‹ Les ducs de BretagneChapitre 40 sur 42 · FRANÇOIS II · texte numérisé non relu

FRANÇOIS II

rappelèrent en vaio à la dame de Beaujeu les conventions de Ghiteaubriant ; elle ne s'en empara pas moins de Moncontour» deQuinliUyde Clisson, de Vitré, d'Anray, de Saint-Aubin-du* Cormier, etc. Les grands, au désespoir c d'avoir vendu la patrie au poids do leur orgueil t, quittèrent la malheureuse alliance qu'ils avaient contractée et se jetèrent aux pieds de François II, dont ils commençaient ik comprendre les bonnes intentions. Le bon mais trop faible duc leur pardonna leurs révoltes inces* santés et les réunit contre Tennemi commun. Il n'était plus temps, bien que les troupes des princes ligués eussent repris Vannes, que le sire d'Albret amenût plus de 4,000 hommes en échange delà promesse de la main de la jeune héritière, que Maximilien envoyât 400 hommes et que lord Scales débarquât enfin sur nos côtes armoricaines à la tête de 800 archers anglais.

La régente, ayant (ait déclarer Louis d'Orléans et François H traîtres et criminels de lèse-majesté, envoya en Bretagne, dès le printemps de 1488, Louis de la Trémoille avec i2,000 hommes et une artillerie nombreuse. Chûteaubriant , Ancenis et Fougères tombèrent sous les coups de l'habile général , et les deux armées se rencontrèrent, le 25 juillet, dans les plaines de Saînt- Aubin-du-Cormier. Le soupçon , la jalousie , la discorde étaient au camp des Bretons, et principalement entre le sire Alain d'Albret, fatigué de réclamer vainement la main delà jeune Anne, et le duc d'Orléans qui appuyait de tout son pouvoir la demande du prétendant Maximilien. Le premier choc fut terrible et parut favorable à l'ost de François 11 , mais, quelques heurcfs plus tard, la cavalerie avait pris la fuite en laissant l'infanterie, au milieu de laquelle t boutoient â pied t les princes d'Orléans et d'Orange pour démentir un faux bruit de défection qui courait sur eux, laissant l'infanterie exposée au fpu meurtrier <tes Finançais, et plus de 4,000 Bretons gisaient sur le champ de bataille.

300 LBS DUCS DE BRBTAGNE.

Louis d'Orléans , Jean de Ghâlons et une foirie ^e seigneurs de Bretagne furent faits prisonniers. Le soir, ils s'assirent à la table du vainqueur. An dessert, la Trémoille fit entrer deux franciscains, c Messeigneurs, dit-il aux princes, je n'ai pas puissance sur vous, et l'eussé-je, je ne l'exercerais pas; je renvoie votre jugement au roi ; quant à vous , chevaliers, qui avez violé vos serments et commis le crime de lèse-majesté, vous allez mourir. > Les supplications et les larmes n'eurent aucun effet : la Trémoille, ne leur laissant que le temps de se confesser, lear fit trancher la tête en vertu d'une sentence du parlement de Charles VIfi.

Du champ de bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, le général fit sommer la ville de Hennés de se rendre, < sous peine de punition telle, qu'il en seroît mémoire et exemple. > Cet ordre n'intimida pas les fiers bourgeois de la bonne ville brette. Ils s'assemblèrent et chargèrent le chanoine Jean le Vayer, Plessis Balisson et Jacques Bouchard de porter à l'orgueilleux vainqueur leur noble réponse.

Leurs paroles nous ont semblé si sublimes, si profondément empreintes d'héroïsme et de piété, que nous nous faisons un devoir de les mettre sous les yeux de nos jeunes lecteurs, persuadé qu'ils paieront comme nous un juste tribut d'admiration à ces derniers défenseurs de l'indépendance armoricaine :

c Ne pensez pas que vous soyez desja seigneurs de Bretaigne, et que vous ayez aussi facilement le surplus. Vous devez tout premièrement considérer que le roy n'a aucun droict en cesto duché. Vous savez comment il en printau roy Philippe de Valois à Crécy, en 1316, quand luy, qui accompagné estoit de cent mille hommes, fust défaict par dix mil Anglois, et aussi au noy Jdian, près Poictiers, où les François, par leur fierté, perdirent leur roy. Vous autres François ferez assés d'entreprinses de guerre et de bataille tant qu'il vous plaira ; mais celui qui sans fin règne là sus donne les victoires. Ne vous en attribuez

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