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Que se pnssa-l-il dans la k'ie du inallieureit\? Nous rijrnoroiis; bref, lorsque le jeune couple fui à portée de la voix, Larilliére s’avança courtoisement, le cliapeau à la main, le sourire aux lèvres, de l'air d'un homme de bonne compa;’nic qui s’apprête à di'bitei un madrigal, et s’exprima ainsi :
— Pardon, lit-il au négociant ipii s’arrêta ainsi que sa femme, monsieur, je viens de parier avec mou ami, que j’ai riionneur de vous présenter (ici il décline les noms et qualités de l’ami), ([uej'eynhrasserai madame à votre bras... Le négociant devint blême.
— Après vous avoir donné un soulllet, ajouta le misérable, en dévisageant son interlocuteur.
De tels actes n’ont pas besoin de commentaires.
En pareil cas, me direz-vous, une rencontre devient inévitable. C’est vrai. El pourtant, où est la preuve que le droit et la raison soient respectés, puisque l’offensé a souvent moins de chance que l’olTensant? n’esl-ce pas le comble de l’injustice? Et l’équité ne voudrait-elle pas, au contraire, que les chances du combat fussent au moins égales? Sans compter qu’il n’est point établi du tout qu’un tort moral puisse être réparé par une’action purement physique comme le duel.
Néanmoins dans de telles circonstances, il fallait se battre, et l’on se battit en effet le lendemain ; ce duel est d’ailleurs resté célèbre entre tous.
CN HKROS SINISTRE. ’ ü
Il avait été convenu entre les quatre témoins que le combat aurait lieu au pistolet et que les deux adversaires pourraient échanger autant de balles que les circonstances l'exigeraient, c'est à-dire, jusqu’à ce que l’un d’eux soit mort ou mortellement blessé.
On était en hiver et il faisait un froid rigoureux; la tempcraturc était telle, qu'en plein air le duel devenait matériellement impossible; il fut donc décidé que la rencontre aurait lieu à couvert, et à cet effet on choisit, amère dérision, la salle de danse d'un vaste établissement public, ouvert seulement pendant l’été, qui portait le nom des Folies-Bojolay, et qui se trouvait situé à la campagne, à un kilomètre à peu près de Bordeaux.
A deux heures de l'après-midi, afin que tout soit terminé avant la nuit, les deux adversaires et les quatre témoins se trouvaient au rendez- vous. Aussitôt les armes furent chargées et l'on plaça les deux combattants face à face, à vingt pas de distance l’un de l’autre.
M. Castera, le jeune négociant qui avait été indignement outragé la veille par le comte de Larillière, n’entendait absolument rien en matière de duel, mais il était brave et résolu; aussi, loin de se laisser intimider par le regard foudroyant que venait de lui lancer son adversaire, il se campa au contraire fièrement devant lui, s'apprêta au combat avec un grand
calme et s’empara du pistolet que lui tendit le témoin sans manifester aucun sentiment de frayeur ou de cruauté.
M. de Larillière grimaçait son éternel sourire et paraissait plein de liaine.
Le hasard avait décidé que M. Oastera ferait feu le premier, mais il tira avant d’avoir eu le temps de viser, surpris, m’a-t-on dit, par la détente du pistolet qui était fort sensible. Naturellement il manqua son adversaire; sa balle était allée se loger dans la boiserie.
Alors il attendit froidement, les deux bras tombant le long du corps.
— A moi! dit Larillière, en visant tlegmatiquement le malheureux négociant, et le coup partit.
M. Castera était légèrement touché à l’oreille gauche. Il porta vivement la main à sa blessure, mais sans paraître autrement impressionné, il se retourna vers les témoins et leur dit simplement :
— Ce n’est rien, messieurs... veuillez s’il vous plaît recharger les armes.
Ce sang-froid touchait au sublime du courage.
Les témoins obéirent sans prononcer un seul mot ; à l’attitude des adversaires, les seconds devinaient que la moindre observation de leur part, pour arrêter ce combat à la première épreuve, ne pouvait avoir d’autres résultats que d’exaspérer ces deux hommes
UN HÉROS SINISTRE
désormais ennemis implacables; ils se turent donc tous les quatre et ils rechargèrent les pistolets en observant un silence glacial.
