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Effrayée d'une telle rébellion , elle fit promptemeut monter le jeune Alain à cheval, et, bien qu'il ne f&t pas encore en état de porter les armes, elle l'envoya à la tête de sa noblesse contre cette < révoltée, laquelle fut bien si ozée que d'attendre l'armée ducale et lui rendit bataille en rase campagne ; mais ce fut à leur confusion; car c'étaient gens ramassez qui ne tenaient ny rang ny ordre, et ne se fiaient qu'en leur effroyable multitude , laquelle néanmoins, le duc aidé de sa noblesse , dès le premier choc mist en fuite et en fit un grand carnage; ceux qui furent pris furent punis exemplairement. »
En 1024, une nouvelle révolte éclata : Judicaêl, fils de Conan le Tors , disputa la couronne ducale à son neveu par la force des armes ; mais homme craintif, sans courage et sans expérience militaire, il était peu redoutable. Sa première action fut d'aller s'enfermer au château de Malestroit, en attendant qiie ses partisans le rejoignissent et surtout dans la crainte d'être surpris. Alain vint l'y assiéger. Aussi pieux chrétien que brave guerrier, docile aux sages leçons de son gouverneur Hamon, le jeune prince implora, avant la bataille, le Dieu des armées, et, pour mettre le ciel dans ses intérêts, bien que la justice de sa ciiuse d&t lui donner toute espérance de succès , il envoya à l'abbé de Saint-Méen les sommes nécessaires pour le rétablissement de son monastère. Le Seigneur bénit celui qui avait compris que lui seul peut donner la victoire : Malestroit fut pris, et la mort de Judicaêl laissa bientôt notre duc tranquille possesseur de ses États.
L'abbaye de Gaêl retentit alors des chants de triomphe, et les actions de gi*dces du pieux Alain s'élevèrent comme un pur encens du pied des autels jusqu'au trône de la Divinité.
Les années qui suivirent furent encore troublées par la révolte de quelques seigneurs. L'un des plus puissants et des moins soumis était Alain Cagnart, comte de Cornouailles. Alain le vainquit, s'empara de ses forteresses et l'obligea à aller cher-
cher an refuge aaprès d'Odoa, comte de Chartres et de Blois.
Le duc de Bretagne n'avait pas oublié non pins que le comte d'Anjou était l'ennemi juré de sa maison. 11 saisit donc avec empressement l'occasion de lui faire sentir le poids de sa ven* geance. Foulques avait usurpé quelques terres sur le comte du Mans; Alain marcha contre lui, l'assiégea dans son château de Lude et le força de restituer ce qu'il avait pris.
Pendant cette guerre , notre jeune dflc connut la charmante Berthe, fille de ce même Odon qui avait accueilli Alain Cagnart. Les grâces de la vertu et de la beauté paraient l'aimable enfant, qui entrait à peine dans sa quatorzième année. Alain la demanda à son père avec instance; il ne put l'obtenir et se retira désolé. Déjà il touchait les murs de Rennes quand on vint lui annoncer que le comte de Cornouailles l'attendait non loin du camp, près d'une litière fermée. 11 hésita d'abord à approcher de son ennemi : il craignait une vengeance ; mais après quelques minutes de réflexion, animé des plus nobles sentiments, il se confia à la loyauté du guerrier et parut sans armes devant lui.
Cagnart se prosterna en apercevant le prince breton, c Duc Alain, lui dit-il, tu m'as ravi mes États ; c'est par toi que je suis proscrit. Je suis ton ennemi. Mais juge par ce que je fais aujourd'hui de ce que je ferais, si j'étais ton ami ! lEn même temps il ouvrit la litière , et le duc y aperçut la jeune Berthe. Sa première pensée fut donnée à la reconnaissance; il se jeta dans les bras du rebelle, puis aux pieds de la jeune princesse, qu'il emmena aussitôt â Rennes, où les noces furent célébrées avec une magnificence extraordinaire.
