LKS DYNASTES DE MONT
donnons ici l'analyse, et qui nous paraissent avoir été ses hommes de Genollier. Ces fidéjusseurs tiendraient otage en lieu sûr, désigné par l'évêque Bernard, si Guy de Mont (soit ses hoirs) faisait quelque injure au couvent d'Oujon, et cela jusqu'à ce que celui-ci eût été pleinement satisfait. La sépulture chrétienne ne pourrait être refusée à celui des fidéjusseurs qui décéderait pendant qu'il serait en otage, mais son héritier lui succéderait comme fidéjusseur et tiendrait otage à sa place. Le couvent d'Oujon ne pourrait pas empêcher celui des fidéjusseurs qui le voudrait d'aller en pèlerinage, soit d'entrer en religion. Indépendamment de Guy de Mont, les personnes suivantes apposèrent leur sceau à la charte de cette importante concession, savoir : Louis, abbé du Lac-de-Joux (frère du donateur), Albert, doyen, Willelme, prieur du Reposoir, Hugues, prieur de Pomiers, Pierre, prieur de Vallon, Gaucher, prieur d'Oujon, ces quatre derniers de l'ordre des Chartreux, et Pierre, prieur de Saint-Jean, de Genève. Araédée de Genève, sire de Gex, et Jean, sire de Cossonay, chevaliers, témoins priés et à cela requis par Guy de Mont, scellèrent aussi la dite charte, datée de Nyon*.
Le sire de Gex et celui de Cossonay, ce dernier en qualité de seigneur de Prangins, étaient les suzerains féodaux de la terre de Genollier. Les deux tiers du château soit du Molar du dit Genollier relevaient directement du premier de ces seigneurs, tandis que le tiers restant était mouvant du seigneur de Prangins et de l'arrière-fief de celui de Gex-.
* Cartulaire d'Oujon, N" 9. Celte charte est très reaiarquable.
• Voyez dans la grosse Balay, folio 232,1a reconnaissance prêtée par dame Galienne d'Estrées, veuve de messire Artaud, seigneur des Monts, en faveur
Quatorze années plus tard (1224-, 24 août^, le susnommé Pierre, prieur de Saint-Jean, de Genève, déclare, en faveur de Jordan, prieur d'Oujon, qu'un différend qui existait entre le couvent d'Oujon et Guy, miles de Mont, a été terminé en présence de Bernard, évêque de Genève, promu depuis à l'archevêché d'Embrun, et du précité Pierre, auteur de la présente déclaration \ Celle-ci a Irait au document rapporté ci-dessus.
Dans l'année 1220 de l'Incarnation, Guy, seigneur (dominus) de GenoUier, du consentement de son épouse J(uliane), de son fils C(oénet) et de son frère I{blon), donne, après son décès, 8 sols et une mesure de vin, due à Tartegnins, de cens, à la chartreuse d'Oujon. Il fait pareillement des dons aux églises de GenoUier, de Bonmont, de Mont, du Monljoux, de Bellerive et de BursineP. On pourrait qualifier ces divers dons de legs.
Le 15 septembre 1221, Guy des Monts (de Montibiis) , seigneur de GenoUier, chevalier, affranchit (de la taille) ses hommes demeurant dans la seigneurie de ce nom, sous condition qu'ils lui payeront un cens annuel, fixe, à la Saint-Michel, au delà duquel il ne pourra rien exiger d'eux, sinon que ceux-ci ne l'accordent de leur bonne volonté. La convention du seigneur de GenoUier avec ses hommes précités a lieu en présence d'Aymon, évêque de Genève, qui en fait la notification \ Cet acte d'affranchissement fait certainement honneur à Guy des Monts.
Au comte Amédée de Savoie, pour la seigneurie de GenoUier, en l'année 1403. Les termes de cette reconnaissance sont un peu généraux et partant obscurs.
• Cartulaire d'Oujon, No ^g,
* Ibidem, N» 15.
> Ibidem, N» 8.
