‹ Les ducs de Guise et leur époqueChapitre 28 sur 33 · II. V · texte numérisé non relu

II. V

Mt LES DUCS DE GUISE

des secours espagnols lui permissent de reprendre la campagne : il prétendit faire lever le siège de Dreux , osa s'attaquer de nouveau à Henri lY , et se fit battre à Ivry.

Il perdit dans ces campagnes sa réputation militaire.

« Mon cousin de Mayenne, disait Henri lY, est un

grand capitaine, mais je me lève plus matin que lyi. »

L'ardeur bouillante du jeune duc de Guise était plus nuisible encore au succès des armées de la Ligue que la paresse et la pesanteur du d.uc de Mayenne. Us prirent part l'un et l'autre à la campagne de Normandie, dans laquelle Alexandre Farnèse, duc de Parme , crut accabler Henri lY en prenant le commandement des troupes combinées de l'Espagne et de la Ligue. Mais le général de Philippe H dut faire plusieurs fois intervenir son autorité pour maintenir dans le devoir l'oncle comme le neveu. Pendant que Henri lY assiégait Rouen , « M. de Guyse demande permission de se jeter dans Rouen avec mille hommes, parce que Yillars, qui y commandoit, se vouloit rendre s'il n'avoit secours * » . Ainsi son père avait commencé sa réputation en sau* vant Poitiers, et son grand-père, Metz : mais Mayenne voulut délivrer Rouen lui-même, et il fallut que le duc de Parme leur fît défense de troubler ses opérations stratégiques. «M. de Mayenne donne journellement des mécontentements à ses serviteurs, principalement

* Tavanres, Mémoires y édit. Didier, p. 170.

ET LEUR ÉPOQUE. — 1589-1610. AOa

à M. de Guyse son neveu, qui se repentoît de l'estre venu trouver après sa sortie de prison, et qu'il n'étoit demeuré en Guienne, pour se faire chef de part, traictant de luy seul avec les Espagnols, comme MM. de Nemours et de Mercœur faisoient ' . »

Il est vrai que le jeune duc de Guise n'était pas heureux lorsqu'il avait un commandement. « Le Roy ayant sceu que M. de Guyse avec son escadron de cavalerie qu'il commandoit, comme ayant char(je de Tavant-garde du prince de Parme , estoit logé dan.^ un gros bourg, nommé Bures, il se résolut d'essayer à l'enlever. Il fut rendu peu de combat, la cavalerie n'ayant quasy songé qu'à fuyr, sauver le moule du pourpoint, et laisser la cornette verte et le bagage pour les gages *. »

La défaite fut plus sérieuse quelque temps après. On peut même dire que le duc de Guise décida la perte définitive des Espagnols en causant celle du seul général qui p&t tenir tète à Henri lY. Le duc de Guise occupait Yvetot, avec des troupes : le Roi s'upprocha presque seul de la ville, a II y entendit une merveilleuse rumeur de divers cris confus, ce qui luy fit discerner qu'il y avoit quelque désordre parmy ces genslà, duquel il falloit profiter. Il fit attaquer si furieusement ce quartier que le prince de Parme fut contraint

1 Tavaskes, Mémoires, p. 170.

* SuLLT, Économies royales, édit. Didier, p. 03.

d*y venir de sa personne '. » Parme rallia, avec le gros de son armée, les troupes en déroute que commandait Guise, et fut atteint, en couvrant leur retraite, d'une arquebusade au bras, dont il mourut au bout de quelques semaines.