Odon avait consenti à l'enlèvement de sa fille. La beauté de la jeune Berthe, ses charmes, son heureux caractère , ses qualités précieuses en avaient (ait c le digne objet des vœux des plus grauds seigneurs de France, t Robert , assis alors sur le trône des lis, s'attachait tour à tour ses grands vassaux, en leur promettant sa protection auprès du comte de Blois ; aussi avait-il
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foit jurer à celui-ci de ne pas marier sa ûlle sans son consentement. Odon n'avait donc pu accéder à la pressante demande d'Alain , mais il le regrettait sincèrement et il gémissait en son àme de ce que son enfant bien-aimée deviendrait la récompense du courage ou peut-être de l'injustice et du crime. Cagnart lui fit les mêmes observations et lui proposa un enlèvement simulé. Berthe, consultée, consentit avec joie à porter le titre de du-» chesse de Bretagne, et tout s'accomplit, comme nous l'avons vu, au grand contentement d'Alain.
Inutile de dire que Cagnart rentra dans toutes les terres qtii avaient formé son héritage. H remercia Dieu en fondant l'abbaye de Sainte-Croix et en donnant à ce nouveau monastère la propriété de Belle-Isle.
La paix ne fut pas de longue durée en Bretagne : Gauttiei" et Budic recommencèrent à Nantes leurs indignes et scandaleuses querelles, et leurs coinbats sanglants entraînèrent à leiir suite quelques seigneurs égarés par Tambition et une multitude avide de pillage et de sang. Lanfranc, archevêque de Dol, homme dé sens et de sagesse, parvint, par des paroles que dictait la charité chrétienne, à apaiser les deux rivaux et à leur faire comprendre que si Dieu a établi des princes dans son Église et dés grands parmi son peuple, d'est afin que ces princes et ces grands s'unissent pour le bonheur de ceux qui leur sont confiés. La i^écbnciliation de Gaultier et de Budic pacifia les provinces soulevées ; les paysans, n'ayant plus de chefs, rentrèrent dans leurs foyéi^, et \ik Btetagnc respira un moment.
Peu après , Robert , duc de Normandie , réclama d'Alain V l'hommage de ses terres, hommage rendu autrefois par Charles lé Simple à Rollon le Marcheur, c Mais, dit un historien, c'était le prétexte qde saisissaient lés princes normàilds d'hntiièur belliqueuse, quand, fatigués de leurs éternelles parties de chasse et avides d'émotions nouvelles , ils voulaient transporter len^s tedtes sur le territoire voisin et diriger
leurs javelots sur des hommes, h défaut de bétes fauves, t Les troupes de Robert le Diable ravagèrent le pays de Dol ; les Bretons usèrent de représailles dans celui d'Avranches. Les Normands furent les plus forts.... Mais écoutons une vieille chronique normande pour connaître Tissue de cette guerre.
« Le duc Robert subjugua Alain , duc de Bretagne , son cousin , qui ne vouloit pas lui faire hommage, et puis après Robert, l'archevêque de Rouen, leur oncle, en fis! la paix, par telle que le duc Alain fist hommage par parage de la duchié de Bretagne comme avoient iaict ses antécesseurs. » Cette réconciliation, qui eut lieu au mont Saint-Michel, fut sincère et parfaite. Depuis, les deux princes vécurent dans Tunion et se donnèrent les plus grandes preuves de confiance et d'amitié.
En 1034 , la prudente Ilavoise alla rejoindre dans la tombe son époux Gcofi'roy. Ses dernières années avaient été marquées par sa libéralité pour les églises ; elle avait entre autres légué ù l'abbaye de Saint-Georges, fondée par Alain pour sa sœur Adèle, dégoûtée des vanités du monde , la plus grande partie des terres que le feu duc lui avait données eu présent de noces.
Ce mot de préseut de noces nous rappel!e un des plus gra* cieux usages de notre vieille Armorique. Dès les temps les plus reculés, le mari taisait à son épouse, le lendemain même de son mariage et avant de quitter le lit nuptial, un don que nos bons Bretons nommaient enep-gwerc'h. Si un jour les deux époux se séparaient pour quelque cause que ce fut ou si d'avides créanciers envahissaient les biens, le présent de noces était toigours respecté et conservé a l'épouse.
