‹ Les duellistes Theodore de GraveChapitre 4 sur 22 · PRÉFACE. XXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXV

— C’est convenu, mon colonel, j’accepte.

— Ta femme consent?

— Elle consent.

— Soit. En ce cas, mon clier, bonne chance!

Deux jours après, un article terrible paraissait dans le journal. On en parlait dans tous les cercles politiques, et l’inévitable garde du corps se présentait gravement à la rédaction.

Il demanda l’auteur de l’article.

— C'est moi, monsieur, dit tout naturellement Vincent, qui prit son chapeau, sortit et reçut bravement un grand coup d’épée dans la poitrine. Son logement étant asso/, éloigné, on le porta à l’hôpital. Benjamin Constant allait le voir souvent, lui apportait de l’argent; le colonel venait causer à son chevet. On parlait des vieilles campagnes, des combats d’autrefois, du duel delà veille. Le blessé souriait et disait doucement :

— Bah ! le coffre est bon !

Il ne fut d’ailleurs pas long à guérir.

— J’ai été ébréché souvent, disait-il, mais les blessures ne prennent pas.

Le voilà sur pied, qui revient au bureau et reprend ses fonctions.

Le brave homme était à peine installé, que la satire la plus violente tombait comme grêle sur les hommes

XXVI l’RKFACK.

du gouvernement en général et les gardes du corps en particulier.

Assis dans un coin, sur une cliaisc, Vincent lisait justement ce beau morceau de style, lorsqu’un garde du corps entre au journal comme une bombe, tenant à la main le numéro du journal et l’agitant avec menace.

— Est-ce que vous demandez l’auteur de cette machine-là ? dit Vincent en se levant doucement. C’est moi !

— Eh bien ! monsieur...

— Je sais, je sais, fit le dragon.

On se rend sur le terrain. On se met on garde. A peine le fer est-il engagé, qu’à la première passe Vincent tombe sur les genoux avec une blessure au côté gauche.

— Allons! encore l’hôpital! se disait-il pcndantqu’on le transportait sur une façon de civière faite de branchages.

lîenjamin Constant était désolé, M. Jouy inquiet, le colonel furieux. On combla le pauvre Vincent.de cadeaux, de liqueurs, d’argent pour sa femme, de jouets pour les petits. Mais, quand il fut sur pied , on ne lui laissa pas longtemps attendre l’occasion de prendre sa revanche.

— Cette fois, dit le colonel en arrivant au bureau,

PRÉFACE

pas d’enfantillage! Une, deux, et ton homme tombe!

Ils vont te payer les trous faits à ta peau, hein?

Vincent souriait toujours, regardant ses souliers, qui maintenant étaient neufs et cirés. Au troisième article, il reçut un troisième coup d’épée.

Le colonel alla le voir aussitôt; il trouva le soldat tout pôle étendu dans son lit, mais les moustaches relevées toujours par son bon sourire.

— Ah çà, mais, sacrebleu , Vincent, qu’e.st-ce qu’il y a donc? fit M. de Y penses-tu? Quoi? Est-ce que tu as le poignet gâté maintenant? Comment, diable, des pékins comme ça! Tu le laisses enfiler comme une mauviette! Un vieux de la vieille!

— Ou’est-cc que vous voulez, mon colonel, répondit

le soldat simplement, héroïquement, j’ai des enfants, j’ai une femme, je n’ai pas d’état. Vous m’offrez celte place-là; je la prends. Mais il faut bien que vous le sachiez, mon colonel, moi, voyez-vous, j’ai accepté comme ça..., parce qu’après tout, c’est un état comme un autre... Mais des fleurets, est-ce que je connais ça?

Je ne sais pas tirer.

Voilà cette fois du vrai courage. Ce spadassinicide était une victime, rien de plus... Mais il faut bien vivre, et pour cela qu’importe de risquer de mourir!

Vincent et les gardes du corps m’ont entraîné loin du livre de M. Théodore de Grave. J’y reviens, et n’a-

PKÉKACE.

joule qu’un mot. Prenez ce livre. Je ne sais pas de lecture plus eiilruhianle que celle de ces récits enlevés 'laiement ou bravement, et où perce, sous l’ironie ou la passion du conteur, l’indignation de l’iiomme de cœur.

JC1.ES CtAnETIR.

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