Celui-ci, l'année suivante (1222), fit don à la chartreuse d'Oujon, à Genollier, d'une ociane (annuelle) de noix, due par Jean Sichar, un de ses hommes *.
Guy de Mont, seigneur de Genollier, chevalier, n'était plus vivant le 9 novembre 1235 (voir plus loin), date à laquelle apparaît encore son épouse Ju liane, dont l'extraction n'est pas connue.
Il laissa un fils, nommé Conon {Cuénet) et deux filles: Nicole et Ysabeau {Ysabeuz). Il n'est pas certain que ces enfants fussent nés de Juliane, puisque dans un document dont nous allons parler, celle-ci est désignée de veuve de Guy, père de Cuénet. Ce dernier, ainsi que ses sœurs, pourraient donc être nés d'une première femme de leur père. Nicole devint l'épouse d'Anselme de Bursinel, donzel, héritier de Pierre de Bursinel, chevalier. (Voir plus loin.)
QUATRIÈME DEGRÉ
CONON (CUÉNON, GOÉNET, CUÉNET),
seigneur de Genollier, donzel.
Ce fils de Guy de Mont porta le prénom de son aïeul paternel, Conon, fils du sire Louis de Mont.
Cuénon, seigneur de Genollier {de Jono liiez) , donzel, concède, le 9 novembre 1235, à la chartreuse d'Oujon, à titre d'aumône perpétuelle, pour le remède de son âme et de celles de ses parents et héritiers, les droits et préten-
' Cartulaire d'Oujon, N" 17.
lions qu'il a ou peut avoir sur [in) le moulin, la foule et le battoir, construits sur la rivière vulgairement appelée une eau\ afin que les religieux d'Oujon puissent y admettre qui ils voudront, séculiers et réguliers et en user comme de leur propriété. Dans le cas oîi les prédits instruments viendraient à être détruits par accident, les religieux pourraient les réédiBer, sans contradiction. Cuénon reçoit du couvent dix livres de Genève à raison de celte concession, outre un roussin estimé valoir quatre livres. Il confirme, dans cette circonstance, en faveur du dit couvent, toutes les aumônes que celui-ci a reçues de ses prédécesseurs, et il jure sur les saints Evangiles qu'il les maintiendra et défendra de son mieux contre chacun, ainsi que la présente donation. Celle-ci est approuvée par Juliane, veuve de Guy, père du donateur, et par Nicole et Ysabeau, sœurs de ce dernier. Le dit Cuénon, Ebal, sire de Mont et le sire Jacques d'Aubonne, présents, apposent leurs sceaux à la lettre de la dite donation, en témoignage de vérité*.
De graves dissentiments ne lardèrent pas à éclater entre la chartreuse d'Oujon et le seigneur de Genollier, qui voulut s'attribuer à son égard des droits d'avouerie. C'est ce que nous apprend le document suivant :
* « Conslructa in nqua que uiia aqua vulgariter appellatur. > Peut-être faudrait-il lire Vua aqua. Voy. le N° 37 des pièces justificatives accompagnant notre publication intitulée Les dynastes d'Aubonne, ainsi que VObservalion qui suit celle charte. L'eau de Coinsins, de Vie ou de Miniorey, dont il s'agit ici, est la petite rivière qui prend plus loin le nom ûePromentliouse.
» Carlulaire d'Oujon, N» 11. La sigillation du sire Jacques d'Aubonne offrait une garantie à la chartreuse d'Oujon, puisque ce seigneur possédait dans les limites des propriétés qu'il avait dans cette contrée, le cours de l'eau sur laquelle était construit le moulin cédé par Cuénon, seigneur de Genollier, à la chartreuse d'Oujon.
"i LES DYNASTES DE MONT.