Plus humiliant qu'une défaite était le refus d'un combat singulier. Ne pas répondre à un défi , c'était, à cette époque, renoncer à toute autorité sur les hommes; celui que déclina le jeune Charles de Guise était particulièrement insultant et public. Henri Unton^ ambassadeur d'Angleterre, lui écrivit : « Je vous dis qu'avez misérablement menti en mesdisant de ma souveraine 'et mentirez toujours quand vous taxerez son honneur, et croyez qu'elle ne peut estre taxée par la bouche d'un traistre et perfide à son Roy et à sa patrie, comme vous estes. Et sur ce, je vous deffie de vostre personne à la mienne, avec telles armes que vouidrez choisir, soit à pied ou à cheval. Si vous ne vous en resentez, je vous tiendrai et vous ferai tenir partout pour le plus meschant poltron et le plus coûart qui soit en France ^. »

L'appel était en bon français : le Balafré aurait bondi. Son fils se laissa répéter trois fois le défi. Il en fut tellement amoindri aux yeux des militaires que , l'année suivante, quand il se présenta à Reims, le sieur

1 Sully, Économies royales, p. 98.

^ Ms. Dupuy, vol. 33, fol. 27; document publié par Bouille, t. IV, p. 92.

de Rosne, que Mayenne avait créé maréchal de France avec Brissac et la Ghastre, refusa d*obéir à ses ordres, a M. de Bosne étoit lieutenant général de Champagne^ et commandoit à Beiras pour la Ligue. Le duc de Guise, allant en Champagne , y donna ses ordres, que Bosne ne se crut pas obligé de suivre. Étant Tun et l'autre à Beims, les disputes s'échaufFèrent tellement qu'en pleine place publique, le duc de Guise, poussé à bout de son insolence, lui passa son épée à travers du corps et le tua roide ' . »

Une telle aventure n'était pas propre à le réhabiUter; aussi n'eut-il bientôt plus d'autres partisans que plusieurs curés de Paris et les agents de TEspagne. C'est en Espagne qu'il plaça toutes ses chances en se posant comme prétendant à la main de la fille de Philippe II.

Philippe II crut le succès si bien assuré qu'il refusa une partie des sommes demandées par Mendoza pour acheter les députés des états généraux assemblés à Paris en 1593. Après avoir échoué dans sa tentative pour faire reconnaître sa fille comme reine u propriétaire » du royaume de France, il réussit à faire adopter^ le 20 juin, par les états un vœu ainsi conçu : « S'il plaisoit à Yostre Majesté Catholique avoir pour agréable le choix qui sera faict de Tung de nos princes pour estre roy, et l'honorer de tant pour le bien de la chrestienté et de ce royaume que de lui donner en mariage la sérénissime infante sa fille. »

1 Saibt-Simor, Mémoires, édit. Ghéruel, t. IX, p. 144.

C'étaient les termes mêmes dont' s'était servi Mayenne, qui écrivait à Philippe II : a S'il plaisoit à Sa Majesté avoir pour agréable le choix d'un prince François pour estre roy et lui donner en mariage madame l'infante, les Estats lui auroienf infinie obligation '. » Mais Mayenne, qui suivait cette combinaison pour son fils, était joué par Mendoza, dont le véritable candidat était le duc de Guise : ce jeune homme se faisait déjà appeler « Sire >« par sa mère et par ses gentilshommes. H tenait une sorte de cour, et « il n'y avoit fils de bonne mère qui ne l'allast saluer ' » . Il écrivait à Philippe II, le 4 août 1593 : u J'estimay estre de mon devoir de commencer mes premières actions par le vœu de submission et obéissance que je dois à Yostre Majesté et me rendre en cela vray successeur de mon père, qui n'a doubté de signaler de son sang les preuves de sa fidélité. J'ay depuis réglé le plus curieusement qu'il m'a esté possible, tous mes vœux et desseings à l'observation de vos commandements et de tout ce que j'ay estimé estre agréable à Yostre Majesté. De tout ce qui s'est passé sur la proposition d'une royauté, je me contenteray de confirmer et de renouveler à Yostre Majesté le tesmoignage de la fidélité et l'obéissance que j'employerai éternellement avec ma vie à l'exécution de ses commandements '. »

' Ms. Simancas, B. 75, pièce 43.

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