‹ Les ducs de BretagneChapitre 4 sur 42 · LES DD€S DB BSBTAGHB · texte numérisé non relu

LES DD€S DB BSBTAGHB

Tiendrait établir; en on mot , il en fit on minic'hi on lien d'aaile. Les TÎolatenrs des minicHion encouraient Texcommunication. U diTisa le territoire en trois parties : la première poor Ini » la seconde pour le clergé et la troisième poor les seigneurs qfi raraient aidé dans sa conquête.

Après aToir battn les Normands de la Loire, Alain fit la paix af ec ceux de la Seine. U est probable qu'il leur céda les terres qu'il possédait dans TAyranche et le Cotentin.

Ayantrétablila tranquillité en Bretagne, il se ressouTintdu ieune roi de France , ce fils infortuné de Charles le Simple, qui , lui aussi, arait grandi loin du pays natal. Alors, Othon, roi de Germanie, attaquait le prince d'Outre-mer. Touché d'une généreuse compassion, Barbetorte vint au camp de son ancien compagnon d'exil. Parmi les généraux d'Olhon se trouvait un prince saxon, frère de la reine Gerberge. D'une haute stature, d'un courage à toute épreuve, d'une force sans égale, d'une férocité indicible, l'orgueilleux Saxon défiait en vain les plus braves chevaliers à un combat singulier.

Un jour, un cavalier, dont la visière était baissée, se présenta devant le Saxon ù la vue des troupes de Louis IV et d*Othon. Les deux combattants se jetèreot l'un sur l'autre avec une rage impossible à décrire. Un moment, la victoire sembla rester au Germain; le sarcasme et l'insulte étaient déjù sur ses lèvres. Mais soudain son adversaire, lui portant uo coup mortel, s'écria: c Je te fais trop d'honneur de me servir avec toi des nobles armes de la chevalerie, moi qui ue tue les loups, les sangliers et les ours qu'ù l'aide de mon bâloa. > Le Saxoa n'entendit pas ces dernières paroles; il roulait dans la poussière, et un mo. ment après sa tétc sanglante ornait la selle du vainqueur. Le héros leva sa visière en présentant aux Francs son hideux trophée, et tous reconnurent le valeureux duc des Bretons.

La paix suivit cette action héroïque. Barbetorte obtint de Louis IV que les serfs ou affranchis qui viendraient résider en

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Bretagne seraient exempts de toute servitude. C'est ainsi que notre Alain repeuplait son pays ravagé par les Normands.

Cependant Gerberge paya des assassins pour venger la mort de son frère. Le duc, l'ayant appris , se hâta de quitter la cour. Avant de rentrer dans ses États, veuf de Roscille, fille de Foulques le Roux, comte d'Anjou, et touché des charmes de la sœur de Thibaut le Tricheur, comte de Blois, il épousa la jeune princesse et la ramena dans sa chère Bretagne.

Peu d'années après, Alain se sentit attaqué d'une maladie mortelle. 11 fit aussitôt mander Thibaut et le présenta aux évéques et aux nobles assemblés autour de sa couche de douleur, c Messeigneurs, dit-il, que croyez- vous que j'aye encore de jours à vivre? — 11 n'est pas temps de vous occuper de pensers si tristes, dit Thibaut; mais expliquez-nous vos volontés, et, à la vie ou à la mort, vous nous trouverez prêts à nous y conformer. Voici les comtes de Rennes, de Broerech, de Dol, et le baron d'Avangour, qui ne sont pas pour me démentir. — Je sens la mort qui s'apprOche, répliqua le duc, et, plein des consolations que m'a données le révérend père en Dieu messire l'archevêque de Dol, je me présenterai, tout pécheur que je suis, avec quelque peu moins de crainte au tribunal de notre Seigneur Jésus-Christ. Je lui raconterai tout ce que j'ai tenté pour le bien de mon peuple, les dangers et les travaux par lesquels j'ai passé afin de purifier le pays, le délivrant des Normands païens qui sont ses ennemis, et, par sa sainte grâce, ayant rendu la Bretagne libre et rétabli chacun dans ses biens, titres et honueurs. « Or, sire Dieu, lui dirai-Je, si j'ai observé votre sainte loi auc tant qu'il est possible ù faiblesse humaine, ne considérez pas c mon peu de mérite, mais daignez répandre votre bénigne f protection sur la personne de mon fils. Je le laisse innocent c et dans sa plus tendre enfance, et exposé ù toutes les eutrei prises, si les serviteurs et amis que vous m'aviez donnés ne € lui font service de leur loyauté et ne le soutiennent contre les