Cuénet, seigneur de Genollier, notifie, le 12 avril 1237, que, séduit par de mauvais conseils, il a fait beaucoup de mal à la chartreuse d'Onjon, fondée par ses prédécesseurs, mais à l'égard de laquelle ils ne s'étaient réservé , ni pour eux ni pour leurs successeurs, aucun droit temporel, nulle seigneurie pour cause de fondation, soit d'avouerie, soit à un autre titre ; que, cependant, touché de repentir et réprimandé par ses amis au sujet du mal qu'il faisait injustement à la dite chartreuse, tant à l'égard des personnes que des biens de celle-ci, il a promis et juré, par la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ et sur l'autel supérieur du couvent, qu'il respecterait dorénavant et à jamais les granges et les limites du couvent si souvent envahies et violées par lui, qu'il n'y exercerait ni exactions ni rapines, que lui et son héritier les garderaient, et qu'il défendrait les personnes, le bétail, les mercenaires et les biens du couvent, soit dans les limites de celui-ci, soit en dehors de ces limites. A l'égard de ses promesses, le seigneur de Genollier donnerait à la chartreuse d'Oujon les garants qu'elle désirerait et qu'il pourrait lui donner. Les témoins de cette déclaration, priés et invités par lui, sont : le sire Henri de Mont, Gérard, sire d'Hauteville et le sire Pierre de Vercenai, chevaliers, Etienne de Rossillon et Jaquet d'Arnai, donzels, Jean Favre et Amaudric de Gen(ollier). La dite déclaration est faite en présence de Jordan, prieur d'Oujon, et de son couvent et de beaucoup d'autres personnes '.
Le seigneur de Genollier fit davantage. Dans le mois de février suivant (1238, n. st.), il déclare qu'en réparation
• Cartnlaire d'Oujon, N<» 12.
des maux et des dommages qu'il a faits à la chartreuse d'Oujon et afin d'acquitter sa dette envers elle, pour que Dieu lui pardonne ses péchés et à ses parents les leurs, il lui a donné 8 coupes de bon froment, de cens annuel, assignées, à Genollier, sur trois ténements. Si les tenanciers de ceux-ci ne les acquittaient pas, ou bien si les dits ténements venaient à vacquer, la chartreuse d'Oujon pourrail se mettre en possession de ces derniers jusqu'à ce qu'ils fussent de nouveau occupés. Coénet de Genollier fait sceller la charte de cette donation par son seigneur Rodolphe, fils du comte de Genève, auquel en appartient la confirmation*. La prédite donation a lieu dans le prieuré de Pomiers, en présence du prieur Hugues et de tout le couvent de ce lieu, du sire Rodolphe de Greysier, du sire Hugues de Saleneuve, du sire Aymon, son fils, de Jordan, prieur d'Oujon, et d'autres personnes. Le donzel Coénet jure en présence de ces témoins, sur les saints Evangiles, que cette donation serait maintenue par lui et par son héritier, et qu'il défendrait de tout son pouvoir la dite chartreuse, ses personnes et ses biens, se gardant de l'offenser et de lui faire du tort. Il promet aussi qu'il fera ratifier sa donation par ses deux sœurs *.
Nous avons rapporté que le sire Ebal (I) de Mont confirma la donation faite par son neveu Coénet, seigneur de Genollier, en faveur de la chartreuse d'Oujon. (Voir cidevant, pag. 19.)
' A quel litre Rodolphe, fils du comte Guillaume de Genève, était-il le suzerain de Coénet de Genollier? Probablement parce que la seigneurie de Gex relevait alors du comté de Genève. Le dit Coénet aurait été un vassa 1 d'arrière-fief du comte de Genève.
• Cartulaire d'Oujon, N« 19.
Ce monastère ne pouvait avoir assez de garanties, paraît-il. de la sincérité des promesses du seigneur de Genollier, car, vers la même époque (mars 1238, n. st.), Aymon, évêque de Genève, notifia, de son côté, la donation faite par Coénet, seigneur de Genollier, en faveur de la chartreuse d'Oujon, des 8 coupes de froment de cens précitées, en réparation des maux et des dommages qu'il lui avait faits injustement et dont il éprouvait du repentir. L'évêque de Genève répéta, dans cette circonstance, que les prédécesseurs du seigneur de Genollier, fondateurs de la chartreuse d'Oujon, ne s'étaient réservé aucun droit temporel d'avouerie à son égard, ajoutant que le dit Coénet avait ainsi fait sa paix avec la chartreuse précitée et prié le dit évêque, dans le cas où il ne s'y conformerait pas, de l'y contraindre par la censure ecclésiastique*.
