‹ Les dysenteries, le choléra asiatique, le typhus exanthématiqueChapitre 10 sur 36 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ÉPIDÉMIOLOGIE DE LA DYSENTERIE BACILLAIRE

Déterminée par un bacille spécial vu par Chantemesse et Widal, décrit et précisé par Shiga, puis par Kruse, Flexner, Strong et Musgrave, Rosenthal, etc., etc., enfin par L. Rogers, Wedder et Duval, Dopter et Vaillard, etc., la dysenterie bacillaire doit être elle-même dissociée. Elle constitue en réalité une sorte de syndrome actionné par des races différentes d’un même microbe. On en compte au moins quatre groupes (voir la Première partie) non compris les bacilles pseudodysentériques, qui réagissent d’une manière particulière en présence des sucres, sécrètent ou non l’indol, et dont les autres caractères biologiques (agglutination, baclériolyse, action spécifique des sérums immunisants) sont plus ou moins distincts. 11 en a été question précédemment.

La dysenterie bacillaire, est une maladie ubiquitaire. On la rencontre dans tous les pays, sous tous les climats. Mais cette maladie fréquente spécialement les pays froids ou tempérés. A ce point de vue, elle s’oppose à la dysenterie amibienne, plus commune dans les climats chauds.

D’autre part, chaque épidémie de dysenterie bacillaire semble comporter sa variété microbienne (Shiga). Le bacille du type découvert par Shiga, fut isolé en Corée, dans l’armée japonaise, ainsi qu’en Mandchourie et aussi chez les soldats russes de Port- Arthur et les marins de l’escadre de la Raltique.

Lors de l’épidémie de Tokio, ce bacille original était très rare et ce sont les autres races qui furent rencontrées.

Dans l’épidémie de Kobé, en 1906, Amako trouva le bacille de Shiga, ou ses variétés, dans tous les quartiers envahis. A la lin de l’épidémie, il n’existait que ses variétés.

On considère le bacille de Shiga comme le plus dangereux

mais celui de Flexner peut donner lieu à des formes très graves.

Les épidémies dues au bacille du type Flexner sont communes aux Philippines, aux Etats-Unis, à Porto-Rico, à Manille. On retrouve le même bacille dans les épidémies du centre de l’Europe, en France, en Tunisie (Nicolle et Cathoire), en Russie, en Algérie, au Maroc, dans l’Inde, elc.

On peut rencontrer, du reste, dans certaines épidémies, plusieurs races (type Shiga, type Flexner, type Y, etc.).

A Dell, la dysenterie due au bacillle Y est prédominante (Kurnen).

A Paris, le bacille isolé est tantôt du type Shiga, tantôt du type Flexner, ouStrong.

On a signalé, pendant la présente guerre, certaines épidémies de dysenterie survenues en Galicie et en Pologne russe, dans lesquelles les examens bactériologiques n’ont pu, cependant, isoler le germe dans l’immense majorité des cas. Surplus de 1000 selles, on a isolé 6 fois seulement le bacille de Shiga, 2 fois le bacille de Flexner, 1 fois le bacille Y et rien dans les autres cas.

D’une manière générale, la dysenterie bacillaire règne partout en Europe, mais surtout dans le bassin de la Méditerranée (Grèce, Turquie, Italie, Sicile, Espagne, Gibraltar, Catalogne),

Certains pays, comme le nord de l’Italie, sont parfois le siège d’épidémies graves de dysenterie bacillaire. Celli a décrit l’épidémie de Relluno, en 1894, où, sur 5 700 habitants, 2564 ont été atteints. Galli-Valério a publié la relation de l’épidémie de la Valteline, en 1897, dans laquelle la mortalité a atteint 20 p. 100 des malades, en certaines localités. En Suisse, une grave épidémie a régné à Loëche, en 1893; elle dura trois mois avec une mortalité de 25 p. 100.

Armand Rulfer et Wilmar ont signalé les graves épidémies de dysenterie bacillaire survenant chez les pèlerins revenus de La Mecque. Ils estiment que cette maladie détermine chaque année, dans le Hedjaz, 1 000 à 15 000 décès.

Les épidémies de dysenterie observées sur le front de nos armées pendant la présente guerre contre l’Allemagne, ont donné lieu à la constatation la plus habituelle du bacille du type Flexner, plus rarement du type Y (Bonnel, Jollrain et Tauflieb). Le bacille de Shiga a été aussi (isolé.

Chacun de ces microbes peut donc déterminer des taches

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épidémiques plus ou moins étendues et distinctes qui peuvent se fusionner.

C’est à tort que les auteurs allemands (Kruse, Dœrr) attribuent au seul type de Shiga la dysenterie épidémique, les autres bacilles ne donnant lieu qu’à des pseudo-dysenteries sporadiques. Cette différenciation est sans valeur. On ne saurait davantage admettre l’existence d’une dysenterie spéciale des aliénés ou des enfants, ainsi que le voudrait Kruse. On peut, en effet, trouver indifféremment le bacille de Shiga ou celui de Flexner (Auché).

En France, il existe un foyexu- d ^ rdé i nicité important dans les départements de la Bretagne, où certains arrondissements ont offert autrefois jusqu’à 500 décès. On observe également la dysenterie en Champagne, dans la basse Somme, dans les départements de l’Est.

La statistique officielle publiée par les soins du ministère de l’Intérieur ne donne cependant pas de renseignements sur la fréquence exacte de la dysenterie en France parce que cette

La dysenterie dans l’armée.

L’état sanitaire de l’armée est, en général, solidaire de celui de la population civile. La fréquence de la dysenterie est donc, dans le milieu militaire, en rapport avec l’état endémique ou épidémique des villes de garnison. Il importe de faire remarquer, cependant, que le soldat est particulièrement vulnérable. Les statistiques de l’armée française se rapportent en général à l’ensemble des diverses dysenteries, bacillaire, amibienne, etc. On peut affirmer cependant qu’en temps de paix et à l’Intérieur, c’est la dysenterie bacillaire qui est à peu près seule en cause, exception faite pour quelques cas importés de dysenterie amibienne, chez des soldats coloniaux. La moyenne des cas oscille autour de 1 p. 1000, plutôt au-dessous de ce chiffre. La région de Lyon est la plus atteinte. Viennent ensuite les XVIIB corps (Bordeaux), XIIL corps (Clermont-Ferrand), X' corps (Rennes), le Gouvernement militaire de Paris, les XV" (Marseille) et XX® corps.

Les divisions d’Oran et de Tunisie, les troupes du Maroc offrent uniformément une morbidité et une mortalité plus

élevées. Mais à l’influence propre de ces régions, il faut adjoindre les cas nombreux provenant de militaires dysentériques rapatriés du Tonkin, de Madagascar, du Sénégal, etc., pays d’endémicité amibienne.

Les deux formes de dysenterie, bacillaire et amibienne, coexistent, en effet, dans nos possessions du Nord de l’Afrique.

C’est le total des cas de dysenterie constatés à l’intérieur ainsi qu’en Algérie-Tunisie, qui donne lieu à une proportion un peu élevée dans les états statistiques de l’armée française.

De toutes les armées, c’est celle des États-Unis qui est, de beaucoup, la plus éprouvée.

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