HENRI (I), SEIGNEUR DE MONT
chevalier.
Ebal de Mont {Yeblo de Monz) et son fils Henri ^ow{ nommés parmi les nombreux et importants témoins du traité fait le 14 des kal. de juillet 1226, entre Guillaume, évéque de Lausanne et Aymon, sire de Faucigny, au sujet de l'avouerie de l'église de Lausanne ^
Ce fut, en première ligne, en présence du sire Henri de Mont, chevalier, que le 12 avril 1237, Cuénet, seigneur de Genollier, reconnut ses torts envers la chartreuse d'Oujon, et promit de respecter désormais les propriétés de ce couvent^
* Inv. bleu, I, abbaye du Lac de Joux, N» 6.
' Cartulaire du chapitre de N. Dame de Lausanne, p. 52i.
' Cartulaire d'Oujon, N" 12.
HENRI (l), SEIGNEUR DE MONT. 25
On se rappelle qu'Henri, chevalier, fils du sire Ebal de iMont, approuva la donation faite au mois de novembre 1237, par Huges, miles d'Arnex et sa femme Alays, en faveur du couvent de Romainmotier, de la dîme de la vigne de Bougers. (Voir ci-devant, pag. 18.)
On se rappelle encore que ce fut, entre autres, du consentement de son fils Henri, que le sire Ebal de Mont fit, le 30 janvier de l'année 1237 de l'Incarnation (1238 n. st.), une donation en faveur de la chartreuse d'Oujon, pour un repas annuel ; donation que ses fils Henri et Ebal, seigneurs de Mont, avaient confirmée au mois de janvier de l'année 1247 (n. st.). (Voy. ci-devant, pag. 18 et 19.)
Au mois d'octobre de l'année 1250, Henri sire de Mont, du consentement de ses enfants: Ebal, Jean, Isabelle, Béatrice et Clémence et de leur mère Perretie, confirme, en faveur de la chartreuse d'Oujon, la pleine propriété d'une terre située dans la paroisse de Bursinel et procédée en partie des frères Hugues, Henri, Jacques, Jean et Anselme de Autecour {à' Râulecom). Il reçoit du couvent, en retour de cette confirmation, 100 sols, indépendamment de la promesse qu'il participera toujours aux prières de celui-ci. Les témoins de celte concession sont les chevaliers Hugues d'Arnai et Hugues du Bosson. Le sire Henri en scelle la charte, ainsi que son frère Rodolphe, chanoine de Lausanne et doyen d'Avenches, Guillaume, chapelain de Bursinel, et Guénet, seigneur de Genollier * .
L'année suivante, le sire Henri de Mont renouvela la même concession, en présence d'Aymon, évêqiie de Genève, qui en fit la notification'-.
' Carlulaire d'Oujon, N" 72.
* Ibidem, N» 73.
Une partie de la terre dont il est ici question avait été donnée, l'année précédente (1249), à la chartreuse d'Oujon, par Guénet, seigneur de Genollier, avec l'approbation d'Henri, sire de Mont, son seigneur K
Le chevalier Hugues de Bosson et le donzel Anselme de Bursinel, ayant fait donation en faveur de la maison d'Oujon, au mois de mars de l'an du Seigneur 1251 , d'une terre qu'ils possédaient en commun dans la paroisse de Bursinel, le sire Henri de Mont, à leur prière, garantit cette donation, dont il scella la charte'-.
Il ressort des circonstances que nous venons de rapporter que le sire Henri de Mont avait des droits de supériorité dans la paroisse de Bursinel.
Le même sire de Mont et Aymon, évêque de Genève, avaient apposé leurs sceaux à la confirmation faite dans l'année 1245, par Jean, donzel de Greilly, de la donation d'une mesure annuelle de vin jadis faite en faveur de la chartreuse d'Oujon, par la défunte dame Béatrice, fille du sire Louis de Mont, fondateur de la dite chartreuse ^
Le sire Ebal (I) de Mont, devenu moine dans l'abbaye de Bonmont, ayant demandé à ses fils de faire une certaine donation en faveur de ce couvent, ceux-ci satisfirent à ce désir. Le 15 juillet 1254, Henri, sire de Mont, du consentement de ses fils Ebal (111) et Jean, d'une part, et Rodolphe, chanoine de Lausanne et Ebal (H), chevalier, frères du prénommé Henri, d'autre part, donnèrent à
* CartuMre d'Oujon, N" 65.
