ALAIN V, CONAN II, HOEL V
jaloux de ses droits et de son honneur, reconnaissant et fidèle en sa parole.
Le fils de Robert le Diable n'ayant rien à redouter du successeur de Conan II , Hoêl Y , gendre d'Alain Y et comte de Nantes et de Comouailles , qui ne cherchait qu'à se faire des amis, lui demanda aide et assistance, lui taisant dire : c Si , par grâce de Dieu, je parviens à recouvrer mon royaume d'Angleterre , j'aurai obligation et perpétuelle amitié à ceux par le moyen desquels j'y serai arrivé, et mettrai toute ma peine à secourir mes amis qui m'auront donné aide en mon besoin, i
Les Bretons , que Guillaume de Poitou nous représente comme toujours prêts au combat et au pillage , s'élancèrent en foule sous les bannières normandes. Alain-Fergent lui-même, fils du nouveau duc et héritier présomptif du duché , commanda une bataille de Bretons , et sous ses ordres marchèrent le comte de Porhoêt , les sires de Fougères , de Penthièvre , de Château- Giron , de Dinan » de Gaél , de Lohéac , Alain le Roux , Alain le Noir et Etienne de Brient, fils d'Eudon, comte de Bretagne, le vicomte de Léon , etc., etc.
Ce mot bataille de Brêiom a sans doute étonné nos jeunes lecteurs, et nous leur en devons l'explication. A cette époque , on désignait sous ce nom chaque corps d'armée : ainsi, une armée se divisait toujours en plusieurs batailles.
Tout le monde sait que la fameuse bataille d'Hastings rendit le Normand maître du royaume d'Angleterre. Le petit-fils du corroyeur de Falaise monta triomphant sur le tr6ne d'Edouard le Confesseur, trône où Harold n'avait (ait que passer, et partagea les terres de la conquête aux cheCs qui l'avaient aidé dans son entreprise. Les seigneurs de Penthièvre, qui s'étaient distingués dans l'action , reçurent des apanages considérables ; l'un d'eux, Alain le Roux, eut à lui seul le comté de Ricbemont, comprenant quatre ceal quaranlenleux fieb.
r»8 L£S DUCS DE BRETAGNE.
Après avoir assuré sa domination dans l'Ile, GuiUattme rqpassa sur le continent.
La Bretagne comprit que , le duc de Normandie devenu roi d'Angleterre y elle avait tout à craindre pour sa liberté, et elle chercha la moindre occasion <le nuire au conquérant. Aussi Hoél V accompagna-t-il au siège de la Flèche Foulques le l^echin, usurpateur du comté d'Anjou sur son frère Geoffroy le Barbu, et que Guillaume avait forcé à renoncer au comté du Maine. Celui-ci accourut à la tête de 60,000 chevaux. Peu effrayés d'une armée si nombreuse , Foulques et le duc de Bretagne passèrent le Loir et s'avancèrent à la rencontre des Normands, qui avaient rompu le pont qu'ils avaient jeté sur ia rivière, et montraient par là qu'ils voulaient vaincre ou mourir.
Les deux armées se rencontrèrent dans la Blanche Lande. Déjà leurs formidables colounes s'ébranlaient, déjà les joyeuses fanfares militaires donnaient le signal de l'attaque lorsqu'un cardinal et quelques moines se jetèrent entre les combattants en leur défendant, au nom de Dieu, de s'avancer davantage. Cet ordre fit sourire les hommes de guerre, et ils s'élancèrent les uns sur les autres avec plus de fureur encore. Mais au fier commandement, aux dures menaces avaient succédé les larmes et les prières , les guerriers s'arrêtèrent tout à coup. Les ministres du Seigneur étaient là agenouillés, les mains étendues, suppliant les chefs d'épargner le sang de leurs braves , de tirer l'épée pour une cause plus glorieuse , de ne laisser point massacrer les leurs pour des querelles enfantées par l'ambition!... Tous se rendirent à ces sages conseils. Foulques promit de céder le Maine à Robert, fils aîné du conquérant, à condition que le jeune prince lui ferait hommage du comté , et les deux armées se retirèrent sans avoir combattu.
Vainqueur de quelques seigneurs qui s'étaient soulevés contre lui, Hoël V refusa de reconnaître plus longtemps pour suzerain
alàim t, comau ii, hoei v. 88
l'orgneilleux roi d'Angleterre. Guillaume irrité accourut du fond de son nouvel empire et vinl camper devant Dol. Alain- F«irgent se jeta dans la place , qu'il défendit vaillamment pendant quarante jours. Au bout de ce temps, Philippe l'.roi de France, jaloux aussi d'ua vassal trop puissant, vint au secours de nos braves Bretons et torça Guillaume à lever le siège.
La Bretagne , agitée par les révoltes continuelles de ses seigneurs remuants et ambitieux, troublée sans cesse par ses incommodes voisins les Normands, n'était pas encore padfiée qnudHoél V isourot, en laisiant ses titres i ion Ib, la «Uisat jUaio-Fergeot.