< arabilieii\ méchants et jaloiix. » — Eh! s'écria Thibaut, ne vous tourmentez pas, beau-frère de Bretagne. Notre divin maître donnera certes attention à votre progéniture. Mais nous voici tout pi*éts à le reconnaître après vous , si à Dieu conservateur plaît de vous retirer à lui, et nul qui se refuse de faire serment de féaulté à cet enfant comme le veut droit et honneur de toute la Bretagne. •

Tous les vassaux se prosternèrent alors devant le berceau où reposait le fils d'Alain, Drogon, à peine âgé de trois mois. Quelques instants après, Barbetorte rendit paisiblement son âme ù Dieu. Il fut enseveli avec une grande pompe dans l'église de Saint-Donatien. Le lendemain, on trouva la terre ouverte et le cercueil hors de la fosse ; on Ty replaça avec une grande vénération. Mais, pendant plusieurs jours , le même phénomène se renouvela. Enfin, un gentilhomme se ressouvint que le feu duc avait une très-ardente dévotion à la c benoiste Vierge mère de Dieu • et que plusieurs fois il avait manifesté le désir de reposer à Jamais dans son sanctuaire. On porta donc les dépouilles mortelles de Barbetorte , avec des larmes et un grand deuil , dans régllse Notre-Dame, et on les déposa sous le maître -autel, où elles dormirent en paix.

Thibaut le Tricheur, à qui Barbetorte avait confié son fils i ton heure dernière, oublia bientôt celui qu'il avait nommé son firère et son ami ; il s'empressa de remarier sa sœur à Foulques le Bon, comte d'Ai^ou, et abandonna au nouvel époux de la duchesse la tutelle du jeune prince avec la moitié de la Bretagne, se réservant le gouvernement'de l'autre partie. Quelque temps après, fatigué des affaires, il céda au comte de Rennes les terres qal lui restaient.

En apprenant lu mort d'Alain IV, les Normands couvrirent de iMNiveia la Loire de leurs longues barques. Un effroi indicible se répandit dans toutes les provinces qu'arrose ce fleuve, et les Nantais» oonsleniés et presque aussitôt attaqués, demandèrent

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du secours aa comte d'Anjou, qui leur en promit, mais ne garda pas sa parole.

c Ah! s'écria la veuve de Barbetorte» au désespoir, on voit bien que le grand pieu qui fermait la Loire aux Normands est renversé! • Ces paroles faisaient allusion au courage héroïque d'Alain IV.

Malgré les plaintes, malgré les reproches. Foulques n'en resta pas moins dans son apathie. Les Nantais, renfermés dans la tour fortifiée par le dernier duc, se défendirent vaillamment; ils parvinrent à chasser les Normands.

Mais si Foulques était insensible aux lauriers que donne la victoire sur le champ d'honneur, il désirait ardemment ceindre son front de la couronne ducale. Cette couronne reposait sur un berceau, et, pour un lâche, le crime élait chose plus facile que le combat. Un jour que les vassaux bretons déposaient aux pieds de l'enfant-duc trois sacs remplis d'or et d'argent, des bijoux, des étoffes de prix et une immense quantité de poissons, il sentit s'évanouir en son cœur le dernier sentiment de crainte qui arrête le bras de l'assassin, c Le plus riche et le plus puissant des princes est certainement celui qui possède la Bretagne, > murmura-t-il entre ses dents en contemplant l'enfant qui sommeillait sur le sein de sa nourrice. Il fit briller l'or aux yeux de la Bretonne, lui confia son infernal projet en la comblant d'offres et de promesses; mais la voyant saisie d'horreur, tout furieux d'avoir laissé échapper son fatal secret, il employa les menaces et jura qu'elle périrait, si elle ne plongeait ses mains dans le sang de l'innocente petite créature.

Peu de temps après, Drogon mourut. La chronique de Nantes rapporte que Foulques l'étouffa lui-même en lui versant de l'eau bouillante sur la tète , après l'avoir plongé dans un bain d'eau froide. La nourrice ne consomma pas son crime sans verser des larmes abondantes et remplir l'air de cris déchirants. Effrayée de ces cris sinistres, la duchesse, mère de l'enfant, accourut

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aassitôt; mais, me trooTaot que de Team tiédie par le mBamge^ elle ne soupçonna pas son perfide époax et ne s'occapa peat-étre plus, an milieu de sa donlear, qme d'offrir na boaaet aa pe6t Jésus pour en obtenir un boa acraeil à son eafaat.... Cest aHÛatenant la coutume ea Eretagae ; elle existait probablemeat d^ au temps de la veuTe d'Alain.

