‹ Les Dyschromatopsies et leur DépistageChapitre 34 sur 43 · APPAREILS UTILISANT LES LUMIERES SPECTRALES · texte numérisé non relu

APPAREILS UTILISANT LES LUMIERES SPECTRALES

Les méthodes qui utilisent les couleurs pigmentaires sont loin d'être parfaites, et cela tient à ce que ces couleurs ne sont pas strictement monochromatiques. Les seules couleurs qui répondent à ce besoin sont les couleurs spectrales.

Il existe des appareils qui permettent de juxtaposer deux plages éclairées par des couleurs spectrales ou par un mélange de couleurs spectrales. Ce sont les appareils de Hering et. de Helmoltz. Ces appareils, qui sont d’une grande complication et d'un prix très élevé, ne se trouvent qu'en Allemagne et en très petit nombre; ils ne sont pas d'une utilité pratique. :

Les appareils de Chibret, Izarn et Colardeau sont d’un maniement facile et rapide.

L'appareil de Chibret présente côte à côte deux plages éclairées par des couleurs complémentaires. L'œil normal ne peut obtenir l'égalité des plages que pour une saturation nulle; s’il en est autrement, le sujet est dyschromatope.

On peut utiliser également les différents spectroscopes. L'appareil le plus pratique est l'anomaloscope de Nagel:

ANOMALOSCOPE.

L’anomaloscope est un spectroscope destiné à obtenir l'équation de Rayleigh. Celle-ci consiste dans le phénomène suivant : le mélange d’une lumière rouge proche de Ia raic du lithium (670 uu) et de lumière verte proche de la raie du

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thallium (535 uu), donne à un sujet normal, sensible et attentif, la même sensation colorée que le jaune de la ligne du sodium (589 uu). On peut donc écrire

J=rRor EE Ve:

Description de l'appareil. — 11 en existe deux modèles, l'un plus petit, destiné à la recherche des dyschromatopsies rouge-vert, l’autre permettant aussi le dépistage de la cécité pour le vert et le jaune. Nous ne décrirons que fe petit modèle, qui suffit aux besoins de la pratique.

Un pied métallique supporte un collimateur tourné vers une source lumineuse et un oculaire. Ces deux pièces sont reliées par une pièce intermédiaire contenant les prismes,

Le collimateur porte trois fentes. L'une, supérieure, permet

à la lumière d’un jaune correspondant à la ligne du sodium d'éclairer la moitié inférieure de l’oculaire. Les deux fentes inférieures donnent deux spectres qui se recouvrent de façon que le rouge de l’un recouvre exactement le vert de l’autre, le rouge correspondant à peu près à la raie du lithium, et le vert à celle du thallium Ces deux fentes éclairent la plage

Hs pe Le

supérieure de l’oculaire et sont solidaires, de sorte que, lorsque l’on ouvre l’une d'elles, on ferme l’autre d'autant, et la somme de ces deux fentes reste invariable.

Deux vis permettent de régler l'ouverture des fentes; celle de droite commande la fente supérieure, celle de gauche les deux fentes inférieures. Les deux vis portent des chiffres allant de 0 à 90. Lorsque la vis de droite est sur le 0, la fente correspondant à la lumière jaune est fermée. Quand la vis gauche est sur le 0, la plage supérieure est verte. De 73 à 90, elle est entièrement rouge. Entre 0 et 73, elle est éclairée par un mélange de rouge et de vert.

Technique de l'examen. — L'examen doit être fait dans une pièce bien éclairée, et non à la chambre noire, comme il est courant de le faire. Quand les parois de la pièce sont grises, cela peut éviter certain trouble dans là perception d'une couleur particulière, c’est-à-dire d’une adaptation relative pour le foncé. (

Il faut prévenir le sujet que l'équation est possible pour tout le monde, et bien lui faire comprendre qu’on lui demande de réaliser une égalité très exacte des deux plages.

Le réglage des vis nécessitant assez d'adresse et d’intelligence, il vaut mieux que l’examinateur procède personnellement, dans la majorité des cas, à cette opération. Il doit aussi vérifier l'appareil par une mise au point de l'équation normale.

Il ne faut pas fatiguer le sujet par une épreuve trop longue : ce dernier ne doit pas regarder constamment dans l’oculaire, il peut se reposer, en jetant un coup d'œil sur le ciel. Quand la durée de l'observation se prolonge, on peut s’attendre à une équation de fatigue, ce qui pourrait faire croire, à tort, une altération du sens chromatique. |

Il faut faire attention que le sujet ait une visée droite et aisée : les sujets portant des verres feront bien de les enlever lorsqu'il s’agit d'anomalies peu importantes de la réfraction.

