis se firent secrètement autant de mal qu'ils purent, fut bientôt changée en paix, grûce ù un événement inattendu. Deux princes de la maison détrônée de Lancastre qui se rendaient en France , échouèrent sur les côtes de Bretagne. Le duc les fit enfermer dans une forteresse. Le roi d'Angleterre voulait qu'on les lui livrât, Louis les réclamait; mais François les retint sagement, s'assurant ainsi l'alliance

fSé LES DUCS DB BRETAGNE.

d'Edouard, qat cralgaait qoe les Bretons ne sMIiiMfteQt lei droits des princes dJchus, et celle de Louis XI , qui redoutait, de son côté, qu'ils ne se déclarassent pour le oouTeau roi anglais, qui ne parlait de rien moins que dp conquérif la France.

Cette paix fut signée & Senlis en ii7tt. Les den adversaires s'y engagèrent par ce serment : c Je promets par la vraye crouéi ci-présente que , tant qu'il vivra , je ne lé prendray, ne tueray, ne consontiray qu'on le preigne ne qu'on lé tue. » Une des principales conditions de ce traité était la renonciation du roi de France au duché de Bretagne , sur lequel il avait déclaré ne pas devoir se contenter de la suzeraineté , mais avait voulu exiger c la seigneurie utile i» c'est-à-dire l'hommage lige et tons les droits qui en résultaient.

Il n'y avait pas plus do sincérité d'un côté que de l'autre dans la paix de Senlis. Le roi avait en main vingt-deux lettres constatant les relations du duc avec l'Angleterre, et il n'attendait que le moment de se venger, tandis que François se disposait à recevoir et à soutenir l'Anglais à la première occasion.

Le 5 janvier 1477, Charles le Téméraire expira devant Nancy. Cette mort, qtii faisait perdre à notre duc breton l'un de ses plus puissants alliés, lui inspira quelque inquiétude, et îls'em* pressa d'envoyer son chancelier Chauvin auprès du roi de France, alors occupé au siège d'Arras, pour lui renouveler les assurances de sa fidélité pendant qu*ii chargeait un autre émissaire du même office auprès du roi d'Angleterre.

Louis XI fit aussitôt arrêter l'ambassadeur, qui , lui an moins, était de bonne foi , le retint pendant douze jours et lui demanda alors s'il connaissait les causes de sa détention. Sur sa réponse négative , il lui montra les lettres dont il était possesseur. Cfaauvin protesta qu'il ignorait cette correspondance. En effet, le duc ne Tavatt point initié dans son secret, c Monsieur le chancelier, répondit le roi , je sais bien que pour chose au monde

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n*eussié3 voulu estre d'un tel conseil ; beau neveu n'a eu garde de vous y appeler; Il n'y a que son trésorier et son petit secrétaire Guegnon qui conduisent cette marchandise. Retournésvous-en par devers beau neveu de Bretaigne ; portés-lui ces lettres , et lui dittes que je ne veux plus qu'il envoy<5 par-de-* vers moi pour me cuider estimer son mi> s'il ne se défait de tous points de ce roi d'Angleterre, i

Qu'on jugo des alarmes du duc de Bretagne au retour d^ Chauvin! Le secrétaire Guegnon avait trahi; il fut lié dans un sac et jeté dans la rivière d'Auray cù petit bruit »» et le due» toujours dominé par son favori, le trésorier Landais» ami dévoué de l'Angleterre» dont il était secrètement pensionné» resserra encore son alliance avec Edouard ; ce qui ne l'empêcha pas de signer à Arras» le 27 juillet 4477» une nouvelle réconciliation avec le roi de France. Les deux princes s'engagèrent à se jurer amitié et bon accord c sur telles reliques que Tun voudroit administrer ù l'autre» excepté toutes fois que le roi ni le duc ne scroient tenus de faire ledit serment sur le précieux corps de Notre-Seigneur, ni sur la vraye croix estant en l'église de Suint-LÔ d'Angers, i

Dans celte circonstance moins que dans toute autre peutêtre» le roi aurait levé la main sur la vraie croix, car il était persuadé que celui qui se parjurait sur cette relique mourait dans Tannée» et il méditait déji^ une nouvelle entreprise sur le duc en achetant de Jean de Brosse et de sa femme» Nicole deBlois, rejetons de la maison de Penthièvre» leui*s droits à la couronne ducale, c injustement détenue depuis cent ans par les Monlfort, >

François II, ayant eu connaissance de cet acte» ne se dissimula plus les prétentions de Louis XI et chercha ù assurer le sort de sa Ûlle aînée Anne, qu'il faisait son héritière» en lui donnant un appui dans un époux puissant. Deux prétendants demandèrent aussitôt la jeune fille au berceau, le der^

nier des Lancastre et le (ils de son vainqueur. Il n*y avait point ù hésiter entre un prince qui avait lui-même besoin de secours pour recouvrer son héritage et celui qui offrait un trône; l'enfant fut donc fiancée au fils d*Edouard IV. c Ce projet de mariage avait quelque chose de sinistre, i dit un historien de nos jours. En effet, cette union avec les Plantagencts ne rappelaît-eile point aux Bretons leurs plus mauvais jours et le souvenir à jamais chéri d'Arthur I^? Mais la France était là avec son roi, teriible comme une lionne épiant sa proie, toujours prête à s'en saisir; et la liberté, c'était le seul vœu de nos vieilles tribus armoricaines, h quelque prix qu'elles dussent l'acheter. Ce mariage, ratifié avec résignation et douleur par les états de Bretagne, ne s'accomplit pas. Dès ii83, le jeune fiancé, l'un de ces malheureux fils d'Edouard, expirait sous la main meurtrière du duc de Glocester» son oncle !

La perte de la protection de l'Angleterre remplit notre duc de crainte et d'effroi. L'animosité était si grande, les réclamations étaient si vives entre la France et la Bretagne, qu'il y avait ù craindre une nouvelle vjolation des traités et une rupture ouverte. Heureusement pour François, Louis XI, agonisant au fond de son formidable château de Plessis-lès-Tours, pénétré de terreur à la seule peusée de la mort, n'avait plus la force de songer à la guerre. II eût plutôt médité un crime aux pieds de Notre-Dame d*Embrun, c sa petite maîtresse, > qu'il portait constamment à son chapeau. Le duc de Bretagne savait si bieu que les meurtres coûtaient peu au roi de France» qui avait déjà fait < dépêcher • plus de 4,000 personnes par son compère Tristan l'Ermite, qu'il s'entoura des plus grandes précautions. On raconte ù ce sujet qu'un bonnetier de Paris étant venu en Bretagne pour vendre des bonnets de coton et qu'un officier de la garde-robe du duc en ayant acheté pour le prince, celui-ci fut persuadé qu'ils étaient empoisonnés par le

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