LK8 DUELLISTES
propose , avant d’aller plus loin dans celle alTaire, et je vousproinels qu'il sera le premier à s’excuser de ses torts envers vous, si vous consentez vous-même à vouloir les oublier.
— En ceCi , mon enfant, lit de Capaillan en devenant sérieux à son tour, pcrmel lez-moi de ne pas en entendre davantage. Vous ignorez, et c’est là voire excuse, ce que se doivent entre eux deux hommes qui ont le droit, l’un et l’autre, de s’honorer de leur race : il est gentilhomme, et je le suis aussi ; il m’a insulté, et je lui en demande réparation. Tenez, chère Héléna, oublions ce que vous venez de me dire, car il est impossible que le baron de Gernsbach consente à me donner des explications que d’ailleurs je n’accepterais pas. Quand un galant homme tel que lui insulte un galant homme tel que moi, ajouta le comte sur un ton qu'aujourd’hui nous qualifierions de théâtral, il se bat, et, croyez -moi, le baron m’a fait l’effet de ti'op bien s’entendre en matière d'honneur...
— Oh! oui, interrompit tout à coup Héléna, emportée par un profond sentiment d’admiration et de justice pour celui dont elle s’occupait avec tant de sollicitude; oui, c’est un brave et digne cœur, vous pouvez y croire.
Lecomte de Capaillan avait écoulé l’élan spontané de cet aveu avec un douloureux étonnement. Jusqu’alors il avait pu croire, d’après les événements de
la nuit passée, qu'IIéléna avait pour lui une préférence quelconque, préférence qui n’élait peut-être pas encore de l’amour, mais qui pouvait le devenir.
Il savait que le caprice ou la fantaisie, dont le cœur de chaque femme est plus ou moins tributaire, jteut, à un moment donné, y faire naître les plus grands enthousiasmes; pourquoi cet homme, à qui la bravoure avait créé une originalité, n’aurait-il pas pu croire, lui aussi, qu'il avait Hèdistinfjné^ ainsi qu’il le disait dans son langage du bon vieux temps, par cette femme que l’indifférence de ses amis lui avait abandonnée une nuit tout entière. Jusqu’à ce moment, disons-nous, il y avait cru; mais le cri du cœur d'IIéléna l’avait déroulé. Aussi, après un instant de silence, ce fut avec un accent de véritable amertun e que le comte lui dit ;
— Vous l’aimez donc bien, Héléna!
— Vous vous trompez, mon cher ami, répondit la danseuse; et comme si elle eût voulu donner une double preuve par une nouvelle affirmation, elle ajouta :
— Je ne l’aime pas, je ne l’ai jamais aimé, mais je l’estime comme il mérite de l’être...
Capaillan éprouva un mouvement de ravissement.
— Et lui? demanda-t-il.
— Lui, fit Héléna, ab! lui, il m’adore, et cet amour fera son malheur comme depuis longtemps déjà