Cependant Foulques ne profita poîat de cet assassiaat ; 3 aarait Tallu coaqaérir le dadié, et il était trop Ucke poar le teater. Les Nantais, pleins de resseatimeat contre lai, se choisireat aa autre chef, Hoél IV, fils aussi de Itarbetorte , attb aé d'aae aatre mère.

Hoél fut en même temps comte de Tanaes et de Ifaates. D aTait aa frère nommé Guérech , qa*0 aomma à TéTécbé de la première de ces Tilles.

Le partage que le comte de Mois avait £ùt de llmîtage d'Alain IT et la cession qu'il avait coaseatie aa comte de Reaaes* iaqaiétaieat Hoél, avide de posséder toate la Bretagne. Coaaa I*, dit le Tors, goaveraait à Reaaes. Hoél lai eavoya demaader sll cimait aueax readre de boaae voloaté les terres cédées par Thibaat le Tricbenr oa y être coatraint par la force des armes. Coaaa répoadit qae lai seul était héritier légitime du dacbé, comme aniqae desceadant de SaloaMa m, et qa*î1 était décidé à soatenir ses préteatioas. La gaerre écfata alors entre les deax priaces. Xats ce fut nae guerre de pillage, et les dK>ses ea restèrent là pendant vingt-sept aas.

Au bout de ce temps, un gentilhomme reaaais, aommé Galaron, quitta tout à coup la cour de Conan pour ceDe de Hoél. 11 craignait, disait-il, la colère du comte qu'il avait personnellement ofleasé. Hoél raccueillit avec bonheur et lui accorda toate sa confiance, c 11 ne fat pas longtemps sans porter la peine de son imprudente créduSté, > dit dom Morice. Un jour, le comte voulut aller chasser le cerf daas aae forêt près de Naates. Il v arriva vers le soir, eavoya ses geas ea avaat poar

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préparer des logements et resta seul avec son chapelain» qui hrf récitait ses vêpres. Pour ne pas suivre les autres, Galuron descendit de cheval sous prétexte d'arranger sa selle, puis, s'élançant rapidement sur son coursier, il se précipita sur le comte, les armes baissées, le perça de sa lance et disparut dans l'épaisseur de la forSt. Le chapelain fit retentir l'air de ses cris. La suite du malheureux Hoêl accourut. Ce fut en vain qu'on chercha le meurtrier.

Guérech quitta aussit6t le bâton pastoral pour prendre l'épée, afin de venger l'assassinat de son frère, dont la clameur publique et toutes les probabilités accusaient Conan. Pour assurer cette vengeance , il ût alliance avec le comte d'Anjou , GeoSroy Grise- Gonelle (manteau gris), qui, lui aussi, avait ù se plaindre du comte de Rennes.

Guérech et Geoffroy s'avancèrent dans la lande de Conquereux , où les troupes de Conan les attendaient déjù. La bataille fut sanglante, mais resta incertaine, au moins dans les récits des historiens. Quelques-uns, s'appuyant sur ce vieux dicton breton : t C'est comme à la guerre de Conqucreux, le tort l'a emporté sur le droit,! décernent les palmes du triomphe au comte de Reunes ; d'autres prétendent, au contraire, que Conan (ut blessé dans le combat, qu'il prit la fuite, et que Guérech l'inquiéta sans cesse par des incursions et des ravages sur ses terres.

Vainqueur ou vaincu, Conan, à qui les crimes ne coûtaient pas» alla trouver Héroïc, moine de Redon, myre (médecin) très-savant pour son époque, un peu nécromancien, et qui, depuis longtemps, cherchait la pierre philosophale. A force de caresses et de présents, il le décida à empoisonner son enn3mi. Héroic vint aussitôt i Nantes ; en qualité de religieux , de myre ot de savant, il obtint un accès facile auprès du comte. Quelque temps après, Guérech, se trouvant légèrement indisposé, fit appeler le moine , qui s'empressa de saigner le malade et se re^

tint. Le bra&.eofla ayec vd^. rapidité effrayante. Les seigneurs hi* quiets cherchèrent en vain le myre ; il avait disparu. Ils supplièrent alors le comte de se laisser couper le bras, espérant encore le sauver. € Non , s'écria Guérech , les princes ont besoin de leurs deux bras. Dieu veut ïne retirer de ce monde, je m'abandonne à sa nafiséricorde. > 11 expira au bout de quelques heures. Iléroïc s'était servi d'une lancette empoisonnée.