A l'occasion d'un prêt de dix livres genevoises fait par le couvent d'Oujon à Coénet, seigneur de Genollier, celuici, dans l'année i241, du consentement de ses sœurs Nicole et Isabeau (Hysabez), pour le remède de son âme et de celles de ses parents, de sesanlécesseurs elde sessucces seurs, abandonne à cette maison religieuse tous les droits et toute la supériorité (dominium) qu'il avait ou semblait avoir en icelle, sans réserve aucune, que ces droits et supériorité concernassent les pâturages, les chemins, les maisons, les prés, les forêts, les arbres, les eaux, les terres cultivées et incultes, ou bien les personnes soit ecclésiastiques soitlaïques. Il confirme tout ce qu'elle tient de lui-même, de son père et de ses prédécesseurs, à titre de don, de vente,
' Cartulaire d'Oujon, W\S.
soit à un autre titre. Il concède que la dite maison possède le tout en pleine propriété et renonce à toutes querelles et prétentions à son égard, jurant, sur les mains du seigneur évêque de Genève, l'observation fidèle de ses engagements, par lui et par son héritier. En ce qui concerne les dix livres que le couvent lui a prêtées, il assigne à celui-ci , jusqu'au remboursement de cette somme, 20 setiers annuels de vin pur, sur sa vigne de Bursinel. Il scelle la charte de cette transaction et la fait sceller par Aymon , évêque de Genève, Aymon , sire de Faucigny, F^bal, sire de Mont, Henri, son fils, Guerric, sire d'Aubonne et Michel, abbé de Bonmont *.
Au mois de janvier de l'année 12-43 (v. st.), Coénel, seigneur de Genollier, notifie que Pierre de Bursinel (de Brusinais), chevalier, son vassal, s'est donné à la chartreuse d'Oujon pour vivre dans ce couvent selon les règles de l'ordre de celui-ci, faisant don aux religieux, à titre d'aumône, de deux fonds de terre, à Bursinel, savoir : d'un pré, à\\Enlaia, et de la terre appelée li Roliz. située entre le fossé de Marmoléa et de celui de Lunagio. Ces biens demeureraient au couvent lors même que, par une raison quelconque, le chevalier Pierre de Bursinel viendrait à le quitter. Le seigneur de Genollier et le dit cheva lier Pierre concèdent aux religieux d'Oujon la faculté de prendre, dans leurs forêts de Bursinel, le bois de chaufi'age nécessaireà leur usage, ainsi que celui pour bâtir dans ledit lieu et pour la culture de leurs vignes. Le donzel Anselme, mari de Nicole (sœur de Cuénet de Genollier) et héritier du dit chevalier Pierre, approuve, entre auties, celte do-
* Carlulaire d'Oujon, N» 56.
78 I.KS DYNASTES DR M(tiNT. /
nation, scellée par le dit Coénet, son seigneur Henri de Mont* et Ebal, sire de Mont".
La paix promise par le seigneur de Genollier à la chartreuse d'Oujon et jurée par lui fut elle bien observée de sa part? Le document dont nous allons rapporter les dispositions pourrait en faire douter, dans le cas où il ne faudrait pas y voir, peut-être, l'empressement de la dite chartreuse à obtenir du seigneur de Genollier le plus de garanties de paix possibles, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, et de la part de celui-ci un empressement non moins grand à les lui donner.