< En Bretagne, un fils obéit toujours à son père et n'affecte jamais sur lui de supériorité , > avait dit le brave Alain-Fergent quand , à la mort de la ducbesse sa mère , il eût pu ceindre son front de la couronne ducale.
Ce mot n'était-il pas d'un bon augure ? n'annonçait-il pas enfin aux Bretons des années de paix et de prospérité ? Hélas !
si la gloire, si la piété même marquèrent le long règne du petit-fils d'Alain V, bien des maux aussi accablèrent le pauvre peuple.
L'avènement de ce prince au trône de ses ancêtres maternels fut inauguré par une victoire. Guillaume, ayant vu s'éloigner les troupes françaises, revint mettre le siège devant Dol. A peine eut-il assis son camp sous les murs de la ville, qu'il fit sommer les habitants de se rendre ; pour toute réponse , ceux-ci lui montrèrent leurs armes et lui annoncèrent qu'ils se défen-
ALA1N-FER6ENT. Gi
(Iraient jusqu'à la mort. Irrité de tant d'audace, étonné de ta résistance d'une poignée de Bretons, le vainqueur d'Harold jura qu'il ne quitterait point le pays avant d'avoir détruit cette c orgueilleuse bicoque. » Cette nouvelle se répandit dans toute la Bretagne avec la rapidité de l'éclair et jeta l'effroi dans tous les cœurs. Alain accourut au secours des assiégés. Le roi d'Angleterre» apprenant sa marche précipitée, s'enfuit en laissant un riche butin.
Soit crainte, soit estime, le premier capitaine du monde résolut de se faire un ami de notre nouveau duc. Il lui offrit donc sa fille Constance en mariage. Cette union aussi flatteuse qu'avantageuse pour le Breton fut célébrée à Caen l'année suivante. La jeune duchesse était aussi distinguée par sa vertu que par sa beauté et sa naissance ; elle aimait la paix, secourait le pauvre, défendait l'opprimé, c Son zèle ardent pour la justice lui causa la mort, assure un auteur anglais; les Bretons, trop déréglés pour souffrir longtemps une vertu si sévère , lui donnèrent du poison. »
Cependant la guerre civile continuait à déchirer la Bretagne. Geoffroy Boterel, fils aine du comte Eudon, était l'ennemi déclaré de Fergent. Celui-ci lo soumit d'abord par la prise de Rennes; mais sans cesse remuant, le prince recommença ses attaques, et la guerre ne fut réellement terminée que par sa mort arrivée en 1093.
Guillaume le Conquérant était descendu dans les caveaux de Caen en 1087, laissant trois fils. L'atné , Robert, lui avait succédé en Normandie; le second, Guillaume le Roux, occupait le trôoe d'Angleterre; quant au dernier, Henri, il ne possédait que 5,000 livres, avec lesquelles il avait acheté le Cotentin de son frère Robert. Les deux aines, toiyours en guerre l'un contre l'autre, se réunirent enfin; mais c'était pour dépouiller leur jeune frère, qui, ayant fortifié Coutances et Avranches, s'était retiré au mont Saint-Michel pour être plus près des Bretons, ses
fidèles alliés. Le Cotentîn tomba bientôt au pouvoir des usurpateurs» qui vinrent mettre le siège devant la dernière forteresse de rinfortuné Henri. Ahin-Fergent se distingua dans cette guerre. Secourir un ami malheureux, c'était pour lui un devoir. Mais que pouvaient faire nos Bretons contre les Normands et les Anglais réunis? Ils procurèrent du moins au prince assiégé une honorable retraite militaire ; Henri rendit la place à ses frères ,
à condition qu'il aurait la liberté de se retirer dans le Yexin avec sa suite ; ce qui lui fut accordé.
Quelque temps après, Alain contracta une nouvelle alliance au milieu des douceurs de la paix. L'aimable et pieuse Ermengarde d'Anjou , fille de Foulques le Rechin , comte d'Angers, et d'Hildegarde de Beaugenôy, et que notre bon légendaire Albert le Grand appelle bienheureuse , devint duchesse de Bretagne. • Cette princesse, dit la chronique, estoit d'une taille très-déliée; elle avoit le teint fort blanc, les yeux grands, la bouche de mesme ; ses habits, quoiqu'elle fit profession de piété, n'avoient rien qui ne répondit à la dignité qu'elle occupoit ; l'or et les pierreries brilloient dans sa coiffure; elle avoit la gorge nue, suivant la mode du temps ; elle portoit des colliers de prix, des chaînes d'or, des roses do diamants , des fourrures délicates , des étoffes rares. Mais si elle s'habilloit comme les autres dames pjur soutenir la dignité de son rang, elle leur apprenoit par sa conduite qu'il n'y a rien de grand que Disu et que tout le reste n'est rien. »
Le XP siècle, siècle de crimes, de désordres et de calamités , allait disparaître!...
Les crimes , nous en avons une idée par la loi célèbre rendue par l'Église en 1035 et connue sous le nom de paix de Dieu^ puis sous celui de tréce du Seigneur. Peut être semblait-on les autoriser, ces crimes, en défendant de tuer, de voler, etc., seulement pendant les jours consacrés chaque semaine à la mémoire