Conan fut encore accusé de cette mort si soudaine. Néanmoins , se souciant peu du mépris dont on l'accablait , il se présenta devant Nantes, qui, n-ayant plus de chef , lui ouvrit 86$ portes. L'assassin recueillit ainsi Théritage de ses irictimes.

Le Tors prit le titre de prince de toute la Bretagne, se fortifia dans Nantes, y bâtit le Bonffay, et se crut solidement affermi sur le trône ducal. Mais il avait oublié que Hoêl IV avait laissé deux jeunes enfants, Judicàêl et Hoêl, sens la tutelle du comte d'Anjou Foulques-Néra , fils de Geoffroy Grise-Gonelle.

Foulques, ayant prodanié comte de Nantes Judicaêl, Talné, et s'étant uni à Aymon , vicomte de Thonars, qui voulait à tout prix venger ses deux frères , Hoêl et Guérech, < si trattreuse* ment assassinés, > vint mettre le siège devant la ville.

Conan s'imaginait que ses ordres seuls dissiperaient les desseins de ceux qu'il nommait les rebelles; il leur envoya un héraut d'armes avec ces seules paroles : « Étrangers sans vergogne , mon maître vous commande de vous retirer, ou il vous livrera bataille, i La bataille, c'est ce que demandait l'Angevin, c Va dire à ton maître déloyal, répondit-il fièrement, que nous le verrons à Conquereux. C*est un lieu dont jadis il est parti bien à la hâte.... > Conan, frémissant de rage ,- accourut le premier sur le champ de bataille et creusa de larges fossés, qu'il couvrit avec soin pour y entraîner la cavalerie des ennemis. Foulques-Néra ne tarda pas non plus à paraître dans cette même plaine déjà arrosée onze ans auparavant du sang de nos braves Bretons. Portant entre ses bras le jeune Judicaêl, il par»

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courut les rangs de son armée. < Yoilù votre souverain, s'écrîat-il, Tunique rejeton d'Alain-ar-Bras, le libérateur de la Bretagne; voilà rtiéritier légitime du comte de Nantes. Conan, contre Dieu , raison et justice , s'est emparé de sa terre, Ta dépouillé de son héritage, ayant méchamment fait mourir son père et son oncle. Notre épée va punîr le crime et renverser la tyrannie. Notre cause est juste , Dieu nous protège! >

Ces mots furent le gage assuré de la victoire. Les Angevins s'élancèrent comme un trait sur les Bretons. Attirés dans des pièges, ils plièrent d'abord. Le valeureux Foulques lui-même fut renversé de cheval ; mais ranimant aussitôt les siens, il ramena la victoire dans ses rangs, fit mordre la poussière à l'orgueilleux Conan, et, couvert de palmes de triomphe, courut à Nantes, qui lui ouvrit ses portes. Exigeant seulement que le jeune prince rétabli dans l'héritage paternel lui rendît hommage. Foulques se retira, laissant le nouveau comte sous la tutelle d'Aymon, vicomte de Thouars, qui prit le titre de son pupille et qui, par honneur, le garda toute sa vie.

Foulques-Néra était boiteux et haï à cause «de sa cruauté. Quelque juste que f&t son entreprise en faveur de Judicaêl, il fit répéter au peuple avec une autre signification qu'auparavant, cet adage déjà connu : c C'est comme à Conquereux, le lors (boiteux) l'd emporté sur le droit. >

Conan, qui avait trouvé à Conquereux une mort plus glorieuse que ne l'avaient mérité ses crimes, fut enseveli à Saint- Michel, monastère qu'il avait enrichi de ses dons et ainsi nommé à cause d'une célèbre apparition , dans ce même lieu , de l'archange vengeur du ciel et victorieux de Lucifer.