* Ibidem, N» 78.
= Ibidem, N» 86.
HRNRI (l), SEIGNEUR DE MONT. ^27
l'abbaye précitée, à titre d'aumône, une vigne située à Bougez (Bougel)', cultivée par Luciane de Bougez , soit la moitié de son produit annuel, sous la condition qu'il seraitfait une pitance aux moines le jour de la fêtedeSle-Ca-
' Nous avons erroiiément interprété, selon toute apparence, BoiKjez, nom de localité, par Bougy, dans notre Mémoire sur les Dynastes d'Auhonne. (Voyez pag. 168 et 427, et pag. 32 et 291 de notre tirage spécial.) Ce dernier nom, qu'il s'agisse de Bougy-Saint-Martin ou de Bougy-Millon, s'écrit volontiers Bougye. dans les anciennes chartes latines. La donation du chevalier Guerric d'Aubonne en faveur du couvent de Bonmont, rapportée dans notre Mémoire et qui donne lieu à la présente note, ne concerne donc pas des droits de fief à Bougy, mais bien à Bougel. La grange de Bougel (Bougez) était située dans la seigneurie de Mont(-le-Grand), entre les deux affluents qui forment la petite rivière ou plutôt le ruisseau de Rupalai, descendant des hauteurs qui dominent la Côte. H y a eu anciennement un village dans cette contrée. Il est du moins fort à supposer que la « villa Balgedelco, » dans le comté Equestre, mentionnée dans la donation du prêtre Marin, en faveur du couventde Romainmotier, en l'année 996 [Les Uynasles de Grandson jusqu'au commencement du WW'^ siècle, pièces justificatives, No 3) ; la « villa Balgeello,» où Turumbert (d'Aubonne) donna, à une époque qui ne doit pas être fort éloignée de la précédente, des biens au même couvent [Les Dynastes d'Aubonne, pièces justificatives, N» 1) ; la « villa Balgehello, » dans le même comté Equestre, où Ponce, frère de Conon (de Mont), donna, en l'année 1052, au couvent précité, les biens patrimoniaux que son dit frère y avait possédés {Les premiers seigneurs de Mont, pièces justificatives, N» 4); et, enfin, le lieu de « Bargeelo, » nommé au commencement du Xll* siècle, avec celui de Bursins, comme étant des localités où Landri de Joux et son fils Amalric renoncent, en faveur du couvent de Romainmotier, à des prétentions qu'ils y élevaient sur des terres et des hommes (d'Estavayé, IHst. des sires de Joux, pag. 13); il est fort à supposer, disons-nous, que ces diverses localités ne sont autres que celle qui a porté plus tard le nom de Bougel. Nous avons appris, par une charte de l'évêque Arducius en faveur du couventde Bonmont, datée de l'année 1177, que Louis de Mont et sa femme Amblare avaient donné à cette maison religieuse les dîmes des vignes de Baugels et celles des champs que les religieux cultiveraient entre le ruisseau de Rupalai et un autre ruisseau découlant près de Buugels (voy. ci-devant, pag. 8). Etienne, fils de Marcon de Bière, donne au couvent de Bonmont, dans l'année 1189 de l'Incarnation, ce qu'il possède dans la proximité juxla) des vignes de Bal-
therine. Les donateurs remirent au couvent de Bonmont, par les mains de leur père, l'acte constatant leur donation, muni de leurs sceaux. On n'indique pas pour quelle raison
fiels, et, à une exception près, ce qui y relève de son lief, et cela avec l'approbation de Raimond de Saint-Saphorin, au fief duquel appartient la part de ce désert. Cette donation a lieu devant la porte de Bahjels. (Voy. Recherches sur les dynastes de Cosso7iay, etc., pièces justifi-'-atives, n" 8). On peut inférer des deux donations que nous venons d'indiquer, que les religieux de Bonmont mettaient alors en culture les terres incultes qui avoisinaient les vignes de Balgels et qu'ils y avaient établi une grange, mentionnée dans le *iècle suivant. Nous présumons que cette grange existait déjà lors des donations