A la date du 24 mars 12M (v. st.), Jean (^de Gossonay), évêque de Lausanne, notifie que Coénet, seigneur de Genollier, donzel, après des compositions et accords de paix répétés faits avec la chartreuse d Oujon, sur laquelle ses prédécesseurs, qui l'avaient fondée, n'avaient retenu aucun droit temporel de seigneurie, que le prédit Coénet, disonsnous, devant la grange de Monteins appartenant à la dite chartreuse % avait personnellement promis, en présence de l'évêque (Aymon) de Genève et du dit évêque de Lausanne, d'observer la paix faite par lui avec ce couvent et
• A quel litre Henri de Mont, fils aîné d'Ebal (1), sire de Mont, était-il le seigneur de Coénet de (JenoUier, son cousin-germain ? La seigneurie de Genollier, dépendance de celle de Mont, pouvait avoir été remise à Guy de Mont, père de Coénet, sous la mouvance du château de Mont, et même il est probable qu'il en avait été ainsi. Mais, en janvier 1-243 (v. st.), Ebal (I) était encore seigneur de Mont et dans l'hypothèse que nous venons d'indiquer, c'est lui qui aurait été le seigneur de son neveu Coénet. Nous apprendrons que celui-ci tenait à Bursinel des possessions sous la mouvance de son cousin.^ Henri de Mont.
- Cartulaire d'Oujon, N" 58.
' La grange de Montens était située au-dessus de Genollier. La chartreuse
CONON, SKIGNRUR DK GENOLLIER. 19
l'avait juré sur les mains des dits évêques; qu'il avait confirmé toutes les donations faites en faveur de cette maison religieuse, tant par lui-même que par ses prédécesseurs, et concédé au dit évêque de Lausanne, ce dont il l'avait même supplié, de le contraindre par la censure ecclésiastique à l'observation de la dite paix, et que pour lésion et injure faites à la maison d'Oujon, il pût être excommunié par lui ainsi qu'il le serait par l'évêque de Genève. C'est ce que le dit évêque Jean lui avait accordé, à la prière du prénommé évêque de Genève. La charte de notification de l'évêque Jean fut scellée par lui et eut pour témoins : Jean, abbé de Bonmont, Ebal, son moine, précédemment seigneur de Mont, Henri, fils de celui-ci, seigneur du dit Mont, deux chanoines de Lausanne, Pierre de Trélex et Arduin de Pisy, chevaliers, Jordan, prieur d'Oujon, plusieurs moines et frères convers et beaucoup d'autres séculiers, clercs et laïques '.
Dès lors le seigneur de Genollier, pendant les quelques années qu'il vécut encore, fut en bons termes, paraît-il, avec la chartreuse d'Oujon, à laquelle il fit même de nouvelles donations que nous allons indiquer :
Dans l'année 1246, il reconnaît et confirme, sans aucune réserve, pour lui et son héritier, la donation faite en faveur de la chartreuse d'Oujon, par feu son père Guy, seigneur de Genollier, avec l'approbation du dit Coénet, de deux setiers de vin pur, percevables, chaque année, au temps
d'Oujon avait dans ce lieu un moulin, avec un battoir et une foule. (Vo> Dict.hist., etc., du canton de Vaud, art. Genollier.) Ce moulin était probablement celui que Cuénon, seigneur de Genollier, avait concédé à la dite chartreuse, en 1235.
' Cartulaire d'Oujon, N" 115.
80 f'KS DYNASTES DE MONT.
(ie la vendange, sur sa vigne de Tartegnins, et de 8 sols annuels dûs par Eurard Bordons, de Genollier * .
