‹ Les dynastes de Mont, soit des Monts, seconde maisonChapitre 4 sur 37 · SIXIÈME DEGRÉ · texte numérisé non relu

SIXIÈME DEGRÉ

chevalier, bailli de Vaud.

Jean, fils aîné d'Ebal (III), seigneur des Monts, nous est apparu pour la première fois dans l'année 1266, lorsque son père ayant fait cession de la grande dîme de Bière au comte Pierre de Savoie, ce prince en investit le prédit Jean , qui lui prêta hommage pour ce fief. (Voir ci-devant, pag.33.)

Par un document écrit en langue française, daté du mois de janvier 1284- (n. st.), Jean de Mont (de Mons), écuyer, fils de feu Ebal (Helet), seigneur de Mont, fait savoir qu'il est l'homme lige du noble baron Jean de Chalon, seigneur d'Arlay, et qu'il tient de lui en fief sa maison de Mont% dans laquelle il doit le recevoir {recepter) à grande et à petite force, contre toutes personnes ; de plus, qu'il tient encore de lui cinq charges de sel, de rente, sur le puits de Salins. Jean de Mont réserve la feauté qu'il doit

• Selon un document daté de l'année 1338, la majeure partie du four banal de Perroy aurait été donnée au prieuré de ce lieu par Ebal, seigneur de Mont. (Tit. du baill. de Morges, ad N» 634.) De quel Ebal s'agit-il ici?

' Maison est ici, sans doute, synonyme de château. A cette époque, le château de Mont existait encore, puisqu'il soutint un siège peu d'années après. (Voir plus loin.)

JEAN (l), SEIGNEUR DES MONTS. A\

à Pierre de Joinville , seigneur de Gex , et à Pierre, seigneur de Champvent. Le reconnaissant fait sceller l'acte de cet hommage par Guillaume, évêque de Lausanne, et Henri, seigneur de Joux'.

Ces cinq charges de sel, de rente, concédées sans doute par le sire d'Arlay, nous paraissent être le prix auquel celui-ci avait acquis l'hommage du seigneur de Mont.

Nous avons déjà fait observer que la fidélité due par Jean de Mont au seigneur de Gex concernait le château de Genollier. Nousne trouvons aucune indication au sujet de celle qu'il devait au seigneur de Champvent, mais il ne faut pas oublier que celui-ci était de la maison de Grandson et le descendant de cet Ebal de Grandson qui avait approuvé, dans le temps, la donation des dîmes des vignes de Bougel et d'autres dîmes, faite en faveur de la maison de Bonmont, par Louis de Mont et sa femme Amblare, parce que les dites dîmes étaient mouvantes de son fief.

Il est surprenant que l'hommageant, Jean de Mont, n'ait pas réservé aussi la fidélité qu'il devait au comte de Savoie. Cet oubli apparent pouvait tenir à ce que , à cette époque, Philippe, comte de Savoie et de Bourgogne, frère et successeur du comte Pierre, et la dauphine Béatrice, dame de Faucigny, fille de ce dernier, s'attribuaient, l'un et l'autre, les hommages des nobles de la patrie de Vaud que le défunt comte Pierre de Savoie avait acquis à divers titres. On peut supposer que ce fut cet état d'incertitude et de lutte qui porta le seigneur des Monts à rechercher la protection de Jean de Chalon, de la maison des comtes de Bourgogne, seigneur puissant dans le voisinage de la pa-

' Mém. et Doc. publiéx par la Société d'histoire et d'arcliéoloyie de Genève, XV, an»» partie, N" 22.

trie de Vaud, au moyen de l'hornmage qu'il lui prêta. La dauphine Béatrice avait certainement le droit pour elle, mais la raison politique ne permettait guère au comte Philippe de se dessaisir de l'autorité que son frère avait acquise dans le Pays de Vaud , autorité qui, après Béatrice, aurait passé à la maison des dauphins de Viennois.

Nous avons indiqué la cession que la prénommée Béatrice fit , le 6 août 1286, à son gendre Humbert, dauphin de Viennois, et à son épouse Anne, fille de la dite Béatrice, des hommages de divers nobles de l'ancien comté Equestre, y compris nommément celui des enfants du défunt seigneur de Mont.