précitées, et que c'est à cet établissement agricole que s'applique la mention de la porte de Balgels, devant laquelle a lieu la donation d'Etienne de Bière. En était-il de même à l'égard de cette localité de Baugels, près de laquelle découlait un ruisseau rappelé dans la donation précitée de Louis de Mont et de son épouse? Ou bien y aurait-il eu encore à cette époque quelque village de Baugels? Il nous paraîtrait plutôt probable que déjà alors la (/ranje de l'abbaye de Bonmont avait remplacé l'ancienne villa qui avait existé dans cette contrée. Les Recherches sur le couvent de Romainmotier et ses possessions nous apprennent (pag. 117, noie 326, et pag. suivante, note 330) que le clos de Bougel appartenait à ce couvent, et nous avons rapporté, dans le présent Mémoire, la notification faite par Ebal (1), sire de Mont, sous Tannée 1237, de la donation faite par Hugues, miles d'Arnex et sa femme Alays, en faveur du couvent de Romainmotier, de la dîme de la vigne de Bougers, appelée par plusieurs clos de Bougers, appartenant à ce couvent. (Voir ci-devant, pag. 17.) Le couvent de Romainmotier possédait vraisemblablement ce clos en vertu des donations précédemment indiquées, faites en sa faveur « in villa Balgedelco, Balgeello, Balgehello et Bargeello. » L'auteur des Recherches sur le couvent de Romainmotier, etc., estime que cette possession du prédit couvent était située près de Bursins. Il pourrait s'être trompé sur ce point, quelque exact, du reste, qu'il ait été dans ses investigations. Nous croyons que ce clos était plutôt situé dans le vignoble de Bougel, probablement au-dessou« de la grange de ce nom. D'un autre côté, le couvent de Bonmont avait aussi des vignes dans le même vignoble. Lorsque, dans l'année 1284, Aymon de Prangins, sire de Nyon, confirma, en faveur de l'abbaye de Bonmont, une concession que le sire Guillaume de Prangins, son père, avait faite à ce monastère, il reçut de lui, en retour, deux chars de viii de Bougais, valant 10 livres et plus. {Recherches sur les dynastes de Cossonay,
HENRI (l), SEIGNEUR DE MONT. '29
celte aumône eut lieu du consentement de Jacques de Saint-Oyeri et de sa femme Jordane-.
etc., pag. 206.) Nous mentionnerons, plus loin, dans le présent Mémoire, une chaite émanée d'Ebal (III), sire de Mont, datée de l'année 1266, en faveur du couvent de Bonmont, dans laquelle la situation de la grange de Bougez- est clairement indiquée. Cette grange possédait, en 12oi, une prairie, dans la profonde, vallée (Prévondavaux), qui n'en était pas éloignée. [Recherches sur les dynastes de Cossonaij, etc., pièces justificatives, N* 57.) Le lief, sur le territoire de Bougel, était très divisé. Lorsque Louis de Mont et sa femme Amblare avaient donné au couvent de Bonmont les dîmes des vignes de Baugels et dans certaines limites celles des champs que les religieux cultiveraient dans ce lieu, Ebal de Grandson et son frère Jordan avalent approuvé cette donation qui relevait de leur fief, approbation que le dit Ebal avait donnée en présence, entre autres, de Pierre, sire de Prangins. {Recherches sur les dynastes de Cossonay, etc., pag. 21.) Nous avons rapporté précédemment que, dans l'année 1189, Etienne de Bière avait donné au monastère de Bonmont tout ce qu'il possédait dans la proximité des vignes de Ba/rye/s et ce qui y relevait de son fief (à une seule exception près), et que cette donation avait eu lieu avec l'approbation deRaimond de Saint-Saphorin, auquel appartenait, le fief sur cette part des terres incultes de ce lieu. La donation du prénommé Etienne de Bière avait été approuvée par Pierre, sire de Prangins et son fils Jean, qui y étaient sans doute