Pour le remède de son âme el de celles de ses parents, prédécesseurs et successeurs, Coénel, seigneur de Genollier, concède à la chartreuse d'Oujon, dans l'année du Seigneur 1249, à litre d'aumône et en toute propriété, une terre, à Bursinel, qui limite d'un côté celle de l'église de ce lieu et de l'autre côté la terre qui fut jadis d'Uldric Baibi, de Genollier, homme du dit Coéiiet. La terre concédée s'étend depuis celle que la dite chartreuse possède par don du défunt noble Pierre de Bursinel, chevalier, vassal du dit Coénet, jusqu'au chemin commun par lequel on se rend d-e Bursinel vers Marmoléa^. Le seigneur de Genollier fait cette donation du consenlement de son épouse Perrette, de Nicole, sa sœur (du dit Coénet) et d'Anselme, mari de celle-ci, et aussi avec l'approbation de sou seigneur Henri, sire de Mont, qui promet de la garantir, concédant, les prédits Coénet et Henri, que les religieux d'Oujon, leurs ouvriers, leur bétail el leurs voitures puissent librement user du dit chemin commun. Le donateur jure sur les saints Evangiles de Dieu, qu'il maintiendra sa donation ; il en scelle la charte et la fait sceller par son seigneur Henri, sire de Mont et par son consanguin Rodolphe, doyen d'Avenches. La dite donation est faite sur les mains de Jordan, prieur d'Oujon, en présence de Jean,
* Cartulaire d'Oujon, ^i" m.
* Marmoléu élail le nom d'une pièce de terrain renfermée dans la grange (soit ferme) d'Oujonnel, située dans le voisinage de Bursinel el appartenant à la chartreuse d'Oujon. (Cette grange est aujourd'hui le domaine appelé le Genêl.) H y avait aussi le fossé soit ruisseau de Marmotéa. Voy. Cartulaire d'Oujon, pag. 216.
CONON, SEIGNEUR DE GENOLLIER. ' Si
abbé de Bonmont, des prédits Henri et Rodolphe de Mont, frères, du sire Hugues d'Arnay, chevalier, d'Anselme et de Gaucher de Bursinel, donzels et de deux frères convers d'Oujon, témoins appelés. Coénet de Genollier investit le prieur Jordan de la terre donnée et reçoit de lui pour cela six livres de Lausanne*.
Au mois d'avril de l'année suivante (1250), Coénet, seigneur de Genollier, pour le salut de son âme et de celles de son épouse Perrelte, de ses enfants Jean, Isabeau {Ysabez) et Alais, de sa sœur Nicole et du donzel Anselme, mari de cette dernière, donne à la chartreuse d'Oujon, à litre d'aumône perpétuelle et en pleine propriété, sa part soit la moitié de la terre possédée en commun par lui et les frères Jacques et Henri d'Autracort (de Haulecour), située dans la paroisse de Bursinel et confinant au fossé de la Marmotéa. Cette aumône est faite en présence de Jordan, prieur d'Oujon, dans la grange f/w Muis, appartenant à la dite chartreuse. Puis, se trouvant sur la prédite terre donnée par lui, le seigneur de Genollier reconnaît en avoir fait la donation, et cela en présence de ses hommes de Bursinel, savoir : d'Etienne Comte, de Borcard et du donzel Gauchise (de Bursinel) et aussi d'un frère convers d'Oujon. Le donateur scella la charte de cette donation et y fit apposer le sceau de la maison de Bonmont -.
Dans la même année 1250 (sans indication d'une date plus spéciale) se présentent encore d'autres libéralités faites par Coénet de Genollier à la maison d'Oujon. Elles
* Cartulaire d'Oujon, N» 65. Un double de la charte de cette donation, notifiée par Aymon, évêque de Genève, se trouve encore dans le Cartulaire d'Oujon, sous le N" 66.
* Ibidem, N» 67.
MÉM. ET DOC. XXVIll. 6
sont notifiées par Aymon, évêque de Genève, en présence duquel il a confessé les avoir faites, à titre d'aumônes perpétuelles. Ce sont : \° le don de dix bichets annuels de châtaignes, de censé, que lui doit Etienne dit Comte, de Bursinel. Et 2" celui de deux bichets de noix, aussi de censé, que Jean Siccars, son homme, lui doit à Genollier. La notification de l'évêque de Genève comprend encore la donation, rapportée ci-dessus, de la moitié de la terre que le seigneur de Genollier possédait, à Bursinel, en communauté avec Hugues d'Autracort (de Hautecour), prêtre, et son frère Henri, laïque, de la contenance d'une pose et demie (pour la part donnée, s'entend). La terre précitée confine de deux côtés à celle de l'église de Bursinel, d'un troisième côté à la terre de la maison d'Oujon et du quatrième côté au fossé de la Marmotéa. Coénel de Genollier avait fait les dites donations, notifiées par l'évêque de Genève, du consentement de son épouse Perrette et de ses enfants Jean, Isabeau et Mais *.