Geoffroy 1«% fils de Conan le Tors, succéda à son père dans le comté de Rennes. A cette époque , le comté de Nantes relevait, comme nous l'avons vu tout à l'heure, du comté d'Anjou; une autre partie de la Bretagne dépendait de la Normandie. Humilié de tant d'hommages, Geoffroy se fit proclamer duc de

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Bretagne, força Judicaêl, que la mort d'Aymon de Tliouars laissait comte de Nantes, à reconnaître sa suzeraineté» et, redoutant la colère de Foiilques-Néra, songea à contracter une alliance qui le mtt à l'abri de cet ennemi puissant. Dans cette vue, il alla trouver le duc de Normandie avec une suite nom» breuse et brillante. Richard Taccueillit noblement et « le régala pendant plusieurs jours. » Peu après, Geoffroy épousa Havoise, sœur du Normand, et Richard s*unit à Judith, sœur du Breton.

Le duc de Normandie ayant déclaré la guerre à Odon , comte de Chartres, appela Geoffroy à son aide, et, non content de ce puissant appui , demanda encore des secours ù Âlaus, roi des Noriques, et à Lacman, roi des Suèves. Les hommes du Nord s'embarquèrent aussitôt. Mais» au lieu de se diriger sur Rouen , ils prirent terre vis-ù-vis de Dol. On ne saurait peindre l'effroi de nos Bretons en voyant leurs côtes couvertes des longues barques de cuir des barbares; ils se crurent revenus aux plus mauvais jours d'Erisopoé et de Barbetorte, et, courant aux armes , ils tentèrent de s'opposer aux ravages de ces nouveaux ennemis. Les Suèves en firent un grand carnage « s'emparèrent de Dol, y mirent tout à feu et à sang; puis, regagnant leurs vaisseaux, ils allèrent rejoindre à Rouen le duc de Normandie.

Geoffroy se plaignit du massacre de ses sujets. Richard répondit naïvement que ce n'était pas sa faute, et *la paix des deux duchés n'en iut point troublée. On plaisanta beaucoup & la cour de Normandie de l'effroi des bons paysans, et c un fableor en fit un récit pour récréer les nobles châtelaines dans leurs manoirs. >

Judicacl jouissait sans trouble de son comté de Nantes, dont il faisait hommage à Geoffroy, depuis quatorze ans, lorsqu'en i005, se rendant un jour à la cour de ce même Geoffroy, il mourut assassiné. Nul historien n'a donné les détails de cette mort, dont on a accusé avec raison le duc de Bretagne, à l'ambition de qui la suzeraineté ne suffisait plus. Cependant il ne re-

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cueillit pas Théritage que son crime semblait lui promettre. Judicaél laissait deux enfants, Bndic et Judith, qui épousa plus tard Alain Cagnart, comte de Cornouailles. Le seul vœu des Nantais , c'était d'être gouvernés par un descendant d'Alain-ar-Bras; ils reconnurent donc aussitôt le jeune Budic.

Dans le même temps, Hervé, évêque de Nantes, mourut à Blois. H fut remplacé dans le siège épiscopal par Gaultier, créature de Geoffroy. Gaultier tenta de livrer Nantes à son bienfaiteur; prêtre guerrier, il se retira dans la tour d'Alain Barbetorte, tandis que Budic se renferma au Bouffay. Les hostilités entre le comte et le prélat ne cessèrent que lorsque Budic eut menacé Geoffroy de porter son hommage aux pieds du comte d'Anjou.

Après seize ans de tyrannie et d'injustice, Geofl*roy songea enfin à l'autre vie. Effrayé du comte rigoureux qu'il aurait à rendre au roi des rois, il quitta la voie dangereuse dans laquelle il s'était engagé pour entrer dans le sentier de la pénitence. Il crut d'abord réparer ses crimes par ses libéralités envers les églises et les monastères ; mais ses terreurs augmentant, il se résolut à l'action la plus méritoire que l'on pût alors accomplir, un pèlerinage à la ville sainte. Confiant le gouvernement de ses États à la duchesse Havoise et à son frère Judicaêl , laissant la garde de ses enfants an duc de Normandie, il partit avec Tévéque Gaultier, saisi tout à coup des mêmes craintes et de la même dévotion.

Havoise se fit chérir par sa justice et sa bonté.... On espérait que le pèlerinage de Geoffroy durerait plusieurs années, et qae les bénédictions qu'il recueillerait au saint sépulcre feraient germer en son âme quelques-unes de ces douces vertus qui faisaient de la duchesse un objet d'amour et de vénération. Mais , hélas ! on fut bientôt averti du retour du tyran par de nombreux collecteurs qui parcoururent tout le duché pour recevoir le droit dejoyeuêe advenue, impôt nouvellement établi par les seigneurs qui revenaient rolnés de la terre sainte.