intéressés à quelque titre. La dîme du clos de Bougers, donnée par Hugues, miles d'Arnex et son épouse, au couvent de Romainmotier, relevait du fief d'Ebal (I), sire de Mont, qui la tenait d'un autre seigneur. Enfin, le sire Guerric d'Aubonne, chevalier, avait aussi des droits de fief dans le territoire de Bougel, puisque, le 22 juillet 1256, il approuva la donation que Girard de Saint-Saphorin, du consentement de ses frères Vaucher et Guillaume, avait faite, à titre d'aumône, au couvent de Bonmont, de la vigne nommée Rivueri, dans le vignoble de Bougeai, laquelle mouvait du tlef du dit chevalier Guerric d'Aubonne. Celui-ci avait retu du donateur une compensation à l'égard de cette donation. {Les dynastes d'Aubonne, pièces justificatives, pag. 427, et pag. 291 de notre tirage spécial.) C'est ici le lieu de rappeler la donation faite en faveur du couvent de Romainmotier, par Turumbert, l'ancêtre de la maison d'Aubonne, de biens situés « in villa Balgeello. »
* Pièces justificatives, N" 2. Les sceaux d'Henri, seigneur de Mont et de ses frères Rodolphe et Ebal sont encore appendus à ce document. Celui du sire Henri représente un demi-lion et le sceau de son frère Ebal une croix latine. Le sceau du chanoine Rodolphe offre des figures de fantaisie.
Henri (I), sire de Mont, chevalier, paraît n'avoir plus été vivant au mois d'octobre 1256, date à laquelle on trouve son fils Ebal titré de seigneur des Monts.
Son épouse se nommait Perrette, on ignore à quelle famille elle appartenait. Perrette, épouse d'Henri, sire de Mont, ne vivait plus sous l'année 1266. (Voir plus loin.) On se rappelle qu'en 1250, Ebal, Jean, Isabelle, Béatrice et Clémence, enfants du sire Henri de Mont, et leur mère Perrette donnèrent leur consentement à une concession que leur père et mari faisait alors à la maison d'Oujon relativement à une terre située à Bursinel. Nous trouverons un troisième fils du sire Henri de Mont, nommé Rodolphe, mentionné sous l'année 1266, avec son frère Jean.
Ebal, le fils aîné du sire Henri de Mont, succéda à son père comme seigneur de Mont.
Jean, le second, voué à l'Eglise, fut chanoine de Lausanne, qualité sous laquelle il apparaît dans les années 1267 (cinquième jour après les Bordes) et 1269. A la première de ces dates il fut l'une des quatre cautions données par Guillaume de La-Sarra, trésorier de l'église de Lausanne, lorsque le chapitre de ce lieu lui remit à cens tout ce que feu le chanoine Othon de Grandson avait tenu du dit chapitre entre la Venoge et la Versoye. Les autres cautions du trésorier Guillaume de La-Sarra furent: Rodolphe de Mont, oncle du dit Jean, Guy de Montagny et Jacques de Gumoëns, tous chanoines de Lausanne'. Nous avons vu que le chanoine Jean de Mont fut, en 1269, l'un des exécuteurs du testament de son oncle, le chanoine Rodolphe de Mont. Il donna au chapitre de Lausanne, pour ce dernier (c'est-à-dire pour le remède de son âme) un
' Inv. vert, paquet 395, N" 3.
EBAL (m), SEIGNEUR DES MONTS. 31
demi-muid annuel de froment, mesure de Lausanne, assigné sur l'abergement de Vuillerme, dit de Aulecort (de Hautecourt). Le chanoine Jean de Mont n'était plus vivant au mois d'octobre 1293, date à laquelle son neveu Jean(I), sire des i\Ionts, en considération des honneurs et des bénéfices que son oncle Jean avait reçus de l'église de Lausanne et des bienfaits dont lui-même avait été l'objet de la part de son prédit oncle, fit une donation au chapitre de ce lieu, pour le remède de l'âme de son oncle précité. (Voir plus loin.)
Nous sommes sans lumières à l'égard de la destinée des filles d'Henri (I), sire de Monl.
CINQUIÈME DEGRÉ
ÉBAL (lïl), SEIGNEUR DES MONTS,
donzel.