Voici encore une nouvelle largesse du seigneur de Genollier envers la maison d'Oujon ; elle porte la date du 29 mai 1250 :
Pressé par des créanciers au sujet d'une somme d'argent qu'il avait empruntée à Lausanne, Coénet, seigneur de Genollier, avait cherché conseil et secours auprès du prieur et des moines d'Oujon, qui lui avaient donné 40 sols et lui avaient avancé 60 autres sols genevois, rendables à la prochaine fête de Saint-Michel, sous caution assurée. Ne voulant pas être ingrat envers le couvent pour ces deux bienfaits, il lui donne, en pleine propriété, pour le remède
2 Cartulaire d'Oujon, N° 70.
de son âme et de celles de ses parents et successeurs, une certaine terre allodiale, située à Bursinel, contenant une pose et demie, et cela avec le consentement de son épouse Perrette, de ses enfants Jean, Isabeau et Alais, et aussi de Nicole, sa sœur et d'Anselme, son mari. La terre donnée confine au fossé de Lunagio et à la terre que la dite chartreuse tient du défunt sire Pierre de Bursinel, chevalier, vassal du donateur Coénet. Celte donation est faite sur les mains du prieur Jordan, en présence de plusieurs moines, d'Anselme, donzel de Bursinel, et de Borcard, de Bursinel, homme du donateur. Celui-ci, le prédit Anselme et Etienne Comte, homme du prénommé Coénet, abandonnent à la maison d'Oujon les droits qu'ils peuvent avoir dans la terre donnée, et cela du consentement de leurs épouses et de leurs enfants, en vue du salut de leurs âmes. Le seigneur de Genollier scelle la charte de sa donation et la fait sceller par Aymon, évêque de Genève *.
Il ressort de celte charte et d'autres chnirtes précédemment mentionnées par nous, que Coénet, seigneur de Genollier, avait des propriétés à Bursinel, des hommes dans ce lieu et même des vassaux dans la famille féodale de Bursinel. Il était à l'égard de ces possessions, le vassal de son parent Henri, seigneur de Mont.
En effet, au mois d'octobre de la même année 1250, à Oujon, le prénommé Henri corrobore et confirme, en faveur de la maison d'Oujon, la propriété complète de toutes les donations que Coénet, seigneur de Genollier, lui a faites à Bursmel, à un titre quelconque, soit que leurs objets appartinssent à l'alleu du dit Coénet, soit qu'ils relevassent
* Cartulaire d'Oujon, N» 68.
du fief du prédit sire de Mont. Cette concession est faite en présence du prieur Jordan et des moines du couvent et a pour témoins les chevaliers Hugues d'Arnai et Hugues du Bosson *.
Si, maintenant, nous nous rappelons que du vivant même du sire Ebal (I) de Mont, Goénet, seigneur de Genollier, désigne Henri, fils de celui-là, comme étant son seigneur, nous en tirerons la conséquence que sa vassalité envers lui, à l'égard de ses possessions à Bursinel, était antérieure à l'époque où le dit Henri devint seigneur de Mont. Et quant à la circonstance que ce dernier comprend aussi les alleux donnés, à Bursinel, à la chartreuse d'Oujon, par Goénet de Genollier, dans sa charte en faveur de cette maison religieuse, elle est sans doute la conséquence de la supériorité que comme chef de la maison de Mont il exerçait sur son parent issu d'une branche collatérale de sa famille.
