FRANÇOIS
esire (ait. Il a été cause de vous faire chancelier; pour ce, soyez-lui donc ami. — Ainsi ferai-je. Monseigneur, répondit Chrétien en entraînant Landais.
Le ministre ne traversa pis sans danger les flots d'une po^ palace insultante qui ne raccueillait que par des malédictions auxquelles elle entremêlait avec une certaine cruauté les mots de vengeance, de bourreau, de tortures et de mort. Il fut enfermé dans la tour de Saint-Nicolas et traîné devant un tribunal où siégeaient six de ses plus implacables ennemis. Son procès ne fut pas long: en moins de quelques jours, il fut convaincu d*a* voir dépouillé de leurs biens et fait mourir Chauvin, Jacques d'Épinay et vingt autres victimes; ses nombreux actes de tra^ bis^on, ses exactions, ses injustices furent aussi révélés; il fut condamné à la potence.
Pendant qu'on exécutait le fatal arrêt et qu'une garde nombreuse occupait toutes les entrées du palais, aOn de n*y laisser pénétrer personne, Lescun, comte de Comminges , courtisan aimé de François II, c amusait > le duc , que ses iufirmités et le dépérissement de sa santé retenaient dans son appartement, c Compère, onbesoigne au procès de mon trésorier, demanda tout ù coup le prince d'un ton chagrin, en savés-vous rien? — Oui, Monseigneur, répondit Lescun, et les juges disent qu'il s'y trouve de grands cas. Ils sont en délibération dé vous en venir parler après avoir tout vu et entendu , et devant que d'y asseoir jugement. — Je le veux ainsi , reprit François, et quelque cas qu'.l ait commis , je lui donne sa grâce et ne veux pas qu'il meure. »
On n'apprit au prince la condamnation de son ministre qu'après la mart du coupable. Il se contenta de maudire cent fois Lescun, le nommant son c traître de compère i, de rendre à la famille de Landais les biens qu'on lui avait confisqués , et s'occupa à chercher d'autres courtisans qui pusseut, en échange de leurs flatteries , être honorés de sa confiance. Ce furent le comte
de Comminges et Jean de Châlons , prince d'Orange , qui héritèrent de la faveur de Landais.
Les confédérés firent signer au duc leur propre réhabilitation et la condamnation des actes du dernier ministre.
Cependant François, inquiet des difficultés que pourrait faire naître sa succession , assembla les états dès Tannée suivante (J486) pour assurer la couronne de Bretagne à sa fille atnée Anne et à sa lignée, et après elle, faute d'héritiers, à sa seconde fille Isabelle et à sa postérité. Il fit jurer ù la princesse, qui comptait à peine neuf ans, de ne jamais consentir à l'asservissement du pays. Les trois ordres de la nation firent serment sur le corps du Sauveur , sur la vraie croix , sur les saints Évangiles et sur c maintes reliques >, de reconnaître la jeune Anne après la mort de son père.
« Vous jurez, dit le chancelier de Bretagne aux députés assemblés devant l'autel de Notre-Dame de Pitié , ù Rennes, vous jurez de tenir ces engagements sur le précieux corps de notre benoist Sauveur Jésus-Christ cy-présent sacramentalement, et autres saintes reliques y estantes? Dites Amen, i
L'évéque de Rennes toucha l'hostie consacrée, tandis que les échos redirent mille fois le mot Amen^ que répétèrent avec enthousiasme tous les membres de l'assemblée.
Les états de Bretagne de 1486 sont encore remarquables par deux sages ordonnances : rinstitulion d'un parlement sédentaire à Vannes et la réformation du < brigandage des avocats et leur damnable forme de patrociner. »
Tandis que le serment de la jeune Anne était dans toutes les bouches, tandis que celui des députés des trois ordres était dans tous les cœurs, Nicole de Penthièvre confirmait à Charles V^IU la cession de ses droits consentie déjà à Louis XI , et trois autres compétiteurs se remuaient sourdement au sein de la Bretagne. Ces compétiteurs étaient Jean de Châlons , prince d'Orange, fils d'une sœur du duc régnant; Alain d'Albret, veuf