De son côté, Jean, sire de Mont, paraîtrait avoir été engagé dans le parti du comte Amédée (V) de Savoie, successeur du comte Philippe. Car, dans la guerre que ce prince soutint contre le dauphin de Viennois et le comte Amédée de Genève, alliés de la dame de Faucigny, le château de Mont, près Rolle , fut assiégé par les ennemis du comte de Savoie, événement qui paraît avoir eu lieu dans l'année 1287. L'Histoire de la monarchie de Savoie (par M. Gibrario), qui nous révèle cette circonstances n'indique pas si ce château de Mont fut alors pris par les assiégeants.

Le fief et l'hommage de Jean, sire de Mont , furent cédés, par le comte Amédée de Savoie, à son frère Louis , sire de Vaud, par le traité d'échange que firent ces princes, le 7 décembre 1294^

' Tom. II, pag. 205 et suivante.

-Mém. et Doc. publiés par la Soc. d'histoire et d^archéologie de Genève, VIII, jiag. 275.

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Dans l'année 1288 (5 des nones de mars), Jean, sire du château des Monts, avait renoncé, en faveur de l'abbaye de Bonmont, à l'usage des pâturages auquel lui et les habitants de la paroisse de Perroy prétendaient dans toute la terre, châtaigneraie, côte et bois de Mortamulier *.

Une notification faite, au mois d'octobre de l'année 1293, par Jean, sire des Monts, nous fait connaître les libéralités de sa famille et les siennes propres envers l'église de Lausanne. Elle rappelle que le sire Henri des Monts, son aïeul, avait donné, pour son âme, trois setiers (annuels) de vin au chapitre de Lausanne, et que le sire Ebal, son père (du dit Jean), avait fait don, au même chapitre, de si.\ coupes annuelles de vin. Or, le sire Jean des Monts, prenant en considération les honneurs et les bénéfices que feu son oncle Jean (chanoine de Lausanne) a reçus de cette église et les bienfaits dont lui-même a été l'objet de la part de son dit oncle, promet de payer annuellement au chapitre de Lausanne tant pour les précités quatre setiers et deux coupes de vin que pour le salut de l'âme de son prédit oncle, neuf setiers (c'est-à-dire qu'il ajoute de son côté 472 setiers de vin) sur le clos de Romanel, à Germagny, assignant ces neuf setiers annuels de vin sur le dit clos. Le sire Jean des Monts ratifie la donation faite en faveur du chapitre de Lausanne parle chanoine Rodolphe des Monts, d'un muid annuel de vin, assigné sur une vigne qu'il avait plantée au territoire de Germagny, près de la maison dAmédée de Romanel, et de vingt sols censuels assignés sur le ténement du dit Amédée, ajoutant qu'il payera la moitié du muid de vin précité, parce qu'il possède la moitié

' Pièces justificatives, N» l) bis. Voy. ci devant, quant à la terre de Mortamulier, pag. 31, noie 1.

de la vigne sur laquelle il est assigné. Enfin, il ratifie la donation faite par son oncle Jean, en faveur du dit chapitre, pour l'âme du prénommé Rodolphe, d'un demi-muid annuel de froment, mesure de Lausanne, assigné sur l'abergement de Vuillerme, dit de Autecort (de Hautecour). Le sire Jean des Monts et l'official de Lausanne scellèrent la lettre de cette notification *.

La prononciation rendue par Jean de Ghalon, sire d'Arlay, dans les différends de Louis de Savoie, sire de Vaud, avec Guillaume de Champvent, évêque de Lausanne, suivant laquelle le premier devait payer au second la somme de ISOO livres, nous apprend que, sur cette somme, mes sire Jean de Mont avait cautionné Louis de Savoie, son suzerain, de celle de 100 livres. Il était tenu, à la date du 26 novembre 1298, au payement de la prédite somme ^

Cette circonstance nous indique que dans la guerre qui avait eu lieu récemment entre l'évêque de Lausanne et le sire de Vaud et dans laquelle la noblesse vaudoise avait pris parti pour l'un ou l'autre des belligérants, le sire Jean de Mont avait été dans le camp de ce dernier.