Goénet, seigneur de Genollier, donzel, n'était plus vivant au mois de mars de Tan du Seigneur 1251 % ainsi qu'on l'apprend par une donation faite à cette date, en faveur de la chartreuse d'Oujon, par le chevalier Hugues de Bosson et le donzel Anselme de Bursinel, d'une terre qu'ils possédaient en commun, située dans la paroisse du dit Bursinel. Il est remarqué de cette donation qu'elle avait été approuvée par dame Perrelte, femme du défunt donzel Gonon, seigneur de Genollier, qui l'avait luimême approuvée de son vivant, et qu'elle le fut pareillement par ses enfants : Jean, Isabeau [Isahez) et Alais \
* Cartulaire d'Oujon, N» 71.
- Cette date tombe-t-elle sur l'année 1251 de l'Incarnation ou 1252 nouveau style ?
' Cartulaire d'Oujon, N» 78. Le sire Henri de Mont, à la prière des do-
JEAN DE GENOLLIER. 85
On ignore à quelle famille appartenait dame Perrette, épouse de Conon, seigneur de GenoUier. On ne connaît pas davantage la destinée de ses filles Isaheau et Alais. Ce qui concerne son fils/m?i sera rapporté dans le chapitre suivant et se borne à peu de chose.
Les différends de divers membres de la maison de Mont avec la chartreuse d'Oujon, fondation de leur famille, et surtout les violents débats de Coénet, seigneur de Genollier, avec ce couvent, rappellent les luttes des Grandson avec le monastère romain, celles de Jean (I), sire de Cossonay et de Prangins, et de son fils Guillaume, avec l'abbaye de Bonmont, et aussi les démêlés de ce dernier avec la chartreuse d'Oujon, relativement aux propriétés qu'elle avait à Bursinel*. Les mêmes causes produisaient des effets semblables.
CINQUIÈME DEGRÉ
JEAN DE GENOLLIER.
doDzel.
Nous avons trouvé Jean, fils et héritier de Conon, seigneur de GenoUier, nommé dans les dernières chartes de
nateurs, scella la lettre de leur donation et promit de garantir celle-ci. Les mêmes donateurs prièrent aussi le sire Guillaume de Prangins d'apposer son sceau à la dite lettre, pour plus grande garantie. Ce seigneur-ci avait des possessions à Bursinel.
' Recherches sur les dynastes de Cossonay, etc., pag. 178,
son père en faveur de la chartreuse d'Oujon. Du reste, le cartulaire de ce couvent, qui s'arrête avec l'année 1266, ne renferme aucune charte qui lui soit relative. Les documents ne font guère mention du fils de Conon, seigneur de Genollier, dont la position ne nous paraît pas avoir été à la hauteur de celle de son père et encore moins de celle de son aïeul.
C'est en sa présence que, à une date qui n'est pas indiquée mais qu'on doit placer entre les années 1267 et 1277 ', Jean (II), sire de Prangins, confesse que tout ce que Jean de Genollier (de Genollie) , donzel, tient de lui, à titre de fief, dans le château et le village (villa) de Genollier, il le tient lui-même de l'illustre sire de Gex, et cela en augmentation d'un autre fief à raison duquel il est son vassal. On trouve parmi les autres témoins de cette confession, les chevaliers Rodolphe de Livron, Humbert de Rossillon et Hugues de Mesges, les donzels Jacques de Trescour et Jacques d'Aubonne et le curé de Crassier ^
On ignore si Jean de Genollier fut marié et on ne lui connaît pas de postérité. La terre de Genollier fit retour aux seigneurs de Mont, auxquels elle appartenait sous l'année 1318. (Voir ci-devant, pag.49.) Cet événement eut probablement lieu lors du décès de donzel Jean de Genollier.
* Jean (II) devint sire de Prangins, en 1267, à la mort de son père Guillaume, et Jacques, coseigneur d'Aubonne, l'un des témoins de sa confession, ne vivait plus en 1277.
* Grosse Balay, folio 232.