Jusqu'ici nous n'avons pas trouvé les seigneurs de Mont en rapports avec le prince Pierre de Savoie, qui établissait alors sa domination dans le Pays de Vaud. Ebal de Mont devint le vassal de ce prince et partagea à cet égard le sort de la plupart des dynastes vaudois.
Le 9 octobre 1256, Ebal, sire des Monts {de Monlibus), fait cession à Pierre de Savoie d'une propriété nommée Bonne, située dans le voisinage de Genollier, et il la reprend de lui en fief.
* Pièces justijlvulives, N» 3.
S'a LES DYNASTES DE MONT.
Le manuscrit du commissaire Rebeur (dans nos archives cantonales) indique, sous l'année 1261, « des partages de Mont et RoUe faits par Ebal, sire de Mont, entre Henri etEbal, ses fils. » D'un autre côté, selon le Dictionnaire historique, etc., du canton de Vaud, article RoUe, la ville de ce nom devrait sa première fondation à deux seigneurs de Mont-le-Grand, oncle et neveu, nommés tous deux Ebal, qui devaient en bâtir chacun la moitié, en 1261, et la fermer de palissades, projet qui fut seulement réalisé plus tard.
Ces deux indications se rapportent sans doute au même fait. Nous ferons observer, à l'égard de celle du manuscrit Rebeur, qu'en l'année 1261, Ebal (I), sire de Mont, s'il vivait encore, était devenu depuis longtemps moine dans l'abbaye de Boumont; que son fils Henri (I), qui lui succéda, apparaît pour la dernière fois dans les documents en l'année 1254, et que deux années plus tard, ainsi que nous venons de le rapporter, Ebal (IH), fils du dit Henri, est titré de seigneur des Monts. Nous ne connaissons pas à la vérité de documents corroborant la citation du Dictionnaire historique, toutefois nous n'en admettons pas moins sa véracité, l'auteur de cet ouvrage ayant surtout puisé ses indications concernant Mont et Rolle dans la collection Sterki et les manuscrits du commissaire Lecoultre, deux sources qui ont généralement de la valeur. Dans ce cas, ces deux Ebal de Mont qui devaient bâtir, en 1261, la ville de Rolle, auraient été, l'un Ebal (II), coseigneur de Mont, chevalier, fils du sire Ebal (I), et l'autre son neveu Ebal (lU), seigneur des Monts, fils et successeur d'Henri (I). Nous supposerions que la part de l'oncle, dans l'emplacement que devait occuper la nouvelle ville de Rolle, aurait passé
EBAL (m), SEIGNEUR DES MONTS. 33
de lui, à litre de donation soit à un autre titre, au comte Pierre de Savoie, avec lequel le chevalier Ebal (II) des Monts paraît avoir eu des rapports, et aurait formé le noyau de la seigneurie de Rolle, après qu'un château-forl y eût été bâti. 11 est incontestable que le terrain sur lequel s'éleva la ville de ce nom, appartenait dans le principe, à la seigneurie des Monts.
Le 9 octobre 1265, Ebal, sire des Monts, renouvelle, en faveur du comte Pierre de Savoie, la cession qu'il lui a faite, neuf années auparavant, de sa propriété nommée Bonne, située sous Genollier. Il fait davantage, car il soumet son château des Monts à la domination de ce prince, avec l'obligation de faire la guerre et la paix pour lui. Le comte Pierre lui rend, à titre de fief, les biens qu'il lui a cédés*. C'est depuis lors que le château des Monts releva des comtes de Savoie.
L'année suivante (1266), le 31 mai, à Ghillon, le même Ebal, sire des Monts, fait une nouvelle cession au comte Pierre de Savoie, savoir celle de tous ses droits à (m) la grande dîme de Bière. Le comte Pierre investit /ean, fils du prénommé Ebal, de la dîme cédée, lequel lui prête hommage pour ce fief*.
Le sire Henri de Mont était mort depuis longtemps, lorsque, le 11 novembre de la prédite année 1266, son fils Ebal, seigneur de Mont, donzel, assigna en faveur du
* Pièces justificatives, N' S.