Geoffroy et Gaultier n'étaient point allés jusqu'à Jérusalem. Arrivés à Rome , ils y avaient accompli de nombreux actes de piété, et le pape leur avait donné l'absolution de toutes leurs fautes.

Quand ils eurent franchi, à leur retour, les frontières de la Bretagne, nos pèlerins s'arrêtèrent dans un petit village et s'assirent avec toute leur suite € sous une tente de toile blanche décorée de rameaux verts > , pour y prendre des rafraîchissements, en regardant c les tours d'un jongleur amené là pour les divertir. > D'un autre côté de la place, au pied d'une croix de pierre, les fiscaux recevaient les droits de joyeuse advenue et fiiisaient vendre les meubles des familles insolvables. Jamais , jamais les pauvres n'avaient versé tant de larmes depuis la grande invasion des Normands sous Rollon le Marcheur. Une veuve se présente bientôt en versant dans les mains des receveurs tout ce qu'elle possédait. Il lui manquait deux deniers. On lui fait d'horribles menaces, c Oh ! laissez-moi le lit où je puis réparer mes forces pour le travail et la prière, s'écrie-t-elle. J'ai une belle quenouille que M. l'abbé de Saint-Jacut m'a donnée. Je la filerai et je partagerai avec vous.... > Mais ces paroles ne calment point la fureur des collecteurs. Ils éclatent en infures , et le pauvre peuple en soupirs et en sanglots.

Étonné de ce tumulte, le duc demande ce dont il s'agit. < Ces gens font les mendiants, répondent les fiscaux, quand ils ont vendu le lait de leurs vaches, le chanvre de leur courtil et les œufs de leurs poules. — Leurs poules! exclame la veuve, comme frappée d'une idée subite. J'ai une poule aussi, moi! une poule qui ne donne pas d'œufs, mais qu'importe ! elle vaudra toujours bien deux deniers, i Et, pleine d'espérance, la vieille vole à sa chaumière. Elle reparaît bientôt portant \\ poule qui allait la soustraire à la violence de ces hommes barbares. Au même instant, le faucon que Geoffroy tenait sur son poing aperçoit la volatile , s'élance , l'enlève et la dépèce dans les airs.

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La pauvre femme laisse échapper des cris de désespoir que couvrent les joyeux éclats de rire du duc et de sa suite. Voyant cette gaité insultante qu'inspire son malheur, la veuve sent s'éteindre en son àme le désespoir affreux qui la torturait un instant auparavant, et elle se laisse aller à une haine violente, à une soif de vengeance qu'on ne saurait peindre. Elle accueille en souriant la pensée horrible que cette haine , ce désir de vengeance font naître en son cœur, et, sortant précipitamment du village , elle va se blottir derrière une charmille.

Peu d'heures après, Geoffroy passait devant le buisson en insultant encore par ses paroles et ses rires au souvenir de la malheureuse. Celle-ci, animée par une aveugle colère , saisit une pierre, la jette au duc en murmurant : « Ma poule noire ! Ah! puisses-tu la suivre dans les enfers !... >

Nos Bretons pensaient que les chiens noirs, les chats noirs , les poules noires étaient animés par le démon. Dans quelques cantons, ils le croient encore.

Cependant le duc, la tète ensanglantée , roule dans la poussière.... Ses gens épouvantés s'empressent autour de lui. 11 donne encore quelques signes de vie, mais des flots de sang s'échappent de sa large blessure. Il expire vers le soir, après s'être réconcilié avec le Dieu dont la justice et la miséricorde sont également infinies.

AiAiM ▼ ( ia09-104# ). QamMM II ( 104#-1«66 ). — HObl ▼

Le fils ataé de Geoffroy, Alain V» encore mineur à la mort de son père» monta sur le trône ducal au milieu des cris séditieux qui retentissaient dans la Bretagne et des incendies qui éclataient de toutes parts. C'étaient c les rustiques qui , s'étant assemblés en inumérable multitude, couraient sus aux seigneurs et gentilshommes, brûlant leurs villes, chasteaux et manoirs, les mettant ù mort, eux, leurs femmes, enfants et domestiques. >

Le droit de joyeuse advenue imposé par Geoffroy était la cause de ce soulèvement général. L'histoire de lu veuve, meurtrière du dernier duc, était dans toutes les bouches, et la haine pour les souverains dans tous les cœurs.

Les ravages des révoltés durèrent plusieurs années.

Enfin , après deux ans de deuil et de larmes , la duchesse Havoise prit le gouvernement de la Bretagne au nom de son fils.

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