Tant qu'avait vécu la duchesse Havoise, ses fils s'étaient montrés soumis et respectueux envers elle et unis entre eux ; mais ù peine eut-elle fermé les yeux, que la jalousie les sépara. Eudon , le cadet , avait reçu en apanage les pays de Dol , de Saint-Malo, de Tréguier et de Saint-Brieuc; Alain n'avait eu que Vannes et Rennes, avec la propriété des grandes villes qui étaient
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sur le territoire de son frère et la suzeraiceté sur le tout. De mauvais conseils ; l'amour de Tindépendance armèrent Eudon contre le duc. D'abord vaincu à Dol , îl allait se renfermer à Saint-Brieuc et tenter encore une fois le sort des combats, quand l'évéque de Vannes , Judicaél , essaya par ses douces paroles de ramener l'obéissance dans le cœur du jeune fils de Geoffroy et d'éteindre la haine et la vengeance qui dévoraient pour un moment celui d'Alain. Il y réussit. Vainqueur généreux, le duc oublia l'injure de son frère et ne le punit pas d'avoir levé contre son suzerain l'étendard de la révolte. Mais si cette réconciliation fut sincère, si l'union qui régna entre les deux frères fut dès lors parfaite, ce partage funeste de la Bretagne n'en fut pas moins le signal de cinq cents ans de guerre civile. Eudon, tige de la grande maison de Penthièvre , transmit à ses enfants cette jalousie infernale qui ensanglanta le pays jusqu'au xiir siècle.
A cette époque, la terre sainte voyait chaque année de nombreux pèlerins venir implorer dans les lieux consacrés par la naissance, la vie et la mort du Sauveur, la miséricorde infinie do Très-Haut. Gens du peuple, chevaliers, barons, prélats, souverains même se pressaient dans les murs de l'église du Saint* Sépulcre, rebâtie parles ordres de la mère du calife Hakem, qui était chrétienne et avait nom Marie.
Le pèlerinage, c'était l'expiation ordinaire des plus horribles crimes. Que d'assassins vinrent, au xi« siècle, déposer sur le tombeau de Jérusalem une épée souillée, se purifier dans les eaux du Jourdain et gravir la sainte montagne pour recueillir les dernières gouttes du sang précieux qui avait arrosé le Calvaire! Dans le siècle suivant, nous verrons le repentir, l'ambition, la gloire guider de valeureux guerriersdans les plaines de Bethléem et dans les murs de l'antique Joppé.
On disaif, et l'histoire peut donner quelque créance à ces bruits, on disait que Robert le Diable avait empoisonné son
frère Richard III. Quoi qu'il en soit» poussé par le remords ou la dévotion, le duc de Normandie manda Robert » son oncle, 4 archevesque de Rouen, et les autres prélats de la duchié de Xorthmandie et tous les barons et princes de la dicte duchié , et leur dit qu'il vouloit asler au saint sépulcre d'oultre-mer en pèlerinage pour le salut de son âme. « Sire, répondirent iceulx, c ce ne ferez-vous pas. Qui nous garderoit et nous gouvernec roit? Vous n'avez nul hoir de votre char issu. Si savez comme
< Alain, le duc de Bretaigne, est votre plus prochain de li-
< gnage. Si vous merez, nous sommes perdus.... » Mais Robert leur montra un fils qui lui était né de Harlette de Falaise et qui comptait à peine huit ans. c Sur ma part de paradis, il sera mon hoir, s'éc^ia-t-il , et vecy Alain, comte de Bretaigne, qui gouvernera et sera sénéchal de la duchié tant que Guillaume mon fi!s ne sera en eage. > Les grands et seigneurs se réjouirent et rf^connurent l'enfant pour leur prince avec des serments inviolables.
Et c'<était à un vassal, à ce duc de Bretagne, à cet Alain qui un jour avait refusé Tbommage et avait combattu son suzerain ; c'était à c ce plus prochain de lignage » que Robert le Diable confiait deux dép6ts sacrés, son enfant et son duché!... Nous ne savons ce que nous devons le plus admirer de la noblesse de la confiance ou de celle de la fidélité. Robert partit avec unft brillante escorte. Quand il fut au vénérable sépulcre, rapporte la chronique, qui pourrait dire de quels torrents de larmes il Tarrosa durant huit jours consécutifs et combien de présents eu or il entassa sur cette tombe? Il mourut à Nicée en revenant en Europe.
Pendant ce temps , Alain gouvernait la Normandie comme si c'eût été son héritage et veillait sur Guillaume comme si l'eufant de Harlette eut été son propre fils. A la nouvelle de la mort de Robert le Diable , les grands de Normandie se révoltèrent. Alain entra dans le duché avec dés forces imposantes. Il aurait