‹ Les duellistes Theodore de GraveChapitre 15 sur 22 · I-ES DUELLISTES · texte numérisé non relu

I-ES DUELLISTES

mais que, par respect pour la famille honorable à laquelle il aapparleiui, j’appellerai, moi, M. dellégusan ; il avait la particule, je crois devoir la lui conserver.

C’est donc vers lui que le comité voulait marcher.

En ce moment, le président élait absent. M. de Capaillan élait allé se reposer de ses dernières émotions, dans le château de ses pères^ sur le bassin d’Arcachon. Mais, avant de s'éloigner, il avait délégué ses pouvoirs au plus âgé de l'association, M. Évarisie Ealeyre, son ami et son compatriote.

Tout était disposé pour l’attaque. On procéda, selon la coutume, au tirage du champion. M. Aristide de Cameleyre, jeune homme de vingt-six ans à peu près, fut désigné pour se battre avec M. de llégusan.

Deux jours après, M. de Cameleyre élait mort.

Comme on le pense bien, de llégusan devenait chaque jour de plus en plus’ odieux; son œuvre de destruction ne s'arrêtait plus; mais depuis qu'un des membres de la Fraternelle avait succombé sous les coups du spadassin, sa mort avait été impitoyablement résolue, coûte que coûte, et un plan de vengeance fut dressé contre lui ; celle fois, de manière à l'alteindre sûrement.

Bientôt, tout fut prêt pour recommencer la partie, et l’on allait se mettre en campagne, lorsqu’un incident tout à fait inattendu vint jeter une certaine perturbation dans les combinaisons et les projets.

loi, nous raconlons siraplemeni, liistoriquemeni, guicl(5, pour ainsi dire, par le souvenir de plusieurs personnes encore vivantes. Yoici donc ce qui se passait :

Depuis quelques jours, il n’était bruit, dans Bordeaux, et malheureusement dans le département, que de la faillite que venait de faire Tune des plus anciennes et aussi l'une des plus honorables maisons de commerce de la place. La décontiture avait été, bien entendu, imprévue; ce qui fit que la nouvelle fut foudroyante pour le monde des alfaires, qui, d’un seul coup, pouvait compter sur une perte sèche de plus de dix millions. Or, dix niillions, à celle époque, c’était une somme.

Parmi les victimes de ce désastre financier, les maisons de banque de second ordre se trouvaient particulièrement atteintes, et plusieurs d’entre elles furent obligées, étant privées de leur&capitaux engloutis dans la faillite, de suspendre elles-mêmes leurs payements.

D'autres voulurent résister, et luttèrent avec opiniâtreté pour se tirer honorablement d’embarras, car un négociant se résigne difficilement, surtout en France, à cette extrémité terrible, qui équivaut à la pei1e de son honneur commercial. Il préfère presque toujours engager l’avenir des siens, recourir à scs amis, se dépouiller complètement, quitte à recommencer plus lard le dur labeur, plutôt que de voir son

LES DUELMSTES.

nom, jusqu'alors lionori!, aller grossir la liste des faillis, El, ce qui mallieureusonienl n'est pas l are, si cette situation lui est faite par la faute des tiers, il s’acharne et se défend contre ce coup du sort dont il est victime, sans en avoir provoqué la cause. Celle lutte, quoique souvent stérile, est souvent, à sas propres yeu\, la réhabilitation de sa conscience.

Telle était, je vous le certifie, h situation dans laquelle Se trouvait un honorable banquier, M, Monteil, depuis la faillite de la maison millionnaire.

M. Monteil, pour faire face à son crédit prêt à crouler, n’avait pas hésité ; il avait engagé les biens de sa famille, vidé tous ses tiroirs et vendu jusqu’au dernier diamant de sa femme. Mais une fois les sacrifices accomplis, et tous comptes faits, le malheureux vit, avec effroi, qu'il lui manquait encore cent mille francs pour que son nom restât intact dans la débâcle générale. Pendant cinq jours, dernier délai, il chercha vainement le moyen de se procurer celte somme.

Ces angoisses, ces luttes, l’avaient accablé : dans sa tète égarée, une seule pensée le soutenait ; pensée désespérée s’il en fut ; il songeait au suicide pour se soustraire à la honte.

Le matin du cinquième jour, il se donna jusqu'au soir pour trouver celle somme. Ce délai expiré, c'était cent mille francs ou un coup de pistolet. Une

dernière démarclie lui restait à faire : aller demander cette somme à un de ses anciens camarades d’enfance, et puis, suivant le résultat, agir comme il se l’était promis.

M. Monteil se rendit donc chez cet ami. Il lui expliqua sa situation, et en même temps, lui déclara la détermination extrême à laquelle il était décidé do recourir pour échapper au déshonneur.

— Écoute-moi bien, lui répondit son ami, je vais fairè tout ce qui me sera humainement possible de tenter pour le remettre cette somme aujourd’hui même; mais je ne réponds de rien, parce que la place est épuisée ; dans tous les cas, compte sur mon dévouement. Je te demande jusqu’à ce soir, huit heures, au plus lard. Si, d’ici là, lu n’as pas de mes nouvelles, c’est que tout ce qu’un honnête homme aura pu mettre en avant pour sauver un ami aura échoué.

— Merci, lui dit Monteil, en lui serrant la main, je l’attendrai jusqu’à huit heures.

— Passé cette heure... fit l’ami, sans continuer sa phrase.

Les deux négociants s’étaient compris. La mort de M. Monteil était, désormais, suspendue au résultat des démarches que son ami allait entreprendre pour le sauver.

Rentré chez lui, M. Monteil mit toutes ses affaires courantes en ordre; il écrivit quelques lettres, par

I,K!S DUKI-MSTES.

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