* Pièces justificatives, ^° 6. — Dans la même année 1266, Guy de Pontal- Mer {de Ponthaliie), chevalier, remet au prieuré de Sainte-Marie de Bière, de l'ordre de MoiUjoux, 4 muids de grains sur la grande dîme de Bière, mouvants du fief d'iblet de Mont. Cette remise a lieu en présence, entre autres, de Rodolphe de Mont, donzel. (Manusc. Rebeur.) Celui-ci était le frère d'Ebal, sire des Monts.
couvent de Bonmont deux journaux de terre, qui étaient sa propriété allodiale, pour acquitter le legs de son père Henri et de sa mère Perrette, en faveur du dit couvent, de 10 sols genevois annuels et d'un demi-muid de vin, à la mesure d'Aubonne. Le champ cédé valant davantage que le capital de la rente léguée, le sire Ebal reçut en retour 6 livres genevoises d'Humberl, abbé de Bonmont. Toutefois, il garantit le couvent de toute réclamation de la part de ses frères Jean et Rodolphe. Henri, évéque de Genève, apposa son sceau à l'acte de celte assignation*.
Dix années plus tard (1276, mars), Ebal, sire de Mont, du consentement de sa femme Alix, de ses fils .lean, Guillaume, Henri et Jacques et de sa fille Elisabeth, vend à CoDon, abbé de Bonmont, pour le prix de 46 livres de Genève, la vigne que tiennent de lui, à moitié fruits, les frères Humbert, Rodolphe et Guillaume du Crest, Robert, évêque élu de Genève, scelle l'acte de celle ventée On n'indique pas où la vigne vendue était située.
Dans la même année 1276, le 13 octobre, Ebal {Yblio),
' Inv. bleu, Bonmont, N" 1258, prov. Cette charte a été imprimée, avec quelques lacunes, dans le tome XIV des Mém. et Doc. publiés par la Société d'histoire et (Varchéol. de Genève, N" 102, pag. 92. On apprend, en outre, par ce document, les circonstances suivantes : Le sire Henri de Mont et son épouse Perrette avaient choisi leur sépulture dans l'église de Bonmont. Leur fils Ebal devait au couvent de ce lieu 9 deniers censuelspour le chésal de sa vieille grange d'Hautecour (Daiitracort). Les deux journaux de terre qu'il céda au dit couvent étaient situés sous Hautecourt (Aultracort). Enfin dans cette occasion, Ebal de Mont renonça en faveur du couvent de Bonmont aux prétentions qu'il élevait sur la part de la terre de Mortamulier, qui était située vers (apud) la grange de Bougez (de Bougel), entre les lieux ruisseaux de Rupalai (inter duos rivos de Ruppellaij), au-dessous du sentier tendant de la dite grange vers Hautecour.
* Mém. et Doc. cités à la note précédente, XIV, N" 160, pag. U7.
EBAL (m) SEIGNEUR DES MONTS. 35
sire des Monts, devint le vassal du couvent de Romainmotier, par suite de la transaction suivante : Du consentement de sa femme Alayde (Alix soit Alexie) et de ses enfants : Jean, Henri, Jaquet, Rodolphe, Isabelle et Agnès, il concède à Aymon, prieur de Romainmotier, agissant au nom de son couvent, à titre de vente et moyennant le prix de 30 livres de Genève, tout ce qu'il possède, soit ce que d'autres tiennent en son nom, dans les villages et territoires de Vitisije (Vincy), Gilly, Saint-Vincent, Bursins et Burtigny, en hommes, ténements et services, terres cultivées et incultes, bois, vignes, arbres, censés et avoueries, avec la seigneurie (la jurisdiction) sur tous les prédits biens. Cette vente comprend spécialement tout ce qui appartient au sire Ebal dans les forêts et vallées situées audessus de Gilly et dans la moitié du territoire de Champagny '. Le vendeur en excepte la grande dîme de Gilly et reconnaît avoir reçu du couvent de Romainmotier, à titre de fief, tout ce qu'il lui a vendu, avec la seigneurie sur les dits biens, sous réserve en faveur du dit couvent de la directe seigneurie soit de la mouvance de ceux-ci, et il prête hommage au prédit couvent à raison de ce fief. Gonon, abbé de Bonmont, scelle l'acte de cette transaction-.