Rodolphe, seigneur de Montricher, faisant son testament le mercredi après l'octave de la Toussaint de l'année 1304, désigne pour exécuteurs testamentaires : Pierre d'Allaman, chanoine de Metz, les sires Jean des Monts et Bellion de Rivoyre, chevaliers, Reymond de Thoires, et les sires Guillaume et Jean, frères du testateur. Celui-ci nomme héritiers ses enfants et fait des legs aux couvents de Bonmont, de Romainmotier, du Lac de Joux, des Frères Mineurs et des Frères Prêcheurs de Lausanne, et aux

' Pièces justificatives, N» 10.

* Ikclierrhes sur lesdijnastes de Cossotiaij, etc., \'i\g. 100 et suivantes.

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églises d'Echonoz, de Torclens, Pampigny et Vufflens-le- Châtel '.

Au mois de septembre de l'année suivante (1305), Etienne, abbé de Bonmont, les sires Jean des Monts, Jean, vidomne de Moudon, Guillaume de Disy et Guillaume Chanconay, chevaliers, avec Rodolphe de Chatonaye, prieur d'Aigle et Jean de Rossillon, rendent une sentence arbitrale dans un différend qui existait entre Girard de Moiry, donzel -, au nom et comme tuteur d Aymon et d'Eléonore, enfants de feu Guillaume, son fils, d'une part, et Jean de Senarclensetsa femme Jaquette, veuve du prédit Guillaume, d'autre part. Girard de Moiry réclamait pour ses petits-enfants la moitié des biens et de l'héritage de la prénommée Jaquette et de sa mère Guillermette, et cela déjà du vivant de celle-là, selon la coutume du pays, et après son décès les deux tiers de ses biens; en outre il demandait la somme de 400 livres pour les dépenses faites pour les biens des dits époux. Selon la décision des arbitres, les biens des prédites Guillermette et Jaquette se partageraient par moitié pendant la vie de celle-ci, entre le prénommé Girard au nom de ses petits-enfants et les époux précités, et après la mort de la dite Jaquette, les prédits enfants auraient la part due, d après la coutume de la terre de Vaud, aux enfants du premier lit. Jean de Senarclens et son épouse Jaquette garderaient auprès d'eux Guillermette, mère de celle ci et lui donneraient ce dont elle aurait besoin, moyennant soixante sols par année, payables par Girard

• Inv. vert, paquet 155, N» 6. A cet acte sont appendus les sceaux endommagés de Tabbé de Bonmont et du sire Jean des Monts.

• Voy. au sujet de Girard de Moiry, Recherches sur les dynastes de Cossonay, etc., pag. 103 et 104, et note 1 à cette page-ci.

deMoiry. Enfin, si les petits-enfants de ce dernier venaient à décéder sans laisser de postérité légitime, leur mère Jaquette leur succéderait, mais elle payerait alors au dit Girard, soit à ses hoirs, 240 livres pour les dépenses réclamées par lui '.

Cette sentence offre de l'intérêt en ce qu'elle nous fait connaître un des points de la coutume qui régissait alors la patrie de Vaud. Du reste elle ne nous apprend pas à quelles familles appartenaient les prénommées Jaquette et Guillermette, sa mère,

Guillaume de Joinville, sire de Gex, ayant pris, le 8 juin 1306, envers le comte Amédée de Savoie, l'engagement de faire rétablir le château de Marval, récemment détruit par les ennemis du dit comte, donne Jean, seigneur de Mont, chevalier, pour l'un des garants de l'accomplissement de cet engagement -.

Le 4-6 avril 1308, le même chevalier Jean de Mont est l'un des témoins du traité fait entre Louis (II) de Savoie, sire de Vaud, et Aymon, évêquede Genève, relativement à la monnaie que le premier faisait frapper à iNyon \

Au mois d'avril de l'année 1311, Jean, seigneur de Mont, chevalier, apparaît comme bailli de Vaud *. Il remplissait déjà, paraît-il, cette haute fonction dans les années 1309 et 1310 ^

On le trouve dans le nombre des fidéjusseurs de dame Binfa, codame d'Aubonne, lors d'une vente importante

' Inv. vert, paquet S.

- Mém. et Doc. pub. par la Soc. d'hint. et d'arch. de Genève, IX, pag. âlO. "' Ibidem, même tom., pag. 160.

