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refusa ses secours , bien qu'elle fïtt pauvre , malade, et encore assez amoureuse pour lui adresser ces vers ' :
Il 8*en va, ce cruel vainqueur i
Il s'en va plein de gloire, Il s*en va méprisant mon eœur,
Sa plus noble victoire.
Ses autres victoires, à la vérité , ne consistaient qu'en de maladroites intrigues. Après avoir échoué dans ses prétentions à la main de l'infante Glaire-Eugénie, il essaya vainement d'épouser la riche héritière des La Marck , qui apportait en dot la souveraineté de Sedan et de Bouillon. Henri IV la donna en mariage à un fidèle compagnon de ses vieilles guerres, le vicomte de Turenne. Il fit également épouser, malgré le duc de Guise, la jeune héritière du duché de Mercœur, nièce de la veuve de Henri III, à son petit César, l'un des enfants de Gabrielle d'Estrées, qu'il promut duc de Vendôme. Il eut même la satisfection de voir le plus ancien, le plus opiniâtre de ses ennemis, Philippe II, lui faire des avances pour qu'il se mariât avec l'infante Glaire-Eugénie. Philippe II ne pouvait perdre la pensée de faire de sa fille la reine de France; TEspagnol Nunez vint proposer de sa part cette union. Le choix du négociateur que Henri IV envoya à Madrid, pour répondre à ces offres, montre qu'il tenait peu à en assurer le succès; ce fut Fouquet de la Varenne,
1 Chatbaubuiakd, Vie de Rancé,
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ancien cuisinier de Marguerite de Valois, fort méprisé pour la nature des négociations dont il était ordinairement chargé '. L'infiante Claire-Eugénie fut réduite à épouser son cousin l'archiduc Albert d'Autriche; elle prit le nom d'infante Isabelle et devint gouyemante des Pays-Bas.
Les personnages du seizième siècle disparaissent promptement au seuil du suivant. La duchesse de Montpensier, Catherine de Guise , meurt en 1596, à quarante-cinq ans ; la veuve de Henri III s'éteint en 1601, à quarante-sept ans; Mayenne, devenu gouverneur d'Ile-de-France, mais assez assoupli par l'étiquette de cour pour n'être plus un embarras dans la nouvelle monarchie , meurt bientôt aussi. Les autres gouverneurs n'avaient plus les pouvoirs de ceux qui s'étaient accoutumés à être les souverains de leurs provinces depuis la mort de Henri II. Montmorency dans le Languedoc, d'Ép^non dans l'Angoumois, Longueville dans la Picardie, Nevers dans la Champagne , étaient dociles aux ordres de la cour et devenaient de simples agents de Sully pour assurer l'exact recouvrement des impôts et la réorganisation des rouages administratifs.
Le duc de Guise, aussi effacé qu'eux, se tenait dans son gouvernement de Provence, occupé surtout à excuser les fautes de ses frères, qui jouaient encore du
^ Pbukbïis, les Mariages espagnols, p. 8.
couteau comme aux beaux temps de la Ligue. L'un d'eux, qui se faisait appeler le prince de Joinville, frappa un jour de son poignard, dans le dos, le grand écuyery en sortant de la chambre du Roi. Il iut arrêté et dut présenter des excuses. On lui rendit la liberté, mais en le forçant de partir pour la Hongrie, afin d'exercer son ardeur contre les Turcs.
Il était clair que les Guises ne recouvreraient jamais leur influence, tant que se prolongerait le règne de Henri IV. Durant une minorité, au contraire, leurs chances pouvaient renaître. Malgré cet intérêt à avancer l'époque où le trône ne serait plus rempli que par une Florentine et un enfant, doit-on croire que le duc de Guise fut complice du mystérieux assassinat de Henri IV ? Dans les deux seules époques où la France ait rencontré une occasion d'agrandir ses destinées et de s'unir aux Flamands, aux deux instants où de formidables préparatifs semblaient annoncer une campagne victorieuse sous des généraux consommés, il est étrange qu'une main sauvage ait, par un coup brutal, arrêté notre fortune. Lorsque la grande guerre étudiée par Coligny fut empêchée par l'Allemand Behme, Henri de Guise se tenait derrière cet instrument gros* sier. Quand le grand dessein de Henri IV fut détruit par le couteau de Ravaillac, Charles de Guise avait-il préparé ou connu d'avance le coup? Ce qui est certain, c'est qu'il était prêt à en profiter. Il se trouva , comme par hasard, à cheval et bien accompagné sur le pas-
ET LEUR EPOQUE. — 1589-1610. Ml
sage dn duc d'Épernon, qui accourait de la fatale rue de la Ferronnerie au Louvre. Les deux ducs s'abordèrent, s'embrassèrent; tout le monde en fut étonne, excepté Goncini , le favori de la reine Marie de Médici, qui semblait avoir prévu, sinon amené toutes les conséquences de la catastrophe '. Le duc de Guise parada au milieu des rues, dès que le corps fut ramené au Louvre, « atissi prodigue de bonnetades au peuple de Paris, comme feu son père. Passant par la rue Saint- Honoré et y saluant tout le monde, une femme alla luy dire : — Nous n'avons que faire de tes salutations; celles de ta famille nous coustent trop cher ! ^ » Le temps était bien loin des entrées triomphales et des acclamations populaires. Guise se résigna à des satisfactions moins pompeuses ; il se fit donner, dès les premiers jours, par la Régente, « deux cent mille escus » •
^ Bazih, Histoire de France sous Louis XIII, t. I, p. 11 à 15. ^ L'EsTOiLB, Journal de Henri IV,