La suzeraineté du couvent de Romainmotier était moins périlleuse pour le sire Ebal de Mont que celle des comtes de Savoie, à laquelle il avait dû se soumettre.
Ebal (y6/e<us)deMont,donzel, se trouve dans le nombre
' Champagny est un territoire situé entre Vincy et Bursinel. {Hechercheit sur le couvent (le Romainmotier, etc., pag. 592, note 3.)
» Pièces justificatives faisant suite au Cartulaire de Romainmotier, N» XI. (Dans le tom. HI des .1/em. et Doc. publiés par la Soc. d'hisl. de la Sui.<tse romande.)
des témoins de l'importante transaction, datée du 4 février 1278 (n. st.), par laquelle Léonette , dame de Gex, assujettit à fief, en faveur de la dauphine Béatrice , dame de Faucigny, fille du comte Pierre de Savoie, les alleux et les hommages qu'elle possédait dans les diocèses de Genève et de Lausanne*. La dame de Gex était la suzeraine du sire Ebal de Mont, le fief du château de Genollier étant nommé dans le nombre de ceux que la dite dame soumet à la mouvance de la prénommée Béatrice.
Une conséquence de cequ'Ebal, seigneur des Monts, était entré dans l'hommage du couvent de Romainmotier fut sans doute la circonstance que, lors d'une prononciation arbitrale rendue, le 6 juillet 1278, entre ce couvent et Girod Tavé (Tavelli) , citoyen de Genève, au sujet de censés, terres et vignes, à Bursins et à Gilly, prononciation aux termes de laquelle celle des deux parties qui ne l'observerait pas serait passible d'une amende de 100 livres, Ebal de Mont cautionna le prieur Aymon, de Romainmotier, pour la moitié de cette somme, soit pour 50 livres-.
Deux années après qu'Ebal, sire des Monts, fut devenu le vassal du couvent de Romainmotier, il entra aussi dans l'hommage du seigneur d'Aubonne, son voisin. Celui-ci était alors l'illustre Humbert, sire deThoireet de Villars^ On se rappelle que la seigneurie d'Aubonne avait été cé-
' Mém. et Doc. publiés par la Soc. d'histoire et d'archéologie de Genève, tom. VII, pag. 340. Aussi Mém. et Doc. publiés par la Soc. d'histoire de la Suisse romande, V, pag. 375.
* Cartulaire de Romainmotier, pag. 519.
' Humbert (III), sire de Thoire et de Villars et de bien d'autres lieux, mourut, selon l'historien Guichenon {Hist. de Bresse et de Bugey, etc.), vers la fin de l'année 1279. Ce serait donc à lui, et non à son fils et successeur Humbert (IV), qu'Ebal, sire des Monts, aurait prêté hommage.
EBAL (m), SEIGNEUR DES MONTS. 37
dée, dans l'année 4271 , avec d'autres terres encore, par la dauphine Béatrice, fille du comte Pierre de Savoie, à sa tante maternelle, Béatrice de Faucigny , dame de Thoire et de Villars, et à ses fils. Au mois de décembre de l'année 1278, Ebal, sire des Monts, prêta hommage lige au prénommé Humbert, sire de Thoire et de Villars, à cause du château d'Aubonne , et reconnut tenir de lui , outre des abergements à Bière, encore toute la jurisdiction et l'avouerie qu'il avait dans ce lieu et trois fiefs qui y étaient tenus de lui, savoir : l'un par Jean d'Echannens (d'Echandem), le second par Etienne et Guillaume, fils du sire Pierre de Bière, chevalier, sous deux hommages, et le troisième fief, qui comprenait le moulin (de Bière), par le sire Henri, mayor de Lausanne, chevalier. Le confessant reconnut encore des abergements à BéroUes et toute la jurisdiction qu'il avait dans ce lieu. Le sire Ebal des Monts reçut 67 livres de Genève du seigneur d'Aubonne pour cet assujettissement au fief de celui-ci \ Cette reconnaissance ne mentionne pas le village de Bougy-Millon, compris dans les hommages subséquents prêtés par les seigneurs des Monts à ceux d'Aubonne.