* Mém. et Doc, publiés par la Soc. d'hist. de la Suisse romande, XIX, pag. 510, No 2457.

^ Ruchat, Abrégé de l'Hist. ecclés. du Pays de Vaud, édit. de 18.39, p. 118.

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faite par elle, en 1310, au chapitre de Lausanne, de biens fonds et de revenus féodaux, à Saint-Prex, Jolens et Vufflens-le-Château, pour le prix de 500 livres *.

Trois ans plus tard (1313, avril), le même seigneur de Mont appose son sceau à une déclaration de la prénommée dame Binfa, concernant des dommages faits au chapitre de Lausanne par un certain donzel, nommé Chouvet d'Echandens, que nous présumons avoir été un de ses vassaux *.

Jean, seigneur des Monts, chevalier, entra dans l'hommage de l'évêque de Lausanne. Il notifie, le jeudi après l'Epiphanie de l'année 1313 de l'Incarnation (10 janvier 1314), qu'il a assigné 200 livres, soit 10 livres annuelles de terre, qu'il a reçues de Pierre (d'Oron), évêque élu de Lausanne, sur sa dîme de Germagny, dite des Chevaliers, pour laquelle, en conséquence, il prêtera hommage lige au dit prélat, sous réserve de la fidélité qu'il doit au seigneur de Gex, à Jean de Chalon, sire d'Arlay, à Louis de Savoie, sire de Vaud et au comte de Savoie ".

Remarquons que le sire des Monts, dans cette circonstance, ne réserve pas de fidélité due par lui au sire de Champvent, d'où l'on peut inférer que celle-ci était éteinte.

Une libéralité fut faite dans l'année 1314- (samedi, avant l'Ascension dominicale, soit le 11^ mai) par le sire Jean, seigneur des Monts, à l'abbaye de Bonmont. Avec le consentement de ses fils Jean et Henri, il lui donna, à titre d'aumône, pour le salut de son âme et de celles de ses prédécesseurs, un de ses hommes, nommé Nicolas, fils de

' Titres du baill. de Morges, No 134.

' Les (lynastes d'Aubonne, pièces justificatives, N» 16.

' Pièces justificatives, N" 11.

Perrin, dit Guera de Leya, de Germagny, avec tous les droits qu'il avait sur lui et sur ses biens, le tenant entièrement quitte, ainsi que ses hoirs qui ne seront pas nés de mariage légitime (?), de tout hommage, pelncherie (pilicheria) et service; néanmoins le prénommé Nicolas sera tenu de ne rien acquérir du dit sire Jean, ni de son fief, si non de l'ordre exprés de ce seigneur. Cette donation eut lieu à Genollier, et l'acte en fut reçu par Jean de Genollier, curé de Goinsins et scellé par le sire Jean des Monts et l'official de Genève '.

L'hommage prêté par Ebal (III), sire de Mont, au seigneur d'Aubonne, à cause du château de ce lieu, pour ses possessions à Bière et à BéroUes, fut renouvelle, le 17 avril 4315, par Jean, son fils, en faveur de Guillaume Alamandi, comme mari d'Agnès de Villars, dame d'Aubonne, et comprit de plus tout ce que l'hommageant possédait dans le village de Bougy-Millon. Nous présumons que le sire de Mont reçut une rémunération de celui d'Aubonne à raison de cette aug mentalion de fief. Jean deMont réserva la fidélité qu'il devait à quatre seigneurs, savoir : à Louis de Savoie, sire de Vaud, à Jean de Chalon, au sire de Gex et au comte de Savoie -

Pourquoi l'hommage dû à l'évêque de Lausanne n'estil pas aussi réservé?

Jean (I), sire des Monts, chevalier, n'était plus vivant au mois de septembre de l'année 1317. (Voir plus loin.) Le nécrologe de l'abbaye de Bonmont indique son obiit au 8« janvier. On ignore à quelle famille appartenait dame Clémence, son épouse, qui lui donna deux fils : Jean (II), seigneur des Monts, après son père, et Henri (II), qui en

' Pièces justificatives, N" 12.

* Ibidem, N» 13.

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fut le coseigneur. Nous rapporterons plus tard ce qui concerne ce dernier et le rameau issu de lui.

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