Quant aux deux adversaires, ils s’observaient l’un et l’autre avec une impassibilité sinistre, en attendant que les armes fussent prêtes pour recommencer.
Bientôt un témoin leur remit les pistolets et commanda le feu une deuxième fois; ce fut encore M. Cas^ tera qui tira le premier. Il visa lentement, fit feu, mais il manqua encore son ennemi.
Au même instant celui-ci abattit son arme; un sourire féroce passa sur ses lèvres, il lâcha la détente... la balle alla couper l’oreille droite de l’infortuné négociant, qui touima sur lui-même.
— Ce n’est rien, messieurs, rechargez les armes, dit ironiquement Larillière, en parodiant Castera , qui l’instant d’avant, après le premier essai, s’était en elTet adressé dans ces mêmes termes aux témoins.
— Oui, monsieur, on va recharger les armes, dit d’une voix calme, mais énergique le malheureux Castera, et cette fois, voulut-il ajouter...
— Cette fois, je ferai mouche, interrompit insolemment le duelliste.
Les- témoins s’interposèrent pour arrêter cette altercation.
Ils avaient "raison. Pendant le combat il n’est pas convenable que les adversaires s’adressent la parole.
Quelles que soient leurs internions, dans un pareil moment leurs observations ne peuvent qu’envenimer la querelle et le plus souvent créer de grandes complications.
Cependant les deux témoins de .Al. Castera s’étaient empressés auprès de leur client et voulurent arrêter le sang qui coulait avec abondance de ses deux blessures; il refusa d’accepter leurs soins. C’était un spectacle terrifiant. Cet homme était déjà mutilé. Il était couvert de sang des deux côtés du visage, et pourtant malgré la douleur qu’il ressentait il conservait la même attitude fière et calme, et il s’apprêta avec un grand sang-froid à la troisième épreuve.
Cette fois le comte de Larillière fut désigné par le sort pour tirer le premier.
En prenant le pistolet des mains du témoin, le misérable souriait; il abaissa son arme en souriant, et ce fut encore avec un sourire terrible qu’il dit en visant :
— Je vous ai prévenu, monsieur, que je voulais faire mouche...
.\u même instant le coup partit et M. Castera tomba foudroyé, un balle dans l’œil droit; la cervelle fracassée avait jailli en éclats jusque sur le mur auquel il était adossé ; quand on courut à son secours pour le relever, il était roide mort.
M. Castera, dont la mort héroïque est restée dans
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la mémoire de chacun comme l’exemple d'un grand courage, avait à peine vingt-sept ans ; il laissait une jeune veuve qui ôtait elle-même dans sa dix-neuvième année. La beauté de la jeune femme et le bonheur des deux époux, étaient les seules causes de l’acte infâme que venait de commettre le duelliste.
Ce môme Larillière se vantait d'avoir tué onze individus ; les blessés ne comptaient pas, car il s’ôtait battu une quarantaine de fois. 11 espénoit, disait-il, arriver bientôt à la douzaine et se reposer ensuite quelque temps, pour se faire la main à la nouvelle école du sabre de cavalerie, qui décidément laissait le vieux jeu derrière elle.
Mais, bâtons-nous de le dire, son vœu ne se réalisa pas, car il fut tué lui-même en duel, peu de jours après sa onzième et deimière victime, dans des conditions assez étranges pour valoir la peine d’être racontées.
C’était à Bordeaux, un soir de bal masqué. Au moment où commença la scène que nous allons tâcher de décrire dans toutes ses péripéties, et qui nous a été racontée longtemps après par un des assistants, de Larillière sc trouvait dans un café situé aux abords du Grand-Théâtre, où il avait l’habitude , en compagnie de quelques uns des siens, de se rendre chaque soir. Il était à peu près onze heures; notre duelliste se tenait pour le moment tout seul , auprès d’une