.On doit faire fermer ou masquer l'œil non examiné. L’examen doit se faire dans les mêmes conditions atmosphériques

PPANTS e PMELRETS

de température, celle-ci influant sur la réfraction des prismes.

La source lumineuse est donnée par une ampoule électrique de 60 watts. Une lumière à gaz serait peut-être mieux appropriée à cause de son rayonnement plus intense, mais d'un emploi plus compliqué. En général, pour une ouverture de la fente jaune de 14, l'équation est réalisée entre 56 et 61 pour la vis gauche.

Premier temps : On met la vis gauche à 90, la plage supérieure est rouge. On règle l'intensité du jaune : l’équation n'est possible que s’il s’agit de dyschromatopsies très prononcées ou, si l'équation est également possible au deuxième temps, d'achromatopsies pour le rouge et le vert.

L'équation sera réalisée avec un jaune beaucoup plus foncé pour un protanope que pour un deutéranope.

Deuxième temps : La vis gauche est à 0; la plage supérieure est verte. On règle alors le jaune : si l’équation est possible, il s’agit de dyschromatopsies très prononcées ou, si l'équation était possible au premier temps, d’achromatopsies pour le rouge et le vert.

Troisième temps : La vis droite est sur un chiffre moyen 13-15. On fait régler la vis gauche : si l’équation est obtenue pour un chiffre supérieur à 66, il s’agit de protanomaux; si elle est obtenue pour un chiffre inférieur à 52, il s’agit de deutéranomaux. Entre 52 et 64, le résultat reste indécis.

Quatrième temps : La vis gauche est placée sur le chiffre moyen des deutéranomaux (40). On règle la vis droite : si l'équation est possible, il s’agit de deutéranomalie, sinon on met la vis, gauche sur les chiffres 39, 41, 42; s'il n° y a pas d’équation, le résultat reste indécis.

Cinquième temps : La vis gauche est mise sur le chiifre moyen des protanomaux (69). Si l'équation est possible, il s’agit de protanomalie, sinon on déplace un peu la vis gauche entre 68 et 70. Si l’on n'a pas de résultat, on peut recommencer avec des chiffres intermédiaires.

Résultats. — Entre 36 et 64, le sujet peut être considéré comme normal. Entre 52 et 56, 61 et 64, il s’agit de cas

PNR RE

limites, et l’on détermine alors la largeur de l'équation en faisant varier légèrement la vis gauche.

Les achromatopes ont une équation possible pour n'importe quel réglage. |

On peut se contenter de noter les résultats, ou bien l'on. peut en donner une représentation graphique, qui permet de reconnaître du premier coup d'œil l’anomalie dont est atteint le sujet examiné. Pour cela, on porte en abscisse le résultat obtenu au mélangeur, et en ordonnée le chiffre correspondant à la lumière jaune. Si l’équation est impossible, on n’ajoute rien. Ce système permet d'apprécier rapidement l'amplitude de l'équation. |

Il faut se méfier des individus qui ont une hypersensibilité aux couleurs et qui n'arrivent pas à réaliser l'équation : il y à lieu de les placer plutôt parmi les anomaux que parmi les sujets à sens chromatique normal.

L'anomaloscope est un excellent appareil : « Il se prête mieux que tout autre appareil à l'obtention de l’équation de Rayleigh, et devrait toujours être utilisé, soit dans les cas douteux, soit dans les contre-expertises. » (Oblath.) On a reproché à l’anomaloscope l’existence d’une ligne rouge ou verte séparant les deux champs à égaliser. Certains sujets nettement achromatopes réalisent cependant l'équation normale, mais ces cas sont très rares.

La plupart des auteurs le considèrent comme le meilleur appareil, certains mêmes en conseillent l'emploi pour tous les examens chromatiques. Van de Valle pense que le meilleur appareil serait constitué par un anomaloscope avec champ lumineux à 5 mètres. M. le Professeur Bourdier reproche aux appareils spectraux de ne pas permettre l'étude des sensibilités chromatiques en fonction de l’éclairement.

Cet appareil, indispensable au chercheur, est d’un emploi pratique difficile pour l’examen courant : la plupart des sujets examinés n'ont jamais regardé dans une lunette; il faut donc leur expliquer longuement ce qu’on attend d’eux. D'autre part, l’examen, comprenant plusieurs temps, est long par lui-même.

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