Le sire Ebal des Monts n'était plus vivant au mois de janvier 1284 (n. st.). En descendant dans la tombe il laissa à ses successeurs le poids de trois hommages nouveaux. Si le premier de ceux-ci, l'hommage dû au comte Pierre
' Pièces justificatives, N" 8. La grande dîme de Bière, cédée en 1266, par le sire Ebal des Monts, au comte Pierre de Savoie, et dont ce prince investit Jean, fils du dit Ebal, resta, supposons-nous, sous la mouvance des comtes de Savoie, quoique, dans les reconnaissances subséquentes des seigneurs de Mont en faveur de ceux d'Aubonne, ceux-là aient reconnu la généralité de ce qu'ils possédaient à Bière.
de Savoie et à ses successeurs, n'eût guère pu être évité, en était-i! de mênae à l'égard des deux autres ? Nous nous demandons si ce fut peut-être le besoin d'argent qui porta le sire Ebal à devenir le vassal du couvent de Romainmotier et celui du seigneur d'Aubonne. Nous verrons le sire Jean (I) des Monts ajouter de nouveaux suzerains à ceux qu'il avait hérités de son père. Antérieurement à ce dernier, on ne trouve chez les seigneurs de Mont aucune trace de vassalité, sauf envers les seigneurs de Grandson, à raison du fief auquel appartenaient les dîmes des vignes de Bougel données par Louis de Mont à l'abbaye de Bonmont, et sauf encore envers les seigneurs de Gex. Nous avons fait observer que l'on ne trouvait pas d'indications au sujet de la première de ces mouvances. Quant à la seconde, qui avait trait au château de Genollier, elle nous est révélée, pour la première fois, par une charte datée de Tannée 1210, et dont nous parlerons à l'article de Guy de Mont, seigneur de Genollier.
Le traité fait, le 6 août 1286, entre la dauphine Béatrice, dame de Faucigny, fille du comte Pierre de Savoie, d'une part, et Humbert, dauphin de Viennois et Anne, son épouse, fille de la dite Béatrice, d'autre part, applique une singulière épithète à Ebal, seigneur de Mont. Par une des dispositions de ce traité, la dauphine Béatrice cède, entre autres, à sa fille et à son gendre, «fidelitalem et hommagium liberorum oblili domini quondam de Mons ' . » Oblitus signifie souillé, couvert de boue , aussi oublié. Dans la bouche de Béatrice cette expression nous semble être un terme de mépris pour le seigneur de Mont. Nous en
* Valbonnais, Hist. de Dauphine, II, pag. 37 •
EBAL (m), SEIGNEUR DES MONTS. 39
inférons que dans les débats qui avaient eu lieu entre cette princesse et le comte Philippe de Savoie et de Bourgogne, au sujet des hommages acquis par le comte Pierre de Savoie dans le Pays de Vaud, que chacune des deux parties voulait s'attribuer, Ebal de Mont avait pris parti contre la dauphine Béatrice, et que de là provenait le peu de faveur dont son souvenir jouissait auprès d'elle.
Le nécrologe de l'abbaye de Bonmont indique Vobiit de deux Ebal, sires de Mont; l'un au 10 août, l'autre au 25 novembre. A cet anniversaire-ci il devait être fait une pitance dans le couvent, tandis que l'autre Ebal avait donné 40 sols (annuels) au couvent pour la célébration de son anniversaire. L'une de ces indications concerne sans doute Ebal (I) et l'autre son petit fils Ebal (III). Néanmoins elle pourrait aussi se rapporter à Ebal (II), oncle de ce dernier. Le même document indique au 13 septembre Vobiit de dame Elisia, dame des Monts, qui avait légué 30 sols annuels au couvent de Bonmont. Celle-ci est Alix, ou Alayde, aussi Alexie, épouse d'Ebal (III).
Les chartes de l'année 1276, mentionnées ci-dessus, nous ont fait connaître les noms des nombreux enfants du sire Ebal (III) de Mont. Nous les répétons ici :
Jean (I), successeur de son père comme seigneur de Mont
Guillaume.
Henri.
Jacques.
Rodolphe.
Elisabeth.
Isabelle et
Agnès.
De ces divers enfants du sire Ebal (III), on connaît seu-
lement la destinée de l'aîné. Elisabeth et Isabelle pourraient être la même personne*.